📚 “Belle fille” de Tatiana Vialle: lettre à Jean Carmet

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Tour à tour comédienne, metteuse en scène et directrice de casting, la belle-fille de Jean Carmet signe un premier récit à l’écriture cristalline tout en sensibilité.

Qu’est-ce qu’un père? L’homme qui te donne ton nom? Celui dont tu possèdes les gênes? Ou celui qui t’a vu grandir? Pour la plupart des gens la question ne se pose pas puisque c’est une seule et même personne. Quant à moi, aujourd’hui encore je suis incapable d’y répondre.”
Cette question Tatiana Vialle la pose à un homme qu’elle a d’abord considéré comme un intrus, un étranger, qui a su peu à peu l’intriguer, la faire rire et l’apprivoiser: Jean Carmet. C’est à lui que ce récit tout en émotion retenue est destiné. Les premiers mots sont pourtant sans ambages: “Tu es entré dans ma vie pas effraction. J’avais quatre ans, peut être cinq, et je t’ai immédiatement détesté .” 
Les enfants ne s’embarrassent pas de nuances. Mais comment aimer celui qui vous ravit votre mère et prend la place de votre père? Paul Vialle est comédien lui aussi: “Il vit à Strasbourg où il fait du théâtre (…). Il est grand, très beau et beaucoup plus jeune que toi. Avec tes petites jambes, ton embonpoint et ta calvitie naissante, tu ne soutiens pas la comparaison”, assène la petite fille à celui qui va l’élever jusqu’à l’adolescence. Carmet fera la carrière que l’on sait. Vialle noiera ses tourments dans l’alcool. Sa fille découvrira sur le tard qu’il ne s’était jamais remis de la guerre d’Algérie. 

Enfance cabossée

Comment grandir entre un père biologique défaillant et un père de substitution que la notoriété soudaine rendra tyrannique voire paranoïaque? Comment se construire et réussir à fonder une famille? Petite fille à l’enfance cabossée, Tatiana Vialle trouvera du réconfort et de la stabilité auprès de grands-parents aimants. Mais après? Il y aura le choix d’un métier, actrice, que Jean Carmet lui avait interdit et qu’elle choisira par défi, pour finir par admettre après plusieurs années combien il était source de souffrances. Des amours chaotiques aussi. Et un homme, toujours là. En dépit de tout. Des aléas d’une carrière puis de sa séparation d’avec Olga dont il partage la vie depuis des années. C’est à lui que s’adresse ce livre pudique et émouvant. A l’homme plus qu’à l’acteur. A celui que la petite fille a d’abord détesté et que l’auteur de ce livre se surprend à aimer. Poignant.

 

NiL – 160 pages

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(photo d’illustration de l’article © Astrid di Crollalanza)


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