Claudie Hunzinger (Prix décembre) et Stéphane Fière 📚 Esprit de cors et en pire du milieu; 🎹 avec Laurent Coulondre #592

Les grands bois et Clochemerle...
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Se réconcilier avec la nature… Claudie Hunzinger n’a pas attendu que “la maison brûle” pour ce faire. L’écrivaine et plasticienne vit depuis un demi-siècle au bout d’un chemin des Vosges. Elle y fait aujourd’hui épiphanie avec “Les grands cerfs”. Accueillir dans un village improbable de la France du milieu des réfugiés syriens… Rien n’est moins facile et le pire est à craindre. Sens aigu de l’observation, critique par la distance et le sourire jaune : Stéphane Fière écrit la vie comme elle ne va pas forcément. Quand la littérature alerte!

 

Des mots de minuit, l’Émission #592
24 octobre 2019

affût et silence (“dont le poids varie en fonction des saisons”) comme mots de minuit

CONVERSATION :

Bambois, c’est tout là-bas, loin de tout, sauf d’une exceptionnelle communion avec la nature vosgienne. Claudie Hunzinger y vit depuis 1965 avec son compagnon. Besoin d’insouciance et Refus de la ville… Les débuts furent sans eau et sans électricité.
Les livres de cette aussi plasticienne sont les preuves d’une volonté constante d’explorer la montagne, la végétation, les animaux. Il y a du sauvage et du besoin d’universel chez cette romancière-là qui choisit ici l’affût pour rencontrer l’autre.
Ce lieu élu dit une volonté de rapport au monde… et fait aussi peindre des “pages d’herbes”. Il fait nécessairement écrire… Et aujourd’hui céder à l’appel magistral des grands cerfs, ces voisins mystérieux … Les côtoyer est question de temps, de patience et d’amour. Mais l’éden n’existe pas. L’Office National des Forêts fait abattre certains d’entre eux pour protéger le végétal. Dire cerf c’est dire le velours d’une ramure ou un “peuple dans la splendeur d’exister” mais c’est aussi dire viande.
Les grands cerfs… Un superbe manifeste du vivant à l’ère d’une nouvelle extinction de masse, couronné par le Prix Décembre 2019.

Stéphane Fière s’écrit au pluriel. Il a fait Sciences Po, du commerce et des études aux États-Unis et à Harvard… A appris le chinois… Est allé épouser et vivre quelques décennies en Asie… A écrit une thèse sur le Parti Communiste Chinois et son Comité apparemment Central et absolutiste. En 2014, il revient de ses itinérances et s’installe dans la ruralité française près de Montclard. C’est calme et verdoyant… Et le silence, dans une maison isolée de Haute-Loire et de moyenne montagne lui est philosophie.
Dans son dernier roman, ce pourrait être Clochemerle. Ce sera Dorlange, une campagne qui perd ses agriculteurs, se “gentrifie” et s’apprête à recevoir par décision préfectorale des réfugiés syriens.
Ah oui, il a commencé à écrire à 45 ans. Signe particulier: Il aime le faire dans les bibliothèques publiques… Même table, mêmes heures… Et il connaît son affaire quand il décrit la misère des ouvriers chinois migrants et marginalisés… Quand il raconte une jeunesse prête à tout pour réussir dans la nouvelle Chine libérale avancée (Une chinoise ordinaire).. Quand Camarade Wang achète la France… Et aujourd’hui, quand l’immigration questionne une province profonde ou bobo. Décidément, la campagne n’est pas un jardin, c’est un champ de bataille, un camp retranché… Derrière la moquerie, la causticité ou la simple et précise observation, une façon d’alerter sur la nécessité d’accueillir quand les vents mauvais sont à la xénophobie.

Musique :

Laurent Coulondre
Attention nouvelle et impressionnante génération. Il est pianiste et organiste de jazz.

Des mots de minuit #592 
Réalisation : Pascal Stelletta 
Montage : Élise Raymond Aurensan
Rédaction en chef: Rémy Roche
Coordination: Marie-Odile Regnier
Direction: Philippe Lefait
© desmotsdeminuit.fr

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