📚 “Et la mariĂ©e ferma la porte”, de Ronit Matalon: mariage ou pas?

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Grande figure des lettres israéliennes née dans une famille juive égyptienne, la romanciÚre disparue en 2017 signe un faux vaudeville hautement réjouissant mais pas que.

Ce pourrait ĂȘtre du Feydeau. 
Trois personnages pĂ©tris d’angoisse attendent face Ă  une porte obstinĂ©ment close. La mĂšre, la grand-mĂšre et le futur mariĂ© dont la noce doit ĂȘtre cĂ©lĂ©brĂ©e dans la journĂ©e. 500 personnes ont Ă©tĂ© conviĂ©es. Nous sommes dans la banlieue de Tel-Aviv. De l’autre cĂŽtĂ© de la porte, la mariĂ©e, qui s’est enfermĂ©e depuis plus de cinq heures, n’a eu pour toute explication que ces mots: “Pas de mariage. Pas de mariage. Pas de mariage”. L’annonce fait l’effet d’une bombe. On ne touche pas impunĂ©ment Ă  l’institution du mariage. La sidĂ©ration fera place Ă  la colĂšre, Ă  la tristesse, Ă  la rĂ©volte, Ă  l’incomprĂ©hension, parfois mĂȘme Ă  l’acceptation. Cela ira du “Ouvre, Margui, ouvre! Tu m’entends? Ouvre immĂ©diatement ou tu auras affaire Ă  moi! Affaire Ă  moi tu comprends? Tu as perdu la tĂȘte ou quoi? Qu’est ce qu’on va dire aux gens?” de la mĂšre, au “Il y en a qui n’ont pas envie de se marier, ça existe. Il me semble d’ailleurs que moi non plus, je n’avais pas envie de me marier” du beau-pĂšre en passant par les commentaires Ă  cĂŽtĂ© de la plaque de la grand-mĂšre atteinte d’Alzheimer. 

Vaudeville

Rien de tel qu’un silence obstinĂ© et une porte fermĂ©e pour dĂ©lier les langues. Chacun des protagonistes interprĂštera donc le geste symbolique de la future-mariĂ©e -qui-avait-dĂ©cidĂ©e-de-ne-plus-se-marier- Ă  l’aune de sa propre histoire. Y compris le fiancĂ©, touchant d’abnĂ©gation et de sincĂ©ritĂ©, qui Ă  l’issue de cette journĂ©e fatale finira pourtant par se sentir presque soulagĂ©: “Depuis toujours, en fait quelque chose se dressait entre lui et Margui, entre lui et lui-mĂȘme au sujet de sa relation avec elle, oui, depuis le dĂ©but il y avait eu en fait ce dĂ©calage”. Ou la mĂšre dont on apprendra qu’elle persiste Ă  acheter des sucreries Ă  sa premiĂšre fille pourtant mystĂ©rieusement disparue depuis longtemps. 
Vaudeville Ă  l’humour aussi fĂ©roce qu’irrĂ©sistible, la novella de Ronit Matalon n’épargne personne. Ni la famille, territoire de prĂ©dilection de la romanciĂšre, ni la sociĂ©tĂ© israĂ©lienne dont elle pointe un Ă  un les dysfonctionnements.
Un petit bijou.

Actes Sud – 144 pages
(photo d’illustration de l’article: © Iris-Nesher)


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