📚 “D’origine italienne” d’Anne Plantagenet: du côté de la mère

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Après avoir exploré ses racines pieds-noirs espagnoles dans Trois jours à Oran, la romancière poursuit sa quête identitaire sur les traces d’un grand-père originaire du Frioul.

Je n’ai jamais entendu parler italien dans ma famille, pas même un mot, une expression, et pendant toutes les années où nous sommes allés déjeuner chaque dimanche chez mes grands-parents paternels, j’ai invariablement mangé du poulet rôti avec des pommes de terre. Jamais de pâtes. Pas une fois. Ces racines-là semblent avoir été arrachées. Tranchées net. Pourquoi ?” Pour le savoir, Anne Plantagenet a mené l’enquête auprès des siens, exhumant documents et albums de photos. Tout commence le 22 juillet 1911 à Villanova, hameau de San Giorgio di Nogaro, petite ville du Frioul-Vénétie où naît Placide Morselli: son grand-père. Un taiseux, à la fois bourru et autoritaire. Un homme qu’enfant elle redoutait.
Comme souvent les Italiens du Nord, Placide Morselli ne montre pas ses sentiments. “Il encaisse, n’affiche rien. Il ne se plaint pas, se tient toujours à une distance prudente des autres corps, limite les contacts physiques, accolades, poignées de main au maximum. Il s’exprime uniquement quand il n’a pas le choix.” Il a douze ans quand il arrive en France, ne parle pas la langue. A force de courage et d’opiniâtreté il deviendra tuilier puis maçon. Entre temps il aura connu la guerre puis la captivité. C’est ce destin-là, et à travers lui celui de milliers d’immigrés, que retrace Anne Plantagenet avec force, empathie et sensibilité.

Roman de la filiation

Que signifie tout quitter du jour au lendemain? Arriver dans un pays dont on ne connaît ni la langue, ni les habitudes, ni le climat? Être enfin naturalisé? En oublie-t-on pour autant son pays? Sa langue natale? Telles sont les questions soulevées par ce roman très personnel et néanmoins universel.
Placide Morselli et sa femme auront deux filles dont une prénommée Danièle avec un seul « l » comme en italien, preuve qu’il est bien difficile de renoncer à ses racines même si l’on croit que c’est le prix d’une intégration réussie. Danièle dont la réussite scolaire fera la fierté des siens et qui s’invite à la fin de ce livre.
Roman de la filiation, D’origine italienne s’ouvre comme un récit sur le grand père et se clôt sur la mère. Une femme fragile qui à force de détermination va s’extraire de sa condition et s’avère être la véritable héroïne de ce livre.

Editions Stock – 192 pages

(Photo: © Patrice Normand)

les lectures d’Alexandra
la critique littéraire desmotsdeminuit.fr

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