GrĂ©goire Korganow: les murs ont la parole đŸ“·

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Le confinement renvoie aux murs et aux lieux qui nous protĂ©gent, en principe, de la virose. Y sont accrochĂ©s ou, Ă  l’entour, nous parlent ces objets qui font un univers personnel ou un amer. Quel est celui de celles et ceux qui, pour l’instant seulement, ne peuvent pas encore revenir sur le plateau Des mots de minuit ? Voici Murmure, quelques confidences de temps incertains de ces cinĂ©astes en herbe. Aujourd’hui le photographe GrĂ©goire Korganow.

Murmure est une carte blanche vidĂ©o proposĂ©e aux invitĂ©-e-s aujourd’hui confinĂ©-e-s- Des mots de minuit


GrĂ©goire Korganow  est, d’une certaine façon, le photographe des corps …

Le sujet est vaste, infini. Depuis prĂšs de 30 ans il l’explore Ă  sa façon, particuliĂšre, engagĂ©e, politique sĂ»rement, privilĂ©giant le territoire “des invisibles et des opprimĂ©s“. Ainsi, quasi obsessionnel, de son Ɠil d’homme et d’imagier du temps prĂ©sent, il explore l’univers carcĂ©ral. IntĂ©rieur, extĂ©rieur, les familles qui le visitent, les paysages qui l’entourent. Toujours saisissant, original, sur un thĂšme pourtant un peu rabĂąchĂ©.
L’auscultation des corps va bien au-delĂ  pour Korganow. Ainsi sa sĂ©rie sur les pĂšres et les fils, sur les danseurs ou encore sur les soignants qui l’avaient sauvĂ© d’une sale chute en moto sur le pĂ©riphĂ©rique parisien. Un coup d’Ɠil sur son site renseigne la diversitĂ© de ses curiositĂ©s.
Si les murs emprisonnent dans les prisons, retiennent en ces temps de confinement, ils sont fondateurs et rassurants dans l’intimitĂ© domestique de GrĂ©goire Korganow. Quand il dĂ©mĂ©nage, ce qu’il y fixera est une prioritĂ©, les murs montrent et parlent. Ainsi ce portrait inquiĂ©tant de MaĂŻakovski qu’il a finalement apprivoisĂ©, le poĂšte futuriste est dĂ©sormais un confident.

Chez moi, les murs sont couverts de photos, d’affiches, de dessins, de livres
  Plus un seul espace de mur n’est libre. Ce plein me rassure et m’apaise. Parfois, je m’assois sur le canapĂ© du salon, j’ancre mon regard dans les objets familiers accrochĂ©s au mur et je laisse mon esprit divaguer. Parmi tous ces objets se trouve un portrait de MaĂŻakovski photographiĂ© par Rodtchenko.
Ce tableau trĂŽnait dans l’escalier de la maison familiale. Enfant, il me faisait peur. Je me demandais qui Ă©tait cet homme au regard sĂ©vĂšre qui semblait me fixer en permanence. À l’adolescence, j’ai appris Ă  connaitre MaĂŻakovski. GrĂące Ă  lui je me suis plongĂ© dans le mouvement futuriste russe, j’ai dĂ©couvert le cinĂ©ma de Dziga Vertov, d’Einsentein, de Medvedkine, je me suis rĂȘvĂ© rĂ©volutionnaire sillonnant Ă  ses cĂŽtĂ©s la terre de mes ancĂȘtres.
J’ai hĂ©ritĂ© du portrait de MaĂŻakovski Ă  18 ans quand j’ai pris mon indĂ©pendance. Depuis cette Ă©poque ce tableau ne m’a jamais quittĂ©. Il est le premier objet que j’accroche quand je m’installe quelque-part. J’ai besoin de sentir la prĂ©sence de MaĂŻakovski, de croiser son regard perçant. Il est comme un membre de ma famille, le portrait d’un aĂŻeul disparu avant ma naissance, mais dont la mĂ©moire se prolonge en moi. Souvent je le questionne secrĂštement et il m’aide Ă  Ă©prouver mes choix, Ă  faire la lumiĂšre sur ma vie.
 

GrĂ©goire Korganow – Bondy, le 25 avril 2020

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