Bienvenue en Roumanie! Sur la voix des Balkans #04

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© Athina Boé

Assoiffée et affamée, Athina arrive à la tùrgul (foire à la brocante) de Negreni en Roumanie. Le voyage a été long
 AprÚs avoir déniché un costume traditionnel, elle pousse la chansonnette avec trois musiciens tsiganes.

Enfin en Roumanie, pays que j’attendais depuis longtemps!

J’ai fait 2 heures de route pour arriver au village de Negreni. Un vrai four ce minibus! Évidemment en grande tĂȘte en l’air que je suis, j’avais laissĂ© ma bouteille d’eau et quelques fruits dans ma petite valise… qui se trouve dans le coffre pensant “ce ne sera pas long”. Tu parles! Ça me paraĂźt interminable! Et puis les routes en zigzag, ça n’arrange pas mon Ă©tat. J’arrive donc complĂštement en vrac titubant tel un lĂ©gume ramolli, mais qui je vois en descendant du minibus? ma mĂšre! Cela fait un bail qu’on attendait ce moment toutes les deux! Se retrouver au fin fond de la Roumanie pour son anniversaire. D’ailleurs ma mĂšre est plus organisĂ©e que moi: elle a rĂ©servĂ© une chambre chez l’habitant depuis plusieurs mois pour toute la durĂ©e de la foire, soit quatre jours. Moi je suis plutĂŽt du genre Ă  improviser au jour le jour, trouver une chambre sur le moment… Ça veut dire plus d’aventures mais aussi plus de stress face Ă  cette rĂ©alitĂ© trĂšs rĂ©currente:  â€œJe ne sais pas oĂč je dors ce soir”.

C’est au bord d’une voie ferrĂ©e et d’une riviĂšre boueuse que se trouve la foire. Montagne tout autour. © Athina BoĂ©

AprĂšs avoir repris des forces en chemin, nous voilĂ  au milieu des stands et surtout sur LE stand de Daniela et Stefan. Un couple trĂšs attachant que ma mĂšre a rencontrĂ© en octobre dernier. C’est eux qui vont m’introduire auprĂšs des musiciens tsiganes et auprĂšs de tout ce petit monde qui gravite autour de la foire. Lorsque je leur explique que mon voyage est portĂ© sur et par la musique, Stefan sort directement d’un carton posĂ© sur le sol, une partition qui a traversĂ© les Ăąges. 66 mĂ©lodies hongroises Ă©crites pour chant et piano. Je suis vraiment touchĂ©e par ce cadeau et le lendemain je m’empresse de leur offrir mon cd, telle une gosse fiĂšre de son dessin “Eh regarde, regarde c’est moi qui l’ai fait!”. C’est mon premier cd et c’est le premier que j’offre depuis le dĂ©but de mon voyage. Alors oui, je suis Ă©mue de pouvoir dire “Tiens, c’est ma musique”. De voir ce regard interrogateur “Oh vraiment?” et de pouvoir rĂ©pondre “Oui, vraiment!”.

À peine arrivĂ©e Ă  la foire, voilĂ  ce qu’on peut y trouver! © Athina BoĂ©

Dormir chez Viorica, le temps de la foire

Daniela nous accompagne chez notre hĂŽte, une maison Ă  deux ou trois kilomĂštres de la foire, en sortie de village. Il a beaucoup plu ces derniers jours et la foire a manquĂ© de peu d’ĂȘtre complĂštement inondĂ©e.
Nous arrivons en voiture avec tous nos bagages et Viorica nous ouvre. Elle pourrait ĂȘtre ma grand-mĂšre. Elle nous accueille avec son foulard traditionnel sur la tĂȘte et son regard un peu mĂ©fiant. Elle ne parle pas un mot d’anglais ni de français, et nous, on ne parle pas un mot de roumain. J’ai heureusement mon guide Assimil toujours sur moi et la fameuse application dans mon tĂ©lĂ©phone pour traduire en trois clics ou juste en laissant parler dans le micro mon interlocuteur. Enfin… quand il y a du rĂ©seau. Mais peu importe! Au fil des jours, on apprendra Ă  communiquer malgrĂ© tout et naĂźtra entre nous une forme de tendresse.  

La maison de Viorica. © Athina Boé

De stand en stand : trouver le costume de taille

Le lendemain, c’est le jour J pour fĂȘter l’anniversaire de ma mĂšre. Nous voilĂ  parties avec une bouteille de vin argentin sous le bras, du roquefort qui a eu trop chaud, des gressins pour un apĂ©ro en plein cagnard sur le stand de Daniela et Stefan. Moments dĂ©licieux en trĂšs bonne compagnie. Puis, nous allons sur un autre stand de l’autre cĂŽtĂ© du pont en bois pour y goĂ»ter plusieurs grandes spĂ©cialitĂ©s culinaires roumaines. La mămăligă (polenta), la ciorbă de burtă (soupe de tripes) et les sarmales (rouleaux de choux farcis), un rĂ©gal dans cette cantine familiale recommandĂ©e par Daniela.
Nous attaquons enfin la foire. Je suis complĂštement fascinĂ©e par les costumes traditionnels. Je veux absolument m’en dĂ©nicher un! Ici c’est le paradis pour tous les collectionneurs et passionnĂ©es en tout genre. Des tapis, des poteries, des bibelots, des fripes, des machines Ă  cafĂ©, des assiettes, des meubles, des piĂšces d’auto, du linge de maison et puis des instruments de musique datant pour certains du XIXe siĂšcle. Tout est exposĂ© sur des bĂąches Ă  mĂȘme le sol, sur des tables de camping ou les capots des voitures. Un vrai, joyeux, immense bordel! J’ai toujours traĂźnĂ© dans les vide-greniers et brocantes en tout genre mais celle lĂ  vaut vraiment le dĂ©tour ! Mais pour trouver LA perle rare, il faut s’armer de patience… Comme toujours.

Un stand de costumes traditionnels roumains tenu par les tsiganes. © Athina Boé

Deux femmes vendent juste aprĂšs le pont des costumes magnifiques flambant neufs (le reste des stands, ce sont des piĂšces d’occasions avec souvent des retouches Ă  faire). Elles me font essayer la tenue complĂšte qui vient de la rĂ©gion de KalotaSzeg.  D’abord la veste, puis la longue jupe plissĂ©e qu’elles ajustent Ă  ma taille, puis le tablier par dessus la jupe, et pour finir le veston brodĂ© de paillettes. Je tourne, je danse avec ma nouvelle tenue bariolĂ©e et je suis sous le charme
 Je me laisse un temps de rĂ©flexion pour comparer avec les autres stands. AprĂšs les avoir dĂ©cortiquĂ© tous, je reviens sur le mĂȘme stand: les deux femmes sont sur le point de partir. RedĂ©ballage, rĂ©essayages, marchandages, et marchĂ© conclu. Chacune repart avec un grand sourire aux lĂšvres.

Avec le costume de Kalota Szeg devant le stand de Daniela et Stefan. © Athina BoĂ©

Premier contact avec les tsiganes

En fin de journĂ©e, je demande Ă  Daniela de me prendre en photo avec ma nouvelle tenue. Sur le pont, devant leur stand, on s’amuse toutes les deux comme deux copines de collĂšge avec mon tĂ©lĂ©phone. De la musique sort d’un camion et me voilĂ  en train de danser sur le chemin poussiĂ©reux et devant leur stand. Les tsiganes en face commencent Ă  me filmer, puis un jeune vient me lancer des faux billets en euros et me voilĂ  parti pour une bonne heure de dĂ©lire avec eux.
C’est ce deuxiĂšme soir que l’on croisera trois musiciens jouant sur un stand. AccordĂ©on, violon et grosse caisse, cymbale. Je leur donne un billet que le violoniste glisse immĂ©diatement dans son archet. C’est la tradition. Stefan leur explique que je suis chanteuse et que j’aimerai chanter avec eux. AussitĂŽt dit, aussitĂŽt le rendez vous est fixĂ©! Demain Ă  19h au mĂȘme stand.

Les trois musiciens en fin de journée croisés sur le chemin. © Athina Boé

Le troisiĂšme jour tous les chiffonniers de l’allĂ©e oĂč j’ai dansĂ© la veille me reconnaissent “c’est la française qui danse” et ils veulent que je remette le couvert. Il y a toujours le mĂȘme vieux qui vient me parler Ă  chaque fois que je passe devant son stand. Il commence toujours par “original” en roulant le “r” et puis il baragouine son argumentaire sans s’arrĂȘter de me suivre dans l’allĂ©e.
La journĂ©e passe vite, on commence Ă  avoir notre routine. Prendre notre repas Ă  tel stand, saluer untel, unetelle, aller voir Daniela et Stefan, parler avec Cristina en espagnol et puis revenir Ă  la maison pour me prĂ©parer pour le fameux rendez vous. J’ai un peu de retard et quand j’arrive au stand pomponnĂ©e de la tĂȘte au pieds, les musiciens ne sont pas lĂ . J’ai ma petite valise avec moi, qui en intrigue plus d’un. À l’intĂ©rieur, j’ai tout le nĂ©cessaire pour chanter de façon nomade. Enfin presque
 Quand nous trouvons enfin les musiciens qui sont en train de jouer au milieu des stands, je me rends compte que j’ai oubliĂ© les piles de mon ampli! Daniela part vite vite en chercher je ne sais oĂč et revient avec le compte juste.

Ma premiÚre jam avec les tsiganes . © Athina Boé

Commence alors une jam oĂč je propose de chanter les deux seules chansons que je connais en roumain et djelem djelem. On me demande de chanter en français, la premiĂšre chanson qui me vient Ă  l’esprit est La vie en rose. C’est parti pour une version complĂštement cacophonique et burlesque. Attention les oreilles. Tu vas rigoler, je pense! La voici.
AprĂšs cette session, tout le monde m’appelera Sabrina. C’est le nom de Rona Hartner dans Gadjo Dilo. À chaque coin de “rue”, on me fait ma fĂȘte!

Selfie avec le violoniste, grand complice avec qui j’ai fait un duo sur Djelem Djelem. © Athina BoĂ©

Le quatriĂšme jour: on est fatiguĂ©es. On fait quelques derniĂšres trouvailles et vers 17h dĂ©jĂ  beaucoup de stands sont pliĂ©s. C’est dĂ©jĂ  la fin. Je recroise les musiciens pendant que je suis attablĂ©e. Ils viennent s’asseoir Ă  cĂŽtĂ© de moi et l’un d’entre eux m’écrit le nom du village oĂč ils habitent. Passe une voiture avec le chef de la bande, ils partent d’un coup et me regardent avec un air triste. On se salue de la main et je comprends dĂ©jĂ  beaucoup de choses dans leurs regards…
Parfois, il n’y pas besoin de mots pour se comprendre. Ils vont me manquer.
Nous repartons le lendemain en train Ă  Cluj Napoca, ville Ă©tudiante dont on m’a dit que du bien. Je laisse Negreni derriĂšre moi avec nostalgie, Ă©cris quelques notes dans mon carnet et regarde le paysage par la fenĂȘtre qui dĂ©file.

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