Jorge Volpi 📚: un “grantécrivain” latino-américain et une dénonciation sans concession du roman mexicain…

Pas seulement écrivain...
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Volpi écrit dans un pays où la violence a fait 250 000 morts depuis 2006, où politique et corruption sont synonymes, où dit-il existe une liberté d’expression paradoxale, où ajoute-t’il “La justice n’existe pas”. À son actif des dizaines de livres épais et d’essais dont le dernier, non traduit, allume Trump qui n’est pas “une anomalie mais la conséquence naturelle d’une accumulation de mensonges”…

 

Mot à mot du 5 octobre 2019. Biarritz.

“Grantécrivain” comme aurait dit Dominique Noguez, mais pas que. Jorge Volpi, que par taquinerie on dira hyperactif, dit savoir séquencer sa vie entre le temps de la littérature et celui de l’implication sociale, qu’il s’agisse de dénoncer les misères d’un pays dans lequel Reporters sans frontières dénonce l’assassinat d’au moins dix journalistes depuis le début de l’année 2019 (Seule la Syrie fait mieux). Qu’il s’agisse d’avoir dirigé l’Institut Culturel du Mexique à Paris, d’enseigner aux États-Unis ou en Espagne, d’avoir été à la tête d’une chaîne culturelle, d’être aujourd’hui responsable de la culture à l’université de Mexico.
Ce parfait francophone, né en 1968, fait partie d’une nouvelle génération d’écrivains qui s’est éloigné du réalisme magique des grandes signatures latino-américaines (Alejo Carpentier, Gabriel Garcia-Marquez, Julio Cortazar) pour un universalisme moins continental. À la recherche de Klingsor est ainsi un roman qu’il situe pendant la Seconde Guerre mondiale et, parmi ses auteurs de référence, on trouve par exemple le sud africain et Nobel John Maxwell Coetzee ou le français Emmanuel Carrère. Son dernier livre traduit (Seuil, avril 2019) retrace l’affaire Cassez. Il le présente comme un “roman documentaire” alors que, dit-il, la fiction est l’œuvre de la police et de la justice mexicaines…
De son père chirurgien, il retient notamment la devise “la main doit voir” et son mot de minuit est “papalote” (cerf-volant), vocable d’origine aztèque qui renvoie à la possibilité de voler comme le permet aussi l’imagination.

Autour de l’affaire Florence Cassez, qui défraya la chronique en 2005, Jorge Volpi signe un roman documentaire dans lequel il détaille les montages policiers qui ont entouré l’arrestation au Mexique de la Française avant sa détention durant sept ans (son retour en France date de 2013 et elle a ouvert depuis un restaurant dans les Hauts de France)
Ce De sang-froid contemporain, enquête bâtie sur une étude approfondie de l’intégralité du dossier, aux accents de thriller implacable est destructeur de toute crédibilité des méthodes et pratiques policières ou judiciaires du Mexique. (Traduction de Gabriel Iaculli)

 

Biarritz, 5 octobre 2019

Mon obsession formelle a toujours été, en littérature comme en politique, de briser les frontières, note Jorge Volpi. Dans presque tous mes livres, et notamment dans ma Trilogie du XXe siècle *, j’ai voulu mélanger histoire, science et politique. Je veux prouver que le roman est aussi une voie pour la connaissance, un genre qui ne se limite pas à raconter des histoires mais fait de ces histoires un point de départ pour la réflexion.
* Cette trilogie composée de Ã€ la recherche de KlingsorLa Fin de la folie et Le Temps des cendres.

Le Monde, 12 mars 2009.

Né à Mexico, Jorge Volpi est l’auteur d’essais et de nombreux romans, dont À la recherche de Klingsor, polar philosophique qui l’a fait mondialement connaître et La fin de la folie, savoureuse parodie de la pensée soixante-huitarde.
Auteur aujourd’hui incontournable au Mexique, où il a fondé en 1994 avec d’autres jeunes écrivains le mouvement du Crack, groupe dont le manifeste rejette notamment la facilité des best-sellers ou de l’exotisme et revendique une littérature latino-américaine critique et réflexive.

Mot à mot
Réalisation : Quentin Herlemont
Rédaction en chef : Rémy Roche
Coordination : Marie-Odile Regnier
Édition : Pierre Loumel
Entretien : Philippe Lefait

Ce Mot à mot a été réalisé le 5 octobre 2019 à Biarritz à l’occasion du “festival biarritz amérique latine”

 PALMARES 
Abrazo du meilleur film : La Fièvre (A Febre) de Maya Da-Rin, (Brésil, France, Allemagne)
• Prix du jury : La Vie invisible d’Eurídice Gusmão (A Vida invisível de Eurídice Gusmão) de Karim Aïnouz, (Brésil, Allemagne)
• Mention spéciale du juryCanción sin nombre de Melina León, (Pérou, Espagne, Etats-Unis)
• Prix du Syndicat Français de la Critique de Cinéma : La Vie invisible d’Eurídice Gusmão (A Vida invisível de Eurídice Gusmão) de Karim Aïnouz, (Brésil, Allemagne)
• Mention spéciale du Syndicat Français de la Critique de Cinéma : Las Buenas Intenciones de Ana García Blaya (Argentine)
• Prix du public : La Llorona de Jayro Bustamante (Guatemala, France)
Prix du meilleur documentaire : La Vida en común d’Ezequiel Yanco (Argentine, France)
• Prix du public : La Búsqueda de Daniel Lagares et Mariano Agudo, (Pérou, Espagne)
Prix du meilleur court-métrage : O Mistério da carne de Rafaela Camelo, (Brésil)
• Mention spéciale du jury : Hogar de Gerardo Minutti, (Uruguay)

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“festival biarritz amérique latine”

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