Robin Renucci 🎭, Malika Mokeddem 📚 et Macha Méril. 🎼 avec Dana Ciocarlie et Patrice Fontanarosa. #73

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L’un a eu ce besoin de retrouver un village, une île, une langue, d’y ressourcer son envie de théâtre. L’autre a fui une famille, une tradition et un désert. Elle a traversé une mer pour inscrire un désir d’écrire. Pour la musique, c’est piano et violon. Métis, radical, réjouissant, c’est “Des mots de minuit”!

 

Des mots de minuit, émission du 27 juin 2001.

Avec
Le comédien Robin Renucci
L’écrivaine Malika Mokeddem
et
La comédienne Macha Méril
La pianiste Dana Ciorcalie

Musique:
La pianiste Dana Ciocarlie  joue “six danses populaires roumaines” de Béla Bartók.
Le violoniste Patrice Fontanarosa  interprète la “Partita en mi” de Jean-Sébastien Bach.

 

Des mots de minuit, émission du 27 juin 2001.

Robin Renucci : À 40 ans passés, il est retourné vivre dans son village natal en Corse. Il explique ce choix, refuse le terme de “corsitude”. Il lui préfère l’expression : “être corse” et précise que la langue corse est surtout parlée. Il a intégré le théâtre dans une volonté d’éducation populaire. Il souhaite en allant au devant des exclus de la diffusion culturelle voir sur le même banc et parmi les participants, des personnes de milieux différents. Cette action politique des “Rencontres internationales artistiques” a été menée par l’intercommunalité.
Il revient également sur son expérience de réalisateur.

Dans notre société de consommation effrénée, on se sent perdu. On va dans le mur sur plan écologique, mais on continue. Le théâtre mise sur l’intelligence du public, reste le lieu où l’homme parle à l’homme. Les gens ne se rendent pas compte qu’ils sont dans une industrie du divertissement qui les mange, les dévorent. L’obscène est revenu, mais ils ne savent pas nommer cette angoisse naissante.

© “Le Monde”. Sandrine Blanchard, 16 avril 2017.

 

Malika Mokeddem est algérienne. Elle raconte comment elle a eu envie d’écrire, a dû se battre pour aller à l’école et à l’université. Elle précise la signification du terme N’zid : je continue et je nais. Elle évoque son village dans le désert qui n’a pas changé après 24 ans d’absence. Pour elle, le désert était d’abord le néant, l’enfermement.
C’est en navigant en mer, où elle situe l’action de son roman qu’elle a retrouvé les mêmes sensations d’immensité sans ressentir cet enfermement.
Elle estime que le savoir est la seule porte ouverte aux jeunes filles, commente le code de la famille algérien, critique l’intégrisme.

N’zid. Supposons qu’Ulysse soit une femme. Une femme d’aujourd’hui. Algérienne. Elle s’appelle Nora et vient de se réveiller sur un voilier à la dérive, seule au milieu de la Méditerranée. Elle est amnésique et blessée au visage. Pourtant, une évidence s’impose d’emblée : la mer est son élément. Ses mains savent tout de ce bateau, de la navigation. Perdue entre deux rives, survivante d’un malheur qu’elle ignore, Nora cherche passionnément sa patrie qui avait jadis les contours d’un désert de sable. Et si, derrière les vagues, elle écoute le pincement d’un luth bédouin, celui de Jamil, rien ne prouve qu’ils se rejoindront, car Malika Mokeddem, dépassant la force du simple témoignage, a peut-être inventé une seconde manière d’évoquer l’Algérie contemporaine, une métaphore nouvelle et de tous les temps, pour une Odyssée sans Ithaque. N’zid signifie, en arabe, «je continue» et aussi «je nais».

Editions du Seuil, mars 2001.

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Macha Méril présente le Festival de la correspondance de Grignan dont le thème est cette année-là l’échange maîtres-élèves.

Un cinéaste français qui vivait au Brésil …/… nous a conseillé d’aller le soir écouter une nouvelle musique dans les boîtes de jazz des favelas : la bossa-nova. Seul Michel et moi y sommes allés…/… Un soir, Michel Legrand m’a pris la main. Encore aujourd’hui, je serais incapable de vous décrire ce que j’ai ressenti. J’avais l’impression qu’il était mon moi bis …/… Notre amour a été fulgurant, mais chaste. On s’embrassait beaucoup, mais Michel avait une femme et deux enfants. Moi, je devais me marier quelques mois plus tard … /… Alors on s’est dit que notre histoire ne pouvait pas continuer, pas maintenant. Dans une autre vie, peut-être. J’ai trouvé son attitude très noble. Nous nous sommes séparés à l’aéroport de Rio et je l’ai embrassé pour la dernière fois …/… Michel s’est séparé de la mère de ses enfants quelques années plus tard, il s’est remarié, puis a eu d’autres histoires. Moi, j’ai annulé mon mariage, puis j’ai finalement épousé un réalisateur italien, Gian Vittorio Baldi, en 1969. Un mariage d’amour qui m’a servi à devenir quelqu’un, à me construire. J’avais besoin de me sentir adoubée par la société… / …
Et puis, il y a un an et demi, Michel s’est retrouvé de nouveau seul. C’est bien connu, les hommes ont horreur du vide ! Alors il a voulu savoir ce que je devenais. Il avait appris que je jouais dans une pièce et a décidé de venir me voir sur scène.
..

L’OBS. 15-08-2015. “J’ai épousé Michel Legrand à 74 ans : se marier plus vieux, c’est l’amour sans les tracas”

 

MUSIQUE :

Dana Ciocarlie interprète Six danses populaires roumaines de Béla Bartók. Elle raconte comment elle est sortie de son pays et présente son dernier album : Romania : oeuvres pour piano consacré à la Roumanie ainsi que ses choix pour constituer son répertoire.

 

Patrice Fontanarosa interprète la Partita en mi de Jean Sébastien Bach.

 

Des mots de minuit #73
Réalisation: Jean François Gauthier
Rédaction en chef : Rémy Roche
Production: Thérèse Lombard et Philippe Lefait
© Desmotsdeminuit/France2

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