🎭 Alexandra Badea: Tirailleurs sĂ©nĂ©galais, manifestants algĂ©riens massacrĂ©s: la part sombre de votre histoire de France est la mienne!

"Les événements" ...
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J’irais jusqu’Ă  dire qu’elle est française plutĂŽt trois fois qu’une. Parce que cette jeune naturalisĂ©e (en 2013) voulait le droit de vote pour pouvoir dire non aux extrĂ©mismes. Parce qu’elle questionne notre Histoire, dĂ©sormais la sienne dans ses parts les plus tragiquement universelles. Parce que roumaine de naissance, elle estime que notre langue est celle de la libertĂ©.

 

Avec Points de non-retour [Quais de Seine] Alexandra Badea, auteure, metteuse en scĂšne, questionne la colonisation française et l’une de ses consĂ©quences les plus sordides et douloureuses : le massacre par la police parisienne sous les ordres du prĂ©fet Maurice Papon de manifestants pacifiques AlgĂ©riens en octobre 1961 qui refusaient un couvre-feu appliquĂ© aux seuls Nord-Africains. Le premier volet de ce triptyque mĂ©moriel Points de non-retour [Thiaroye] revenait sur la rĂ©pression sanglante de tirailleurs sĂ©nĂ©galais par des gendarmes et des soldats français, Ă  Dakar (SĂ©nĂ©gal) en 1944. Le dernier sera consacrĂ© aux 2150 enfants rĂ©unionnais “dĂ©placĂ©s par les autoritĂ©s françaises (Michel DebrĂ© Ă©tait dĂ©putĂ© de la RĂ©union) pour pallier les consĂ©quences de l’exode rural dans les dĂ©partements mĂ©tropolitains, notamment celui de la Creuse.

Le thĂ©Ăątre d’Alexandra Badea est donc Ă©minemment politique. Quand la parole contribue Ă  libĂ©rer un passĂ© qui court sur trois gĂ©nĂ©rations. À Avignon, l’intime rejoint pourtant l’Histoire dans un dispositif dĂ©doublĂ© par un tulle. Au premier plan, une femme et son analyste.
DerriĂšre eux, les choix et les dĂ©cisions de celles et ceux qui ont fabriquĂ© les non-dits et le mal-ĂȘtre de celle qui consulte et qui veut trouver le chemin de soi.

Le dispositif scĂ©nique s’appuie sur la convergence entre le passĂ© et le prĂ©sent, oĂč les absents et les morts peuvent parler, oĂč il n’y a plus de limite entre conscient et inconscient, entre le jour et la nuit, entre le rĂ©el et la fantasme. On est dans l’espace mental du personnage. Des voix de femmes qui viennent de la manifestation forment un chƓur rĂ©current, des images surgissent, des fantĂŽmes parlent dans ses rĂȘves.

Alexandra Badea. Avignon, 2019.
Points de non-retour [Quais de Seine] © Christophe Raynaud de Lage

NĂ©e en Roumanie Alexandra Badea est Ă©crivaine, metteuse en scĂšne et rĂ©alisatrice. Elle a commencĂ© Ă  Bucarest des Ă©tudes de thĂ©Ăątre qu’elle a achevĂ©es Ă  Paris oĂč elle vit depuis 2003. Plusieurs fois mises en scĂšne, parfois par elle-mĂȘme, ses piĂšces sont Ă©crites en français et publiĂ©es chez l’Arche Éditeur. Quais de Seine est le deuxiĂšme volet de la trilogie Points de non-retour. À son thĂ©Ăątre s’ajoutent un roman Zone d’amour prioritaire adaptĂ© en 2013 pour le Festival d’Avignon, des fictions radiophoniques et plusieurs courts-mĂ©trages. Certaines de ses oeuvres, comme PulvĂ©risĂ©s, ont Ă©tĂ© primĂ©es. Son Ă©criture dĂ©ploie l’intime et l’universel, donnant la parole Ă  ceux que l’on n’entend pas. L’Arche est Ă©diteur et agent thĂ©Ăątral des textes d’Alexandra Badea
Portrait © Richard Schroeder/Festival Avignon

Camp de Thiaroye est aussi un film sĂ©nĂ©galais d’Ousmane SembĂšne et Thierno Faty Sow tournĂ© en 1988. Il Ă©voque ce qui sera appelĂ© le massacre de Thiaroye.

 

Mot Ă  mot 
RĂ©alisation: Quentin Herlemont
RĂ©daction en chef : RĂ©my Roche
Coordination : Marie-Odile Regnier
Entretien : Philippe Lefait

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