Gisèle Halimi (1927-2020): “L’instinct maternel n’existe pas. Il est inventé par la société pour distraire les femmes de ce qu’elles pourraient faire par ailleurs…”

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Du piège que serait le mariage dénoncé par l’avocate et militante, dans lequel le patriarcat ou la religion voudraient enfermer les femmes; de l’écrivain américain, Douglas Kennedy, lu mondialement mais ignoré dans son pays; du tragique des banalités de l’existence de Tchékhov vu par Claudia Stavisky à celui des univers et des destins sombres dessinés par Enki Bilal; du JS Trio, version jazz ou coché poésie et burlesque : c’est Des mots de minuit !


Des mots de minuit :
Émission N°338 du 11 mars 2009
 (Réalisation Pierre Desfons)

Gisèle Halimi est aux côtés de Douglas Kennedy, Claudia Stavisky, Enki Bilal, et JS Trio pour la musique.


L’avocate, militante du droit des femmes … et des hommes, signe “Ne vous résignez jamais”.  Elle est alors octogénaire et évoque dans ce numéro Des mots de minuit la “résignation” que les religions et le patriarcat enseignent aux femmes; la Légion d’Honneur qu’elle a reçue pour son combat, son action contre les crimes de guerres américains au Viêt Nam (Le tribunal Russel), l’insensible Simone de Beauvoir et son amant et écrivain américain Nelson Algrin qui lui montra dans les bas-fonds de Chicago une réalité plus crue que celle de Saint-Germain des-Près , Jean-Paul Sartre, son enfance, son refus d’un mariage arrangé à seize ans, la désobéissance civile, l’expérience et sa curiosité de la maternité, l’instinct maternel (elle est mère de trois fils et grand-mère d’une petite fille) comme fabrication de la société pour aliéner la femme, la parité.

Des mots de minuit : émission N° 338 du 11 mars 2009.
Réalisation : Pierre Desfons
Rédaction en chef : Rémy Roche
Production : Thérèse Lombard et Philippe Lefait
©desmotsdeminuit.fr/France2
 
CONVERSATION:

 

Après quelques récits de voyage, j’ai décidé d’écrire un vrai polar à la manière de Jim Thompson (“Le lien conjugual”) avec cette question qui porte sur le comment créer son propre piège, parce que, de mon point de vue, beaucoup de mariages sont des pièges. Je sais que je dis ça parce que je suis au milieu d’un divorce après vint-cinq ans de mariage.
Dans tous mes romans, il y a un thème constant: le destin c’est le hasard! Et on comprend ce destin une fois que les événements fâcheux ont eu lieu.

Douglas Kennedy. DMDM, 2009.

Douglas Kennedy
L’auteur américain né à New-York de père irlandais et de mère juive allemande, à l’occasion de la réédition de Piège nuptial”. L’occasion d’évoquer avec lui ses origines familiales et son enfance à Brooklyn, son oeuvre littéraire, les héros de ses livres, l’influence du roman noir américain des années 1950-1960 sur son travail, le fait qu’il ne soit plus édité aux Etats-Unis, la société de consommation américaine. 
 

 

Son stylo-plume.

“L’objet qui le prolonge…” Un stylo plume, toujours avec lui. 

J’ai deux personnages qui ne parlent que par citations. C’est une manière de dire que leur extrême lucidité, leur extrême élégance, leur raffinement dans la culture les a amenés au bout de leur chemin. La planète a crié sa colère. Et eux sont les derniers représentants d’une lucidité telle qu’elle en devient un nihilisme, au bout des mots. Leur mort est romantique et exemplaire.
Chez moi le rouge a toujours un sens narratif et selon le sujet, je l’emploie de manière plus ou moins parcimonieuse.

Enki Bilal. DMDM, 2009.

 

Enki Bilal
 “Animal’Z” est l’album qui fait l’actualité d‘Enki Bilal. Conversation autour de son origine yougoslave, l’implosion de son pays au milieu des années 1990, les questions du nationalisme, de la violence, de l’intégrisme religieux qui ont pesé sur son oeuvre. 

 

Vivre par le dur. Éluard appelait ça “le dur désir de durer” et par exemple, je trouve que dans le couple -bien entendu, je suis votre doyenne ici- j’ai vécu le “mariage-enfer” mais quand vous arrivez à surmonter ça par le “dur désir de durer”, alors c’est pas mal! Quand vous vivez avec quelqu’un depuis cinquante ans -c’est mon cas-, c’est pas mal! Ça ne veut pas dire que toujours ça a été, il y a eu des enfers, des départs, des retrouvailles mais il arrive un moment où on se pose ensemble avec cette espèce de complicité un peu tragique d’ailleurs -on est au bout du chemin- et ça, ça crée quelque chose de très très fort que je vous souhaite quand vous aurez mon âge…

Gisèle Halimi. DMDM, 2009.

 

Gisèle Halimi
L’avocate et militante du droit des femmes signe “Ne vous résignez jamais”.  Elle évoque le renoncement que les religions et le patriarcat enseignent aux femmes; la Légion d’Honneur qu’elle a reçue, son action contre les crimes de guerres américains au Viêt Nam, Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre, son enfance, son refus d’un mariage arrangé à seize ans, la désobéissance civile, l’expérience de la maternité, l’instinct maternel comme fabrication de la société pour aliéner la femme, la parité.

 

Il y avait une école publique à Buenos-Aires, où, le matin, on apprenait à lire et à écrire et où, l’après-midi, on avait des cours d’art. Et très vite il fallait choisir sa discipline, entre la musique, la peinture, la sculpture, la danse ou le théâtre…  Dès l’âge de 7 ans!
À 17 ans -je ne parlais pas du tout le français- je suis arrivée en France avec l’idée que le monde entier m’était ouvert. Je connaissais Peter Brook parce que j’avais lu ses livres notamment
“L’espace vide” et j’avais décidé que c’est avec lui que je devais travailler.

Claudia Stavisky. DMDM, 2009.

 

Claudia Stavisky
La comédienne et metteuse en scène parle de son enfance en Argentine, de ses études d’art russe, de son arrivée en France à 17 ans et de sa rencontre avec le metteur en scène Peter Brook., ses études de théâtre avec le metteur en scène Antoine Vitez, la dernière pièce qu’elle a mis en scène, “Oncle Vania” de Tchékhov, des pièces de théâtre qu’elle a montées en prison.
 
MUSIQUE:

 

 

Le groupe de jazz JS Trio interprètait “Unlight Up Street” et Purple Quarry” sur le plateau des mots de minuit.

Le groupe J.S.Trio est composé de Jonathan Saguez au piano, d’Olivier Michel à la contrebasse et de Quentin Rondreux à la Batterie

 

Le groupe Orlando interprète “Je suis morte”.

Orlando le trio … 

 DMDM, L’Émission… 

 

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