📚 “Au Jardin des fugitifs” de Ceridwen Dovey: Les liaisons dangereuses version 2.0

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Roman épistolaire, le troisiÚme livre de la romanciÚre sud-africaine explore avec brio les arcanes du désir et de la culpabilité au travers de deux personnages unis par un lien trouble.

Elle Ă©tait jeune. Elle avait du talent. Il a fait en sorte qu’elle devienne l’une des laurĂ©ates de sa Fondation Lushington et puisse ainsi se consacrer Ă  sa passion.
Je me flatte de repĂ©rer chez certaines jeunes femmes des traits auxquels d’autres sont aveugles. Je ne parle pas de joliesse des traits, lĂ  n’est pas la question. Je suis un ange investisseur, Ă  ma maniĂšre. Le produit sur lequel je mise, c’est la personne, son intelligence, lui avouera-t-il quelques annĂ©es plus tard
MĂ©cĂšne richissime, Royce se targuait de permettre Ă  des jeunes femmes plus brillantes les unes que les autres d’accĂ©der Ă  leur dĂ©sir. Vita rĂȘvait de rĂ©aliser des documentaires. Royce lui en a donnĂ© les moyens. Rien ne se dĂ©roulera pourtant comme prĂ©vu. Vingt ans plus tard, l’influent mĂ©cĂšne qui croit toujours au potentiel artistique de son ancienne protĂ©gĂ©e lui propose un pacte. Une relation Ă©pistolaire via Internet au cours de laquelle chacun s’engage Ă  revisiter son passĂ©. C’est Choderlos de Laclos version 2.0. Les Ăąmes se mettent Ă  nu mais celui qui mĂšne la danse n’est pas toujours celui que l’on croit. 

Partition Ă  deux voix

Des vestiges de PompĂ©i oĂč Royce a Ă©perdument aimĂ© une jeune femme ressemblant Ă©trangement Ă  sa protĂ©gĂ©e Ă  l’effervescence du Cap en passant par l’Australie, Ceridwen Dovey explore avec maestria les arcanes complexes de la psychĂ©. “Une fois qu’on s’autorise Ă  en sonder les profondeurs, il n’y a rien d’aussi fascinant que son propre passĂ©”, affirme Royce. Celui de Vita semble s’ĂȘtre arrĂȘtĂ© sur les terres du Cap oĂč elle a grandi dans les annĂ©es 80, Ă©pousant malgrĂ© elle la culpabilitĂ© de ses parents face Ă  l’Apartheid. Celui de Royce lui semble s’ĂȘtre figĂ© Ă  PompĂ©i auprĂšs d’une femme archĂ©ologue qui n’avait d’yeux que pour les corps calcinĂ©s du Jardin des fugitifs
NĂ©e en Afrique du Sud, Ceridwen Dovey a sans doute mis beaucoup d’elle-mĂȘme dans le personnage de Vita. Comme elle, elle s’est d’abord destinĂ©e Ă  la rĂ©alisation de documentaires puis, faute de moyens, a choisi l’écriture. Si son hĂ©roĂŻne peine Ă  mettre en scĂšne le genre humain, Ceridwen Dovey y excelle composant une partition Ă  deux voix aussi riche qu’ambigĂŒe.
Editions HĂ©loĂŻse d’Ormesson – 382 pages
(photo d’illustration de l’article © Shannon Smith)


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