🏝 En reconnaissance. Deux dans l’île #11

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© R&Z

Le printemps s’installant, Zoé prend le temps d’en observer la multiplicité des teintes et des gazouillis.

Rituel matinal

Nous avons jusqu’ici souvent relaté nos mésaventures, qui nous paraissaient plus palpitantes à lire que le menu récit de nos allers et venues le long des sentiers de l’île. Pourtant, c’est ne pas faire honneur à l’extraordinaire de notre nouvelle vie que de laisser penser que nous voguons de galère en galère. Il y en a des galères, bien sûr, mais elles sont vite oubliées lorsque le matin suivant, tout juste levée, je me dirige vers la salle de bain, petite mais dotée d’un grand velux, et tombe sur le soleil qui se fraie un chemin entre les branches encore nues des grands arbres qui siègent devant ma maison et la protègent des vents marins. 

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Je me lave les dents tandis que ces gentils géants étendent leurs branches vers le ciel, longs bras noueux, biscornus et gracieux, et je n’ai qu’une envie, courir les retrouver. J’enfile mes bottes et pars m’affairer au potager. Sur mon chemin, l’herbe scintille sous la rosée. Les pelouses, mousseuses, changent chaque jour d’aspect et de couleur. Les jonquilles sauvages qui en mars ont jailli par centaines de cet espace jusqu’alors léthargique ont laissé la place à un nombre égal de fleurs violettes dont j’ignore tout mais qui se glissent dans les coins les plus improbables de l’île et enchantent chacun de mes passages. Leur furetage léger, au gré du vent, caresse mon oeil infatigablement ému de la richesse de cette nature nouvelle qui se découvre à mesure que le soleil reparait. Les bourgeons fleurissent sur des branches que je pensais mortes, un complot de feuilles vertes se pare soudain d’une vive touche rouge, c’est une tulipe un peu tâche qui s’impose. Pas ma préférée mais elle vit. Forcée de suspendre momentanément toute autre réflexion, me voilà le coeur ravi, simplement heureuse.

Nature et culture

Arrivée au potager, j’admire la vivacité de mes semis. Les graines plantées il y a tout juste un mois s’épanouissent et semblent, elles aussi, s’attacher à souffler ma crédulité. Je souhaite accompagner ces déploiements de vie mais j’ai peur de tout casser. Vaut-il mieux intervenir ou laisser la nature s’occuper d’elle-même? On me conseille d’agir, j’essaie de comprendre les mouvements vitaux qui régalent ma curiosité. Pas simple, l’île est dotée d’une très grande diversité de spécimens, aux tailles, âges, formes et rythmes divers. Ma mémoire a du mal à contenir les informations qu’elle glane quotidiennement, elle essaie, gourmande, recommence la recherche, réintègre l’information, la perd à nouveau. Et l’épanouissement de mon entourage se poursuit, et l’émerveillement s’intensifie. Une vie palpitante, sans parole ni silence, ponctuée des chants d’oiseaux qui eux aussi aiguillonnent mon attention vers de nouveaux horizons.

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À tire-d’aile

Bruits d’ailes dans les buissons entourant mon salon, un couple de tourterelles piaille en installant son foyer. Au potager, ce sont les rires des mouettes qui soudain s’égrènent, je me retourne, ne vois rien, j’hésite à aller voir l’objet de leurs moqueries puis me ravise et apprécie le mystère. 

Chaque chose en son temps, ce sont pour le moment les seuls oiseaux que je suis capable de reconnaître. Mobilisée par ce qui sollicite d’abord mon intervention, la prospérité de la flore de ce coin de terre dont j’ai la garde, je suis attentive à mes sonores compagnons et reconnaissante de leur présence bruyante qui refoule tout sentiment d’isolement, m’oblige à admettre la légèreté de mon existence en ce monde si densément peuplé et à prendre chaque évènement plus sereinement.

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► Deux dans l’île: l’intégrale

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