đŸ“· L’auteur Jean-Marc Dos Santos: la cuisine de Pierre…

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© Hervé Bacquer

“De New-York Ă  Paris, en passant par bien d’autres lieux. J’ai dĂ©couvert des gens, et des objets magiques qui, dans de minuscules Ă©raflures, conservent les marques du temps. J’ai rĂ©alisĂ© les portraits de ceux qui protĂšgent ces empreintes de la disparition. Avec l’image de cette trace, j’ai prĂ©servĂ© la mĂ©moire de l’oubli.” H. B.

© Hervé Bacquer

Au dĂ©but des annĂ©es 2000, j’Ă©tais dans la cuisine de Pierre Barouh, lieu de tous ses rendez-vous, sans saisir sur le moment toute la polysĂ©mie du mot « cuisine ». J’entrais dans la cuisine de Pierre. J’entrais en « cuisine » avec lui. Ce soir-lĂ , le lendemain, puis la nuit suivante Pierre me racontait et me montrait car… il avait tout filmĂ©.
Ses amis Robert Doisneau, Antoine Blondin, Vinicius de Moraes, mais aussi de parfaits inconnus… non… des inconnus parfaits. Un trĂšs vieux monsieur japonais, peintre anonyme aux 5000 toiles, un ex-truand des favelas de Rio, auteur de centaines de Sambas et tant d’autres. Ce qui n’avait pas Ă©tĂ© filmĂ©, il le faisait revivre lĂ , dans la cuisine. Les chansons «d’un homme et d’une femme», les premiers pas discographiques d’Higelin, de Brigitte Fontaine, d’Allain Leprest, les clubs de Sambas au Japon, la Colombe d’or, le petit frĂšre  Baden Powell. Je l’accompagnais souvent (lĂ  encore polysĂ©mie), aux dĂźners du lundi au restaurant La Grille oĂč le journaliste Jean Cornier racontait le Che en engloutissant des kilos de fraises au poivre et aussi Ă  la guitare dans les Ă©missions de radio ou chez des amis.
En février 2015, nous étions ensemble sur scÚne à Bruxelles. Nous avions chanté en duo et en deux langues « Samba Saravah », du nom de son label.
Quelques jours aprĂšs, de retour dans la cuisine de la rue de l’Estrapade, il m’a fait asseoir, s’est absentĂ© un instant puis il est revenu avec un drĂŽle de petit galet dans lequel Ă©tait incrustĂ©e une spirale.
« Te voilĂ  compagnon de l’Opercule », me dit-il.
Je conservais l’objet sans comprendre . Aucune explication ne vint. Je n’en demandais pas.
Pierre Barouh, mon cher Pierrot a quitté définitivement la scÚne le 28 décembre 2016.
Ses chansons flottent autour de nous dans un nuage nacré. Il me manque.

Jean-Marc Dos Santos – Paris 75013 – avril 2019
© Hervé Bacquer

© “Le Laboratoire de LumiĂšre” – 2019

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