Séverine P. Les meilleurs gâteaux à la chantilly du monde…

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“De New-York à Paris, en passant par bien d’autres lieux. J’ai découvert des gens, et des objets magiques qui, dans de minuscules éraflures, conservent les marques du temps. J’ai réalisé les portraits de ceux qui protègent ces empreintes de la disparition. Avec l’image de cette trace, j’ai préservé la mémoire de l’oubli.” H. B.

Ce carreau de ciment, récupéré lors de la démolition des cornets de murat*, est un vestige du motif du sol de cette pâtisserie de mon enfance, rue Saint Jacques à Paris dans le 5ème arrondissement, remplacée par un salon de coiffure aujourd’hui. J’habite aujourd’hui encore ce quartier que je fréquente depuis l’enfance car ma tante Armande y vivait dans un endroit minuscule mais charmant avec des balcons au 6ème étage de l’immeuble, rue Gay Lussac (d’où cette photo est prise) à deux pas de la fameuse pâtisserie. Petite dans les années 70 j’allais souvent goûter ou déjeuner chez elle. On se retrouvait en bas de son immeuble et on allait s’acheter un gâteau. Les vendeuses austères, habillées de noir à l’exception des coiffes et des tabliers blancs, portaient des chignons serrés ne souriaient jamais mais vendaient des cornets de murat* ou des Saint-honoré**, les meilleurs de Paris on aimait dire, une fierté locale reconnue bien au delà de notre arrondissement, alors leur manque d’amabilité… Comment pouvaient-elles s’imaginer les pauvres qu’elles usaient leurs semelles sur un carreau de ciment qui finirait chez moi*** comme dessous de plat pour un seconde vie? Une madeleine de Proust, une mémoire que je partage alors sans le savoir avec un petit garçon dont la grand-mère habitait côté abbé de l’épée et partageait avec ma tante un certain goût pour la crème chantilly. Plus grande à la fin des années 80, je me suis installée à la place d’Armande, seule comme elle jusqu’au jour où j’ai rencontré l’amour, un homme de la rive droite, Vincent. On a finit par emménager au premier étage et alors que j’emballais les souvenirs de ma vie d’étudiante , l’histoire de ce carreau m’est revenue, j’ai tout raconté à Vincent, depuis sa récupération sur le chantier de démolition en rentrant de la fac un soir jusqu’aux dames en noir pas très sympas qui servaient à ma tante les meilleurs gâteaux à la crème chantilly du monde, le dimanche matin. Ça a fait TILT! La grand-mère en question s’appelle sans doute Germaine et son petit fils Vincent, me dit-il. Et depuis toujours ou presque nous partageons des expériences à base de crème chantilly! L’histoire nous plaît, nous apprécions tous les jours la solidité de ce carreau de ciment chargé de nos histoires chez le pâtissier .

* Pâtisserie individuelle en pâte sablée roulée sur elle-même en forme de cornet, une fois refroidis on les remplit de crème chantilly.
** Saint-Honoré tarte de petits choux fourrés à la crèmes chantilly sur un socle de pâte feuilletée circulaire lui-même garni de crème chantilly
***moi puis nous, Vincent et moi vivons ensemble depuis 25 ans.

Séverine P. – juin 2018 – Paris 75005

Séverine P. – juin 2018 – Paris 75005

© “Le Laboratoire de Lumière” – 2018

 Mémoire d’objets, la collection

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