📚 “Souvenirs de l’avenir” de Siri Hustvedt: voyage au cœur de la mémoire

Rentrée littéraire 2019
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La romancière américaine et compagne de Paul Auster signe un roman éblouissant sur ce que signifie le temps et la meilleure manière de s’en affranchir.

Nous sommes tous constitués d’une myriade de “moi”, affirmait Virginia Woolf. Inscrivant ses pas dans ceux de son aînée, Siri Hustvedt a pris le parti de les faire dialoguer par-delà les années dans un roman dont le ton fait souvent penser à celui Instants de vie écrit par la romancière britannique au soir de sa vie.
En 1978, une jeune femme blonde et diaphane quitte son Minnesota natal pour New York avec comme projet d’écrire un roman. Elle a vingt-trois ans, de grandes ambitions et se donne un an. Mais elle est souvent distraite par son étrange voisine dont elle épie les conversations au stéthoscope, via les lattes de son plancher, avant de les retranscrire dans un cahier.
Quarante ans plus tard, S.H devenue la romancière que l’on sait, retrouve le journal qu’elle a tenu cette année- là et compose un récit autobiographique intitulé Souvenirs de l’avenir. Patchwork jubilatoire, ce dernier juxtapose les pages du cahier retrouvé, les ébauches du roman d’alors et les commentaires d’aujourd’hui, plongeant le lecteur dans un fabuleux voyage au cœur du temps. “Tout livre inclut un désir pervers de faire cafouiller le temps, de tromper son cours inévitable“, confesse la romancière qui se livre à un incessant va et vient entre passé et présent sans jamais lasser ni perdre son lecteur. Quelles différences entre la jeune fille ardente, souvent tenaillée par la faim, et “la femme vieillissante” écrivant depuis son studio en haut d’une maison de Brooklyn?

Ironique et mélancolique

Tout d’abord ceci: “Il m’était impossible à vingt-trois ans de savoir que la terrible expression « la vie est courte » a un sens, qu’à soixante et un ans je sais que j’en ai beaucoup moins devant moi que derrière et que, si elle n’était pas, elle, terriblement curieuse d’elle-même, je suis moi devenue curieuse d’elle comme d’une incarnation d’espoirs et d’erreurs qui ont eu ou semblent avoir eu un effet déterminant sur ce que je suis à présent“. Mais aussi qu’en littérature, espace de liberté absolue, le temps cesse d’être “un problème” pour devenir un allié. “Ici je suis libre de danser au- dessus des décennies (…) de m’attarder pendant des pages et des pages sur une seule minute marquante de ma vie ou de jouer avec les temps indiquant le recul ou l’avancée.”
Ironique et mélancolique, cru et poétique, incisif et poignant, “ce livre (dans lequel), la jeune personne et la personne âgée vivent côte à côte dans les vérités précaires de la mémoire”, en est la plus belle démonstration.

Actes Sud – 336 pages

(photo de couverture: © Marion-Ettlinger)

les lectures d’Alexandra
la critique littéraire desmotsdeminuit.fr

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