🏝 Le temps de l’accueil. Deux dans l’île #18

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© R&Z

Malgré le passage de la tempête Miguel et des trombes d’eau qui n’en finissaient pas de tomber, le moral est à nouveau au beau fixe pour Robin, qui vient de recevoir la visite de quelques uns de ses meilleurs copains. 

Il me paraît loin le temps du raz-le-bol. Loin le temps des galères de bateau, de circuits d’irrigation, de fuites dans le toit ou de canalisations bouchées. Pourtant, si nous avons la chance d’avoir enfin récupéré notre bateau (en panne depuis cet hiver) et que je pense avoir trouvé une astuce pour faire fonctionner le deuxième à peu près correctement pour la saison, rien n’est encore tout à fait stabilisé. Mais voilà, nous venons de passer Zoé et moi quelques jours formidables avec certains de mes plus proches amis. Et pouvoir profiter tous ensemble de ce lieu incroyable, faire découvrir certaines de mes découvertes, partager mes observations et tout simplement pouvoir rire, manger, boire et vivre tous ensemble m’a fait un bien fou et m’a surtout fait prendre encore plus de distance vis-à-vis des tracas du quotidien de gardiens.

“Rendez-vous à l’embarcadère

Parmi toutes les obsessions que j’ai pu nourrir durant les longs mois d’attente qui ont précédé notre prise de fonction sur l’île avec Zoé, il en est une que mon cerveau n’a jamais cessé d’abriter: celle de l’accueil. Cela peut paraître curieux mais lorsque j’attendais désespérément de savoir si oui ou non Zoé et moi allions être retenus pour le poste de gardiens, j’étais obsédé par l’idée d’aller chercher mes amis et mes proches sur le continent. Le simple fait de m’imaginer aller chercher les miens de l’autre côté de la mer me procurait beaucoup de bonheur et me donnait de l’espoir quant au fait d’être embauché. Je pense que c’était une manière pour moi de m’y voir, de me projeter dans cette nouvelle vie pleine d’inconnu et forcément source d’angoisse. 
Quelques mois plus tard, je suis toujours autant excité à l’idée d’aller chercher mes amis sur le continent. Mais si nous avons déjà eu pas mal de visites, jusqu’à présent, les arrivées ne se sont pas exactement passées comme je l’avais imaginé. Contraints par les horaires de marées, les pannes de bateau ou par la météo, jamais je n’avais réussi à vivre à l’identique ce court moment que j’avais tant fantasmé. Alors quand, la semaine dernière, ce moment est enfin arrivé et que j’ai pu sautiller d’excitation dans la petite cabine de mon bateau tout le long de la traversée et crier de joie à la vue de mes amis en train de faire de même sur la cale de l’embarcadère, j’ai non seulement eu l’impression de réaliser un rêve, mais j’ai aussi compris pourquoi ce moment avait pris dans de place dans ma tête.

Vue depuis l’embarcadère. © R&Z

Une folie enfin partagée

Il y a quelque chose d’anormal dans cette nouvelle vie que nous menons gaiement Zoé et moi. Chaque journée depuis que nous nous sommes installés là est teintée d’une fine couche d’irréalité. Comme si c’était trop beau pour être vrai. Comme si c’était trop vrai pour être pérenne. Et notre isolement participe à cela. Hormis ce feuilleton hebdomadaire sur Des mots de minuit, je ne partage finalement que très peu ce que je vis ici. Ce n’est parfois pas l’envie qui manque mais je suis souvent freiné par le caractère indécent de cette nouvelle vie, par la chance incroyable et forcément injuste qui est la notre. La vie est loin d’être aussi douce pour tout le monde et il faut parfois garder pour soi ses élans de joie ou ses émerveillements. En ce sens je suis parfaitement hostile à la “culture instagram” qui consiste à étaler publiquement et à longueur de temps un quotidien photoshopé ou parfaitement cadré. Je préfère de loin patienter jusqu’à la venue de mes amis pour leur montrer, en vrai, ce que je vois et ce que je fais de mes journées. Et j’ai compris la semaine dernière que cette obsession de l’accueil était entièrement liée à cela. 
Apercevoir mes amis en train de m’attendre sur le continent, c’est déjà la promesse de pouvoir partager avec l’autre ce qui fait le sel de ma nouvelle vie. C’est déjà la promesse de sortir quelque temps de l’isolement et de partager avec les autres des bouts de cette vie peu ordinaire encore pleine de zones d’ombres. Mais c’est aussi et surtout la promesse de belles journées passées à rire, à se balader, à pêcher, à bricoler et à pouvoir, tous ensemble, assis sur un rocher, prononcer LA phrase la plus prononcée sur le sol de cette île: “Putain, c’est ouf…”

Un des fameux rochers. © R&Z

► Deux dans l’île: l’intégrale

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