Côte d’Ivoire: Retour dans l’autre monde… Les carnets d’ailleurs de Marco & Paula # 222

Je me voyage...
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Un dimanche soir à Abidjan. © Marco

Sitôt Paula posée à Washington, Marco retrouve le démon du voyage.

La question, posée avec légèreté au cours d’une conversation téléphonique, m’est restée en tête: “Alors Papa, je suppose que tu es content de repartir en Afrique!”. Eh bien oui, après plus d’un an et demi passé dans la douce inquiétude de la convalescence, je suis content de partir, même si les raisons ne m’en sont pas toutes très claires. Et même si Paula vient à peine de me rejoindre aux États-Unis. Me voilà donc à l’aéroport de Dulles, un soir d’automne, prêt à m’embarquer pour la Côte d’Ivoire, qui fut au cours des années une destination aléatoire et familière.

À cheval…

Je reprends la vieille routine: je fais ma valise, je m’embarque, et je pars vivre sur ma petite planète, ailleurs pour quelques semaines. Une routine pratiquée pendant une dizaine d’années, avant de rencontrer Paula et d’entamer avec elle notre existence itinérante; je quittais Washington à bord de ma bulle, travaillais quelques semaines quelque part en Afrique, de Madagascar au Sénégal en bissectant les deux Congo, puis réintégrais l’autre monde, celui des autoroutes qui se déroulent d’un horizon à l’autre, celui des bulles technologiques qui tourbillonnent dans les têtes et qui semble lancé sur une trajectoire folle. Je reprends cette existence à cheval sur deux mondes.

Le matin de mon arrivée à Abidjan, j’ai entendu un coq chanter dans le quartier où se trouvent les bureaux du Projet. Il m’envoyait le signal; j’étais bien de retour dans cet autre monde-là, où la démographie galope plus vite que les rêves, où le modernisme se débat et s’emmêle dans les racines profondes d’un monde encore traditionnel.

Au village…

Il y a fort longtemps – c’était mon premier voyage de professionnel du développement – j’avais entendu un coq chanter dans le centre de Katmandou, et son cri m’avait fait soudainement réaliser que j’étais entré dans un autre monde, un monde où l’urbain et le rural se mélangeaient encore intimement. Je présume que l’on entendait aussi des coqs chanter dans le Paris des XVIIème ou XVIIIème siècles, lui aussi peuplé pour une bonne part par des gens venus droit de leur campagne (on mourrait plus à Paris qu’on y naissait, et les villages envoyaient leur contingent pour nourrir la Bête urbaine).
Urbain – rural, le lien ici n’est pas coupé. Hier, au cours d’une réunion, une jeune professionnelle d’un service de passation des marchés a évoqué, pour parler des gens de la campagne, “nos parents au village”. La phrase a résonné comme un écho souvent entendu dans les conversations, une phrase que les Abidjanais peuvent prononcer sans y penser par deux fois. Tout le monde, ici, a des parents au village, et parmi les Ivoiriens de ma génération, presque tout le monde est d’ailleurs né “au village”.
Je vais donc me promener pendant quelques semaines dans cet autre monde, puis je repartirai pour l’autre planète, ce monde prospère qui fait rêver tant d’Africains qui buttent sur un horizon bouché.

Tout Nomad’s land

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