📚 Maria Pourchet et Lionel Naccache: littĂ©rature et neurologie. Écrire comme on observe; engrammer pour grandir… #587

XYX' ou l'art du sujet
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Avec “Sciences”… Il y a possiblement humaines ou “dures”, qualificatifs qui mĂšnent Ă  tout : Ă  la littĂ©rature comme au chemin de soi. À un livre prĂšs (Toutes les femmes sauf une), la sociologue Ă©crit surtout aujourd’hui des romans humains qui rient jaune et dĂ©calĂ© de la vie.
À se prendre MoliĂšre en version scud, le neurologue travaille son sujet en devenir et continue d’articuler subjectivitĂ©, neurosciences et freudisme. Quand la conversation est rĂ©gal!

 

Des mots de minuit, L’Émission #587 du 6 juin 2019

 

CONVERSATION :

Maria Pourchet est nĂ©e vosgienne. Elle est romanciĂšre, scĂ©nariste, sociologue. Au choix, mĂȘme si la littĂ©rature est sa prĂ©dilection.
À la lire, on peut sourire de son humour, de son ironie… ou rire jaune. De son regard acĂ©rĂ© sur les relations humaines: Les chausse-trappes du couple! La suffisance des premiers de cordĂ©e, version ultralibĂ©rale et impatiente! Les piques de ses Ă©tudes de caractĂšre!
Apparemment elle revient de loin mais elle est revenue.
Quand elle est dans l’urgence d’Ă©crire les affres de la transmission mĂšre-enfant et le dĂ©gĂąt des mots. Fais pas ci, fais pas ça, fais ci, fais ça ! Un livre (Toutes les femmes sauf une) au phrasĂ© si radical : “Ici, on ne connaĂźt des autres que la distance qui nous sĂ©pare”, “J’Ă©cris pour qu’elle se taise”, “Ce livre blessera”, “AdĂšle, tout ce que je rapporte ici fut dit”, “Ce qui tue n’est rien qu’un regard de ce que j’espĂšre”, “Dans ma cervelle cramĂ©e par la ponte”, “L’Ă©poque, AdĂšle, c’est l’autre mot pour dire la soumission.”
Quand une admiration et de redoutables empĂȘchements fantasmĂ©s de l’absolu littĂ©raire d’un Gustave Flaubert ou d’un Pierre Michon la dĂ©tournent un temps de sa pulsion d’Ă©crire. Mais Romain Gary (Les enchanteurs”) passe par lĂ . Donc, il l’enchante et lui autorise enfin la fiction.
Petite elle voulait faire Michelaudiard en un seul mot aprĂšs avoir parlĂ© Ă  papa d’un film avec GĂ©rard Depardieu et Patrick Dewaere ! Elle est, donc, aussi scĂ©nariste.
Grande, elle commence par sociologie et une thĂšse sur les Ă©crivains Ă  la tĂ©lĂ©. Tiens, donc! Elle travaille encore Ă  l’occasion pour l’Observatoire des gouvernances et des hauts dirigeants. Une mine Ă  personnages. Les mots et le langage, le troc ou la vĂ©ritĂ© inaboutie qu’ils permettent, sont Ă©videmment son MĂ©tier, avec un grand M. Les siens rendent le lecteur impatient de la phrase qui suit.

A la mĂȘme Ă©poque, l’élĂšve rebelle s’interroge sur son orientation professionnelle. Elle est hantĂ©e depuis des annĂ©es par une phrase que lui a jetĂ©e un adulte : Â« Ecrivain ? Mais c’est pas un mĂ©tier, il y en a plein sous les ponts Â»Â« A cause de ça, la seule chose qui m’intĂ©ressait Ă©tait de trouver un mĂ©tier qui me permette d’écrire Ă  cĂŽtĂ©. »

Le Monde. Raphaëlle Leyris. 02 février 2019.

 

Nous sommes tous des femmes savantes, y compris les hommes, Ă©crit et dĂ©montre Lionel Naccache qui a le sens de la formule. Tenez, par exemple, XYX’. On ose rĂ©sumer:
X, vous, moi, devient, devrait devenir X’ s’il mĂ©tabolise correctement Y, Ă  savoir la connaissance ou la sexualitĂ©. “PĂ©nĂ©trĂ©” par un savoir, souvent issu d’une intersubjectivitĂ© avec un maĂźtre ou L’Autre dans le rapport amoureux, X se transforme s’il sait remettre en cause la façon dont jusque lĂ  il se racontait ou fictionnait le monde. Qu’il rate cet aggiornamento subjectif, se rĂ©fugie dans le carrĂ© ou le cube de ses certitudes, Ă  l’extrĂȘme, du complotisme, et la nĂ©vrose guette.
Que de dĂźners de cons oĂč se vautrent les egos, le “je sais”, la bouffissure des certitudes dans lesquels X ne fait que se masturber d’une oreille inattentive en oubliant l’Ă©blouissement du ‘ !
Il y a du travail quand le tout info contemporain pourrit la situation et fait de nous des Trissotin, des trois fois sot, de l’immĂ©diatetĂ© connectĂ©e.
Naccache flirte avec la sagesse antique; avec les concupiscences de Pascal, les libidos consciendi, sentiendi et dominendi venues de Tertullien et de Saint-Augustin; le siĂšcle d’avant Les lumiĂšres, celui des cercles de femmes savantes prĂ©ludes Ă  d’autres audaces; les intuitions du neurologue Ă  anguilles Freud. Le tout Ă©clairĂ© par l’imagerie mĂ©dicale contemporaine des zones du cerveau plus ou moins Ă©rotisĂ©es par les couleurs et selon les circonstances.
XYX’ donc, quand c’est rĂ©ussi ! Nouvelle Ă©quation de ses recherches sur la subjectivitĂ©. Elle lui vient de la piĂšce de MoliĂšre (1672), la seule Ă©crite en plusieurs annĂ©es. L’histoire dit quatre.
L’asexuelle et intellectuelle Armande et l’imbĂ©cile heureuse Henriette et les huit personnages qui vont avec ces jeunes femmes dissociĂ©es lui offrent la formidable occasion de thĂ©oriser sur le sexe et sur le savoir. En passant notamment par le pĂšre Freud et la sublimation. Pas mal pour un neuroscientifique qui avait signĂ© en 2006 Le nouvel inconscient. Il parle aujourd’hui de nĂ©vrose cognitivo-sexuelle! Pas un gros mot mais une nouvelle interprĂ©tation de la difficultĂ© d’ĂȘtre soi. Et un livre aussi facile Ă  lire qu’intelligent.

 

MUSIQUE :

General elektriks : fausse raison sociale pour un magicien des claviers. HervĂ© Salters est un as d’Ă©lectro-pop matinĂ©e de funk. Il interprĂšte Au tir Ă  la carabine (avec une mise en images de Zachary Zezima).

Des mots de minuit #587 
RĂ©alisation: Pascal Stelletta 
RĂ©daction en chef: RĂ©my Roche
Montage: Timothée Souillac et Badr Drissi
Coordination: Marie-Odile RĂ©gnier
Direction: Philippe Lefait
© desmotsdeminuit.fr

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