“Les grands cerfs” de Claudie Hunzinger: au cœur du brame 📚

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Véritable déclaration d’amour à la nature le dernier roman de l’écrivaine plasticienne est aussi le plus engagé. Il dénonce la folie d’un monde qui court à sa perte. Poétique, puissant, radical.

Elle a «le goût de l’ombre et de la vie cachée, l’amour des arbres aussi» et vit depuis de nombreuses années dans les montagnes. Les Vosges. De là elle écrit des livres rares, incandescents presque sauvages. Le dernier ne fait pas exception à la règle mais se distingue par sa radicalité. Les grands cerfs, la romancière et son compagnon les côtoient depuis leur arrivée aux Hautes Huttes dans les années 60. Ils savent qu’ils ont emménagé sur leur territoire. Et non l’inverse. Que depuis, les cervidés campent autour de la maison “enfouis dans les ténèbres, occupés à vivre leur vie.” Un soir la romancière croise celui que Léo, photographe animalier, a surnommé Wow : “un tonnerre de beauté“. Ainsi commence son épopée au pays des cervidés.
Troquant plume contre sac à dos, la romancière va partir sur les traces de ces êtres mystérieux “qui savent se rendre invisibles à deux doigts de nous, hyper-éveillés quand nous dormons, dont l’odorat infinitésimal est surpuissant“. Passant des heures à les attendre sans bouger. Faisant depuis l’affût cette découverte jusqu’alors insoupçonnable: “Le monde arrive et se pose à nos pieds comme si nous n’étions pas là. Comme si nous n’étions pas, tout court. On constate que le monde se passe de nous. Et même davantage: il va mieux sans nous.” Initiée par Léo, elle va apprendre à connaître et reconnaître les membres de ce clan dont la survie est menacée. Puis raconter. Une immersion en terre inconnue dont on ne revient pas indemne.
Il fallait toute la puissance et la poésie de la langue de Claudie Hunzinger pour dire la beauté de notre nature mais aussi les dangers qu’elle encourt. Les grands cerfs est l’histoire d’une femme passée du côté des bêtes sauvages qui pousse un cri d’alarme: “le black Friday nous étouffe. Le développement nous tue.”
Un conte des temps modernes sur la folie du monde.

Éditions Grasset – 192 pages

les lectures d’Alexandra
la critique littéraire desmotsdeminuit.fr

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