Budapest, 4 jours et 3 nuits avec toi. Sur la voix des Balkans #03

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© Athina Boé

Athina est arrivée dans son hostel “baraka” situé rive droite (Pest) de la ville sur un grand axe. Elle a un peu, beaucoup fêté son départ, et la voilà arpentant les rues de la capitale Hongroise avec la gueule de bois.

Je suis bien arrivée mais…

Le premier jour à Budapest fut en quelque sorte écourté car j’avais besoin de dormir. Bah oui, j’ai fêté mon départ pendant 3 jours, 3 nuits et les préparatifs de dernière minute m’avaient épuisés d’avance. Une nuit blanche pour couronner le tout avec un vol à Beauvais… Surprise! Je me fais  accompagner à l’aéroport par mes amis pour m’éviter de prendre la fameuse navette. C’est agréable de se faire prendre par la main quand on a la tête dans le guidon.
En arrivant à l’hostel, je n’ai qu’une envie: m’écrouler dans un lit! Je me sentais comme une zombie en train de traîner sa cabosse dans une ville inconnue. Drôle de sensation. J’étais pourtant bien arrivée à destination, je n’en croyais toujours pas mes yeux. Je me disais “ça y est, tu l’as fait!” ou bien “je suis en train de rêver là?” Il m’aura fallu un jour pour atterrir enfin.

Trois soirées en une! Ça commence fort, dis!

Après ma nuit de récupération, je me donne comme objectif d’aller voir tous les soirs un concert! Histoire de capter l’atmosphère musicale en un temps record. En effet, mon temps est compté car je ne reste que 4 jours dont 3 nuits. La première soirée, je l’ai passé dans un lieu phare de danses et mettant à l’honneur la musique traditionnelle: le  “Fonó Budai” situé sur le côté Buda (rive gauche) de la ville. J’avais vu qu’il y avait une “session”, je me suis dit: “super une jam!” J’y vais direct! Vers 18h, me voilà dans ce lieu un peu perdu où j’ai du mal à croire que dans ce quartier résidentiel il y ait une salle de concert. Eh bien si! Au bout de la rue, elle est là avec sa devanture qui ne paye pas de mine. Ici sont réunis quelques musiciens qui répètent. Puis un autre petit groupe dans une autre salle. En fait, c’est plus une “répétition” d’habitués qui jouent leur répertoire qu’une “jam session”. J’échange avec les musiciens sur place qui me donnent des pistes pour aller dans des tábors. Traduit mot pour mot, les tábors sont des camps artistiques où le folklore de la Transylvanie est au centre de la fête. Comme je pars en Roumanie dans quelques jours, ils me recommandent de regarder sur un site spécialisé qui recense tous les festivals dans le monde entier. Rien pour le moment en Roumanie en juin. Tant pis!
Pendant que les vielles à roue et les flûtes à bec (furulya) jouent un air, la serveuse derrière son bar commence à chanter. Je me revois alors au café où je travaillais il y a quelques jours en train de chanter tout en préparant un cappuccino. Je lui demande si elle est chanteuse, banco! On échange nos contacts et elle me donne le nom d’un táncház (lieu de danses traditionnelles hongroises) où il y a justement ce soir là une soirée!

La devanture du Fonó Budai, premier contact avec la musique traditionnelle hongroise. © Athina Boé

Je file et quelques stations de métro plus loin… En chemin je rencontre un musicien qui joue ses compositions dans le métro. Je le suis dans une soirée “open mic” dans un bar branché. Un gars joue de la guitare et chante sous les projecteurs. Un américain du Texas fait le son et le show pour introduire chaque participant.e. Je m’ennuie à mourir… Je veux aller danser mais je me dis que c’est dommage si je ne chante pas quelque chose. Allez, je me lance… a capella ! Une impro, puis deux puis trois. Je me sens complètement à poil toute seule sur cette grande scène et les gens n’ont pas l’air du tout emballé par ce que je chante. Au secours! C’est sûr que vu les candidats d’avant, l’ambiance est plus à la reprise pop genre bella ciao et hallelujah, qu’à des improvisations jazz. Bon, je m’échappe vite car je sens bien que je n’ai rien à faire là. En partant, je croise plusieurs sourires et deux personnes me félicitent gaiement. Je suis contente, finalement.

Jelen Bisztro, bar où je me prête au jeu de l’open mic.© Athina Boé

Me voilà repartie bien décidée à découvrir le táncház. Quelques pas plus tard, je suis en train de faire virevolter ma robe sur le dancefloor. Je danse pendant 2 heures non stop. Les deux flûtes à l’unisson jouent des mélodies ultra rapides et entêtantes. Ça tourne, ça se croise, ça glisse, ça piétine (aperçu dansé). Il n’y pas beaucoup de hongrois dans ce bar… Ambiance underground et de bric et de broc, j’adore! Je fais connaissance avec des américaines qui m’invitent à leur table et avec un turc qui voyage aussi en solo dans plusieurs villes de l’Europe de l’est. Avec deux autres danseurs pour le coup hongrois, je m’accroche à leurs épaules comme je peux tout en tapant la clave rythmique dans mes pieds.

L’entrée (en journée) du Szimpla Kert, mythique lieu de fête: troisième étape de ma première soirée budapestoise
© Athina Boé

Béla Bartok, un compositeur – collectionneur d’un autre temps

Le lendemain, je me dirige vers la maison de Béla Bartók. Celle-ci est du côté Buda, un peu cachée dans un quartier verdoyant. C’est d’un pas bien décidé que je pars à la rencontre de ce fameux compositeur et ethnomusicologue qui dès 1907 à sillonné toute la Transylvanie pour y collecter les chansons populaires ou “folks songs”. Inspirant pour une jeune musicienne qui sillonne à son tour les Balkans, n’est ce pas? Après avoir sonné à l’entrée du musée, je pousse le portail en fer forgé blanc et je rentre dans cet incroyable univers fleuri. Un escalier sous les arbres et les chants des piafs m’accompagnent jusqu’à la porte de la maison-musée. Une très belle sculpture en bronze est plantée là, c’est lui! Béla Bartok avec son chapeau et son pardessus. J’aime son regard franc et déterminé à partir sur les routes. J’ai droit à une visite guidée rien que pour moi avec une dame très à l’écoute et qui répond à toutes mes questions (nombreuses). Ici sont présentées des photos de famille, de concerts, une carte en relief représentant tous les villages par des petites loupiotes dans lesquels il est allé récolter les chants et mélodies, ses meubles, ses innombrables partitions, son bureau et puis toutes sortes d’objets. Il était passionné par la richesse des musiques traditionnelles mais pas que! Un vrai collectionneur au delà de la musique! Des instruments de musique dont le “Havasi Kürt” cet énorme tube en bois (qui peut faire penser au didgeridoo) servait à communiquer entre les montagnes. Des costumes, fleurs, insectes, pièces, billets, pierres et coquillages sont également des trésors qu’il a collecté. De belles traces d’une époque révolue sont sous vitrines. Une autre curieuse vient d’arriver, une italienne qui vit en région parisienne. On sympathise et nous voilà en train de commenter chaque objet exposé. Son matériel avec lequel il partait en “expédition” est également présenté. Un sacré bordel organisé dans des petites boîtes à cigares et autres! Ça me parle, évidemment! Faut dire que j’ai passé mon enfance et adolescence a collectionner toutes sortes de choses: des boîtes en fer avec chacune sa fonction pour ranger milles broutilles, des boîtes d’allumettes, des porte-clés, des pièces de mode vintage et puis des vinyles…
Mais revenons à Béla Bartok! En tout il aura collecté 8000 folksongs! Impressionnant! Toute une vie consacrée à ça, à voyager, à transcrire, à enregistrer… Et pas que dans les Balkans d’ailleurs, également en Afrique du Nord (Maroc, Algérie, Égypte) et en Turquie. Sacré Bartok !

Entrer dans l’univers de Béla Bartok. © Athina Boé

Conclusion mi figue mi raisin

Les deux autres soirées n’ont pas été concluantes en termes de découvertes musicales… Je me suis retrouvée dans un restaurant trop touristique à mon goût avec trois musiciens animant la soirée. Répertoire mi jazz, mi-hongrois, mi-russe. Ça m’a pas emballé mais on m’avait invitée alors…
Je me dis qu’il me faudrait plus de temps pour me connecter à la communauté des musiciens d’ici. Malheureusement, je ne peux rester plus longtemps car j’ai rendez vous en Roumanie avec ma mère dans une foire à la brocante. La “târgul” a lieu deux fois par an et vaut apparemment le détour notamment pour l’ambiance musicale! Je laisse Budapest derrière moi, sans peines. Je prends le train à 7h40 en direction de Braşov, 6 heures plus tard je serai à Oradea, ville frontalière. De là, il me faudra prendre un minibus pour arriver au village: Negreni.
Ah je ne sais pas encore ce qui m’attend…

La gare d’Oradea. Nouvelle langue, nouvelle culture: bienvenue en Roumanie! © Athina Boé

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