📚 “Olga” de Bernhard Schlink: portrait de femme

0
250

L’auteur du Liseur, adaptĂ© par Hollywood sous le titre The reader, conte le destin d’une femme marquĂ©e par son temps. Mais pas seulement.

Tout est dit dĂšs l’incipit du livre: “Elle voulait observer et comprendre ce qui se passait autour d’elle”. C’est ce qu’elle fera tout au long de sa vie bornĂ©e par les deux guerres. Orpheline dĂšs son plus jeune Ăąge, Olga est Ă©levĂ©e par sa grand-mĂšre dans un petit village de PomĂ©ranie Ă  la fin du XIXĂšme siĂšcle. Une enfance difficile dans un milieu dont elle dĂ©couvrira brutalement la pauvretĂ©. Olga est une enfant solitaire, diffĂ©rente “jusqu’au jour oĂč elle trouva quelqu’un. Lui aussi Ă©tait autre. DĂšs le dĂ©part”: Herbert vient d’un milieu aisĂ©, ne vit que pour l’action “Quand il courait, il ne faisait pas demi-tour parce qu’il Ă©tait Ă©puisĂ©, mais parce que le soir tombait et qu’il ne voulait pas que sa mĂšre s’inquiĂšte”. Les deux enfants ne pouvaient que se plaire. Puis s’aimer. 
Herbert se rĂȘve aventurier. Pour lui, la vie s’écrit ailleurs. Tandis qu’Olga se bat pour devenir enseignante, il rĂȘve d’exploits pour la patrie. Leur amour rĂ©sistera Ă  l’opposition de la famille du jeune homme et Ă  ses nombreuses missions. Il participera au massacre des Herero dans le Sud-Ouest africain allemand, ira en Argentine, au BrĂ©sil en SibĂ©rie, au Kamtchatka. Olga semble s’en accommoder. A-t-elle vraiment le choix? “Ce qui t’est donnĂ©, tu ne peux en profiter que si tu l’acceptes”, affirme-t-elle comme pour mieux s’en persuader. Un jour pourtant le jeune homme dĂ©cide de partir pour l’Arctique. Ce sera l’expĂ©dition de trop. 

 

Sacrifiée et révoltée

Bernhard Schlink raconte avec beaucoup de dĂ©licatesse le destin de cette femme qui, comme tant d’autres de sa gĂ©nĂ©ration, n’a pu rĂ©aliser pleinement ses aspirations. Une femme condamnĂ©e Ă  attendre celui qui se vit comme un hĂ©ros. Une femme sacrifiĂ©e sur l’autel de la Nation Allemande dont elle dĂ©plore les rĂȘves de grandeur. Quoique
 
Autant les deux premiĂšres parties du livre dĂ©peignent une femme qui accepte avec abnĂ©gation le rĂŽle que lui assigne son amant et son Ă©poque, autant la troisiĂšme est riche en surprises. Sous la plume ardente de Bernhard Schlink, peu Ă  peu deux Olga se dessinent. Celle qu’a connu le petit Ferdinand qui raconte aujourd’hui l’histoire de cette femme d’un autre temps. Et celle rĂ©voltĂ©e, fĂ©ministe avant l’heure, qui apparaĂźt dans les lettres adressĂ©es Ă  Herbert. La vĂ©ritable Olga est sans doute quelque part entre ces deux-lĂ . Ni tout Ă  fait la mĂȘme. Ni tout Ă  fait une autre. Un jour soumise aux diktats d’une Ă©poque et prĂȘte le lendemain Ă  les faire voler en Ă©clat.
Magistral.

Gallimard – 272 pages
Traduit de l’allemand par Bernard Lortholary
feuilleter les premiĂšres pages

(photo d’illustration de l’article © Francesca Mantovani – Ă©ditions Gallimard)



â–ș  les lectures d’Alexandra
â–ș  la critique littĂ©raire desmotsdeminuit.fr


â–șnous Ă©crire: desmotsdeminuit@francetv.fr
â–ș
 la 
page facebook desmotsdeminuit.fr Abonnez-vous pour ĂȘtre alertĂ© de toutes les nouvelles publications.
â–ș @desmotsdeminuit