Alexandra Badea: manifestants algériens massacrés: “la part sombre de votre histoire de France est la mienne!” 🎭

Moi, française de naturalisation et d'histoire...
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J’irais jusqu’à dire qu’elle est française plutôt trois fois qu’une. Parce que cette jeune naturalisée (en 2013) voulait le droit de vote pour pouvoir dire non aux extrémismes. Parce qu’elle questionne notre Histoire, désormais la sienne dans ses parts les plus tragiquement universelles. Parce que roumaine de naissance, elle estime que notre langue est celle de la liberté.

 

Mot à mot enregistré en juillet 2019 à Avignon.
Points de non retour [Quais de Seine] au théâtre de la Colline jusqu’au 1er décembre 2019.

Avec Points de non-retour [Quais de Seine] Alexandra Badea, auteure, metteuse en scène, questionne la colonisation française et l’une de ses conséquences les plus sordides et douloureuses : le massacre par la police parisienne sous les ordres du préfet Maurice Papon de manifestants pacifiques Algériens en octobre 1961 qui refusaient un couvre-feu appliqué aux seuls Nord-Africains. Le premier volet de ce triptyque mémoriel Points de non-retour [Thiaroye] revenait sur la répression sanglante de tirailleurs sénégalais par des gendarmes et des soldats français, à Dakar (Sénégal) en 1944. Le dernier sera consacré aux 2150 enfants réunionnais “déplacés par les autorités françaises (Michel Debré était député de la Réunion) pour pallier les conséquences de l’exode rural dans les départements métropolitains, notamment celui de la Creuse.

Le théâtre d’Alexandra Badea est donc éminemment politique. Quand la parole contribue à libérer un passé qui court sur trois générations. À Avignon, l’intime rejoint pourtant l’Histoire dans un dispositif dédoublé par un tulle. Au premier plan, une femme et son analyste.
Derrière eux, les choix et les décisions de celles et ceux qui ont fabriqué les non-dits et le mal-être de celle qui consulte et qui veut trouver le chemin de soi.

Le dispositif scénique s’appuie sur la convergence entre le passé et le présent, où les absents et les morts peuvent parler, où il n’y a plus de limite entre conscient et inconscient, entre le jour et la nuit, entre le réel et la fantasme. On est dans l’espace mental du personnage. Des voix de femmes qui viennent de la manifestation forment un chœur récurrent, des images surgissent, des fantômes parlent dans ses rêves.

Alexandra Badea. Avignon, 2019.
Points de non-retour [Quais de Seine] © Christophe Raynaud de Lage

Née en Roumanie Alexandra Badea est écrivaine, metteuse en scène et réalisatrice. Elle a commencé à Bucarest des études de théâtre qu’elle a achevées à Paris où elle vit depuis 2003. Plusieurs fois mises en scène, parfois par elle-même, ses pièces sont écrites en français et publiées chez l’Arche Éditeur. Quais de Seine est le deuxième volet de la trilogie Points de non-retour. À son théâtre s’ajoutent un roman Zone d’amour prioritaire adapté en 2013 pour le Festival d’Avignon, des fictions radiophoniques et plusieurs courts-métrages. Certaines de ses oeuvres, comme Pulvérisés, ont été primées. Son écriture déploie l’intime et l’universel, donnant la parole à ceux que l’on n’entend pas. L’Arche est éditeur et agent théâtral des textes d’Alexandra Badea
Portrait © Richard Schroeder/Festival Avignon

Camp de Thiaroye est aussi un film sénégalais d’Ousmane Sembène et Thierno Faty Sow tourné en 1988. Il évoque ce qui sera appelé le massacre de Thiaroye.

 

Mot à mot 
Réalisation: Quentin Herlemont
Rédaction en chef : Rémy Roche
Coordination : Marie-Odile Regnier
Entretien : Philippe Lefait

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