đŸ“· Kasia Strek, tirer le rĂ©el vers la mĂ©taphore

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Vue du quartier dĂ©favorisĂ© de Bobrek Ă  Bytom. Des 11 mines ouvertes dans la ville il y a encore quelques annĂ©es, plusieurs ont Ă©tĂ© fermĂ©es en laissant les habitants sans emploi. La majoritĂ© des habitants ne sont pas mineurs. Ce sont des personnes pauvres dĂ©placĂ©s de leurs anciens logements suite Ă  des impayĂ©s de loyer. La plupart vivent grĂące Ă  l’aide social. La ville de Bytom est Ă©galement considĂ©rĂ©e comme une des villes les plus polluĂ©es en Pologne. Bytom, Pologne, 23.01.2018

La jeune photographe polonaise installĂ©e en France interroge Ă  sa façon le quotidien, ici et ailleurs. Si elle en pointe les cruautĂ©s, c’est en douceur.
Elle expose cet été au festival La Gacilly.

Petite, elle crayonnait sur tout ce qu’elle trouvait, illustrant par exemple pour elle-mĂȘme les livres qu’elle aimait bien. Quand pendant ses Ă©tudes la peintre en herbe dĂ©couvre la photo, elle trouve vite que l’outil correspond mieux Ă  ses envies et Ă  sa curiositĂ©: tĂ©moigner sur la vie des gens, des femmes en particulier. Ça n’est pas pour rien qu’elle a un temps Ă©tĂ© aussi tentĂ©e par la sociologie et l’anthropologie.
Kasia Strek est une photo-journaliste et une artiste (ou l’inverse) engagĂ©e. On la retrouve aux cĂŽtĂ©s d’Amnesty International, de Greenpeace et quelques autres ONG avec qui elle partage une partie de son temps et de son talent.
EncouragĂ©e par deux bourses obtenues Ă  Visa pour l’image et Ă  la Fondation LagardĂšre, elle construit depuis de nombreux mois un travail sur le droit des femmes Ă  disposer de leur corps. En Egypte, au Salvador, aux Philippines, en Irlande et dans son propre pays, la Pologne, l’accĂšs Ă  la contraception est refusĂ© ou compliquĂ© et l’avortement est parfois poursuivi comme un crime de sang. Son appareil photo peut ĂȘtre une arme, certes  pacifique, mais pas inoffensive pour Ă©couter, dire, tĂ©moigner, dĂ©noncer.

© Kasia Stek

Le désert des gueules noires

Kasia Strek est exposĂ©e cet Ă©tĂ© au Festival La Gacilly dont il faut une nouvelle fois saluer l’originalitĂ© et la qualitĂ© de son projet Ă  ciel ouvert. Elle y montre notamment ses images d’une Pologne silĂ©sienne des gueules noires en voie de disparition (ici dans la ville de Bytom), elle en commente l’une d’entre elles dans cette Photo parlĂ©e. Les mines ont fermĂ©es, presque toutes, laissant sur le carreau ses travailleurs et Ă  l’abandon les quartiers oĂč ils vivaient. Mais le charbon (le plus souvent importĂ© parce que moins cher) reste Ă  80% la source d’Ă©nergie dans le pays. Étrange, c’est pourtant Ă  Katowice, capitale de cette SilĂ©sie charbonniĂšre que fut organisĂ©e la COP 24 en 2018

En sous-texte, la photographe s’interroge avec une inquiĂ©tude certaine sur la fermeture Ă©galement de la dĂ©mocratie dans son pays gagnĂ© par un libĂ©ralisme nationaliste brutal. Mais son regard est doux, celui de la mĂ©taphore.
Enfin un dĂ©tail. Pourquoi a-t-elle choisi de s’installer en France? Elle vous dira, tout Ă  la fois, que c’est parce qu’elle y avait fait un Erasmus, que c’est le pays qui considĂšre le mieux la photographie en Europe et
 parce qu’elle adore les peintres impressionnistes.
Impressionniste, c’est aussi la force discrĂšte de ses images.

Kasia Strek a 30 ans, elle est nĂ©e Ă  Lodz, troisiĂšme plus grande ville de Pologne. Elle Ă©tudie aux Beaux-Arts, d’abord sur place puis Ă  Lyon avant de poursuivre sa formation artistique au sein de l’universitĂ© de Brisbane (Australie). InstallĂ©e en France depuis 5 ans, elle est membre du collectif de photo-journalistes Item

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