Le monde du moment. Les carnets d’ailleurs de Marco & Paula #226

L'entre mondes
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collage digital de Uğur Gallenkuş

Sa mission en Côte d’Ivoire terminée Marco, à cheval entre deux continents, a repris sa navigation des mondes...

Aéroport de Roissy, un jeudi matin suspendu entre l’Afrique et l’Amérique, j’attends ma belle-sœur qui est allée dans notre garde-meuble (choisi stratégiquement proche de l’aéroport) pour apporter les manteaux d’hiver dont nous allons bientôt avoir besoin aux États-Unis. C’est une “manip” qui a des allures d’histoire de passeur.

À cheval sur deux continents

Le sorgho rouge de Zhang Yimou

Je suis assis dans le hall des départs – un terminal 2 E qui m’est vraiment trop familier; en sortant du petit train, je me suis souvenu des arrivées matinales avec ma fille, en route pour des vacances dans la famille. Mais je divague, il est question que j’écrive ma chronique, alors que j’ai une forte envie, après cette nuit presque blanche dans un siège classe économie qui me sciait le dos, de regarder un épisode de ma série favorite du moment, The Blacklist, un thriller très efficace en particulier pour me sortir la tête de mon monde du moment.
Il y a quelques jours à Abidjan, en voiture pour aller à un rendez-vous, j’entendais les informations à la radio. On y parlait des États-Unis, et je me mis à penser aux millions d’Américains qui suivaient les news là-bas – les élections, les discussions au Congrès, la polarisation et le caractère de plus en plus partisan que prend la vie politique (là ou ailleurs, d’ailleurs). Je réalisais que si les Ivoiriens autour de moi n’avaient aucune idée de ce que pouvait être la vie aux States, pour les Américains de l’autre côté de l’océan, l’Afrique était un “continent noir”, du noir que l’on évoque en parlant des boîtes noires, le noir de l’incompréhension. Je me trouvais à la charnière de deux mondes, et finalement je m’y sentais bien.

Ni là, ni ailleurs d’ailleurs…

Il me vint à l’esprit que l’intérêt que je trouvai à l’Afrique, c’était son altérité, de la même manière que la civilisation chinoise m’a longtemps fascinée parce que, comme je le disais alors, il ne pouvait pas y avoir un sens du monde plus radicalement différent que celui-là, et que dans cette altérité, il serait possible d’apprendre sur soi, sur nous. Je regrette encore de n’avoir pas appris le chinois, mais je comprends que c’était moins la Chine elle-même qui m’attirait que l’éclairage qu’elle m’aurait donné sur la pensée occidentale. Mais je pourrais tenir le même raisonnement sur la littérature, et comment une œuvre sait – en introduisant une altérité – ouvrir des portes sur nous-même; je lis en ce moment Le clan du sorgho rouge de Mo Yan, trouvé dans une librairie d’Abidjan.

Assis dans une voiture climatisée coincée dans un embouteillage sur une “voie rapide” ivoirienne, je prenais conscience de ce privilège rare d’avoir accès à des mondes disparates, de contempler des réalités qui se confrontent.
Mais soyons réaliste. J’étais surtout assis là dans un monde de ma concoction, mon monde du moment. Je n’étais ni là ni ailleurs. Ma tête naviguait, simplement.

Le sorgho rouge de Zhang Yimou

 

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