“Le Cheetos PrĂ©sident”đŸ‡ș🇾 Les carnets d’ailleurs de Marco et Paula #245

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Illustration de Matt Collins © hollywoodreporter.com

Paula, cloßtrée, tourne suffisamment en rond pour passer réguliÚrement devant une télévision qui tout aussi réguliÚrement offre du Trump au menu.

En passant devant un poste de tĂ©lĂ©vision en marche, j’ai captĂ© la retransmission d’une confĂ©rence de presse du prĂ©sident amĂ©ricain. Je me suis arrĂȘtĂ©e, accrochĂ©e par l’image de ce prĂ©sident que je trouve assez remarquable (l’image, pas le personnage). Sa chevelure est ce qu’elle est. Son teint m’a semblĂ© malsain avec ses plaques orangeĂątes de peut-ĂȘtre trop de temps passĂ© sous la lampe Ă  bronzer (un ami l’appelle le prĂ©sident cheetos, ces gĂąteaux apĂ©ritifs orange) mais il est possible que le poste de tĂ©lĂ© ait une mauvaise balance des couleurs. En revanche, sa posture m’a rĂ©ellement perturbĂ©e. Il s’agitait beaucoup et frĂ©quemment tournait la tĂȘte vers des personnes situĂ©es en retrait, comme pour guetter leur approbation.

Trump the cheetos” © medium.com

Et d’approbation, il semblait en avoir bien besoin. Certes mon niveau d’anglais ne me permet pas encore de saisir toutes les nuances, mais ses propos m’ont semblĂ© particuliĂšrement incohĂ©rents : des bribes de phrases, des superlatifs comme ponctuation, un dĂ©bit rapide. La camĂ©ra parcourait parfois l’assemblĂ©e de journalistes et s’arrĂȘtait souvent sur le visage d’une femme qui, malgrĂ© son impassibilitĂ© toute professionnelle, me paraissait aussi consternĂ©e que moi. D’ailleurs, depuis le dĂ©but de l’épidĂ©mie, des experts des services de santĂ© amĂ©ricains sont atterrĂ©s de la façon dont M. Trump brouille tous les messages de prĂ©caution en recourant Ă  des approximations, des dĂ©clarations optimistes et des pseudos preuves scientifiques. Il n’a pas hĂ©sitĂ© Ă  dire que selon ses propres calculs, le taux de mortalitĂ© n’était que de 1% ou que l’impact de l’épidĂ©mie Ă©tait positif puisque les AmĂ©ricains allaient ĂȘtre obligĂ©s de consommer chez eux plutĂŽt qu’à l’étranger et que ça lui plaisait 


©The Newyorker

C’est donc ça, le prĂ©sident du pays oĂč je rĂ©side ! bien sĂ»r, mon regard est biaisĂ© par le peu d’estime que je porte Ă  ce fantoche. Je ne lui fais absolument pas confiance, particuliĂšrement en cette pĂ©riode de risque sanitaire. Heureusement, les institutions amĂ©ricaines sont, il me semble et Marco ne cesse de me le rappeler, assez solides pour ne pas le laisser agir entiĂšrement Ă  sa guise. D’ailleurs, il a dĂ» renoncer Ă  laisser les festivitĂ©s de PĂąques se dĂ©rouler normalement (le fameux business as usual) contrairement Ă  ce qu’il avait annoncĂ© une semaine avant. Lundi dernier, les gouverneurs du Maryland oĂč se trouve notre maison et de Virginie oĂč nous rĂ©sidons en attendant la fin des travaux, ont annoncĂ© le confinement. Ce n’est plus une prĂ©conisation mais un ordre. Il faut dire que le week-end dernier, trop de gens ont Ă©tĂ© batifoler en groupe en bord de mer ou de lacs en dĂ©pit du mot d’ordre de respecter la fameuse distance sociale.

Ce matin, je me suis rĂ©jouie d’un autre exemple de la capacitĂ© de rĂ©gulation des institutions. Un juge de district a ordonnĂ© Ă  la compagnie qui gĂšre le gazoduc de 1 900 km qui traverse le territoire des Sioux de suspendre son exploitation tant qu’elle n’aura pas prouvĂ© que ce gazoduc ne fait courir aucun risque environnemental. Depuis quatre ans, les Sioux dĂ©nonçaient ces risques et malgrĂ© leurs alarmes, les autoritĂ©s avaient dĂ©cidĂ© d’ouvrir les vannes avec l’aval du prĂ©sident. J’espĂšre que celui-ci en mangera sa moumoute.

Des proches me demandent ce qui m’a pris de partir aux États-Unis alors que ce pays a Ă©lu comme prĂ©sident un tel individu. Travailler dans l’humanitaire m’a amenĂ©e Ă  souvent rĂ©sider dans des pays gouvernĂ©s par des chefs d’État franchement Ă©loignĂ©s de mon idĂ©al. MĂȘme si ma venue aux États-Unis ne rĂ©sulte pas d’une motivation professionnelle, je me considĂšre dans un cas similaire; je dois “faire avec”. Être Ă©trangĂšre me permet une distanciation confortable: ce n’est pas mon choix, sans tomber dans le “bien fait pour vous” de sentence telles que “Les peuples ont le gouvernement qu’ils mĂ©ritent” de Montesquieu ou sa version modifiĂ©e un siĂšcle plus tard en “Toute nation a le gouvernement qu’elle mĂ©rite” par un Joseph De Maistre plutĂŽt contre-rĂ©volutionnaire.

Aux États-Unis, la nuance importante est qu’au pire, l’individu aura disparu du paysage dans cinq ans. Pas comme Paul Biya, au pouvoir au Cameroun depuis 38 ans, ou Idris DĂ©by au Tchad depuis 30 ans.

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