Kasia Strek, tirer le réel vers la métaphore 📷

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La jeune photographe polonaise installée en France interroge à sa façon le quotidien, ici et ailleurs. Si elle en pointe les cruautés, c’est en douceur.
Elle expose cet été au festival La Gacilly.

Petite, elle crayonnait sur tout ce qu’elle trouvait, illustrant par exemple pour elle-même les livres qu’elle aimait bien. Quand pendant ses études la peintre en herbe découvre la photo, elle trouve vite que l’outil correspond mieux à ses envies et à sa curiosité: témoigner sur la vie des gens, des femmes en particulier. Ça n’est pas pour rien qu’elle a un temps été aussi tentée par la sociologie et l’anthropologie.
Kasia Strek est une photo-journaliste et une artiste (ou l’inverse) engagée. On la retrouve aux côtés d’Amnesty International, de Greenpeace et quelques autres ONG avec qui elle partage une partie de son temps et de son talent.
Encouragée par deux bourses obtenues à Visa pour l’image et à la Fondation Lagardère, elle construit depuis de nombreux mois un travail sur le droit des femmes à disposer de leur corps. En Egypte, au Salvador, aux Philippines, en Irlande et dans son propre pays, la Pologne, l’accès à la contraception est refusé ou compliqué et l’avortement est parfois poursuivi comme un crime de sang. Son appareil photo peut être une arme, certes  pacifique, mais pas inoffensive pour écouter, dire, témoigner, dénoncer.

© Kasia Stek

Le désert des gueules noires

Kasia Strek est exposée cet été au Festival La Gacilly dont il faut une nouvelle fois saluer l’originalité et la qualité de son projet à ciel ouvert. Elle y montre notamment ses images d’une Pologne silésienne des gueules noires en voie de disparition (ici dans la ville de Bytom), elle en commente l’une d’entre elles dans cette Photo parlée. Les mines ont fermées, presque toutes, laissant sur le carreau ses travailleurs et à l’abandon les quartiers où ils vivaient. Mais le charbon (le plus souvent importé parce que moins cher) reste à 80% la source d’énergie dans le pays. Étrange, c’est pourtant à Katowice, capitale de cette Silésie charbonnière que fut organisée la COP 24 en 2018…
En sous-texte, la photographe s’interroge avec une inquiétude certaine sur la fermeture également de la démocratie dans son pays gagné par un libéralisme nationaliste brutal. Mais son regard est doux, celui de la métaphore.
Enfin un détail. Pourquoi a-t-elle choisi de s’installer en France? Elle vous dira, tout à la fois, que c’est parce qu’elle y avait fait un Erasmus, que c’est le pays qui considère le mieux la photographie en Europe et… parce qu’elle adore les peintres impressionnistes.
Impressionniste, c’est aussi la force discrète de ses images.

Kasia Strek a 30 ans, elle est née à Lodz, troisième plus grande ville de Pologne. Elle étudie aux Beaux-Arts, d’abord sur place puis à Lyon avant de poursuivre sa formation artistique au sein de l’université de Brisbane (Australie). Installée en France depuis 5 ans, elle est membre du collectif de photo-journalistes Item

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