“Un lieu à soi” de Virginia Woolf: des femmes et des livres

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Une chambre à soi est, avec Mrs Dalloway, le livre le plus célèbre de la romancière anglaise Virginia Woolf. Marie Darrieusecq qui l’a préfacé et traduit en a changé le titre pour le rendre plus conforme à ses revendications féministes. Un essai “qui glisse sur le temps” qu’il importe de lire et de relire.

Il est des textes d’une modernité intacte en dépit des années. Publié en 1929 Une chambre à soi de la romancière anglaise Virginia Woolf est de ceux- là.
Il fait aujourd’hui l’objet d’une réédition en Folio, traduit et préfacé par Marie Darrieussecq, qui lui a préféré un nouveau titre: Un lieu à soi. Un lieu pour écrire dont les femmes au début du siècle dernier étaient cruellement privées et dont Virginia Woolf démontre ici l’absolue nécessité. Pour quelles raisons, selon vous, Hamlet n’a-t-il pas été écrit par une femme? A cette question faussement naïve et véritablement provocante pour l’époque, Virginia Woolf répond: pour la simple raison qu’une femme n’aurait pas eu de lieu à elle pour l’écrire.
Un texte essentiel, qui compte parmi les plus célèbres de l’histoire du féminisme, dans lequel l’auteur d’Orlando, autre chef d’œuvre, a mis toute sa finesse et sa causticité.

J’ai traduit Woolf, en gardant en tête qu’elle est une femme qui écrit; son anglais est certes plus neutre que notre français, mais j’ai cherché, quand je le pouvais, et sans violenter la langue, à traduire en respectant l’écriture d’une femme pionnière en matière de féminisme. En français, le masculin est archi dominant. Enseigner aux enfants dès l’âge de six ans que “le masculin l’emporte sur le féminin” organise et pérennise la domination masculine. Il ne s’agit pas que de grammaire: le langage structure notre pensée et notre monde, et maintenir cette règle c’est tenir à un ordre du monde. Il aurait fallu traduire tout l’essai de Woolf en écriture inclusive ou en pratiquant l’accord de proximité. Je n’ai pas osé. J’ai discrètement ici et là, traduit au féminin quand cela ne bousculait pas trop nos habitudes si ancrées au masculin… Le changement de titre était déjà toute une bousculade… Je demande à quelqu’une (ou quelqu’un) des jeunes générations de proposer un jour une nouvelle traduction qui valorise le féminin pour ce livre majeur du féminisme 

Marie Darrieusecq

Un lieu à soi – Virginia Woolf (traduction Marie Darrieusecq ) – folio (Gallimard) – 240 pages

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Les lectures d’Alexandra
La critique littéraire desmotsdeminuit.fr

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