La mer est bleue, une vague se brise! Les carnets d’ailleurs de Marco et Paula #218

Sur la route des phares...
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"Bright Lights" de Edward Hopper

Marco a embarqué Paula, qui venait de débarquer en Amérique, vers le Nord, à Cape cod, une péninsule mythique.

C’est une aprĂšs-midi ensoleillĂ©e et nous nous promenons sur une plage de Cape cod (le cap aux morues) avec des amis, le long de l’ocĂ©an. La mer est d’un bleu profond, avec de longues ondulations que soulignent parfois des ourlets blancs d’écume. Une vague se brise, bien avant la plage. Un long rouleau qui semblait venir de loin. C’est une plage amĂ©ricaine sur l’Atlantique, un ruban de sable bordĂ© de dunes qui s’étire vers l’horizon comme une invitation Ă  grimper vers le ciel.
Je replie l’image et la rouvre. Dix ans plus tĂŽt; la mer est d’un bleu profond et la plage s’étend paresseusement vers l’horizon. Les palmiers ont remplacĂ© les pins, et quelques barques de pĂȘcheurs traĂźnent leurs filets sur les ondulations de l’Atlantique, pendant que Paula et moi jouons avec un cerf-volant que taquinent des oiseaux. Nous sommes sur une plage de CĂŽte d’Ivoire, parsemĂ©e de dĂ©chets apportĂ©s d’Abidjan par les courants.

PensĂ©es d’autres mers…

Un vent fort s’est levĂ©, et nous sommes allĂ©s nous promener sur l’autre versant de la pĂ©ninsule de Cape cod, du cĂŽtĂ© de la baie, sur une plage bordĂ©e de dunes derriĂšre lesquelles, entre la sombreur des massifs de pins et l’azur de la lagune, ondoient des champs d’herbes sauvages allant du vert au fauve, avec des ombres mordorĂ©es. Les vagues sont courtes et vives, se chevauchant sans pouvoir s’épancher dans des jaillissements d’écume, et l’eau, chargĂ©e de sable, a pris des tonalitĂ©s Ă©meraudes.

Un phare de Cape cod © Richard Hogan

De nouveau l’image se dĂ©plie, dans un temps bien plus ancien, sur des plages et des sentiers californiens, souvenirs de sable, de vent et d’embruns qui se mĂ©langent dans les brumes de ma mĂ©moire. Un vent froid venu de l’ocĂ©an apporte une nappe de brouillard qui s’étale doucement dans les jardins de la ferme du Temple du Dragon Vert, le centre Soto Zen installĂ© au bord de l’ocĂ©an oĂč j’allais le dimanche. Un peu plus haut sur la cĂŽte, autour de la baie de Tomales, de vastes Ă©tendus d’herbes rases vallonnent et, un peu plus loin encore, au pied des falaises, serpentent de longues plages dĂ©sertes lĂ©chĂ©es par les longs rouleaux du Pacifique.

Par la fenĂȘtre ouverte…

C’est une fin d’aprĂšs-midi tranquille, et nous sommes allĂ©s sur une plage, un peu au hasard, et parce qu’elle Ă©tait au bout de la route. Les ombres s’allongent, et devant le ciel se dresse un phare. Cape Cod est rĂ©putĂ© pour ses phares. Plus loin, sur un promontoire, une maison veille seule sur la mer et les herbes qui ondulent sous le vent.
Une fenĂȘtre s’ouvre dans ma tĂȘte: Le soleil dĂ©cline, il y a un phare, une maison solitaire, des herbes sauvages allant du vert au fauve, avec des ombres mordorĂ©es. Du vent. Je suis dans un tableau d’Edward Hopper, qui peignait ici, Ă  Cape cod, au dĂ©but du XXĂšme siĂšcle, la mer, les phares, des maisons solitaires, des silhouettes contemplant le ciel au pied duquel se couche le soleil. Tout cela est trĂšs familier.
Mon esprit traĂźne souvent dans les tableaux de Hopper; il traine souvent aussi dans les tableaux californiens de Richard Diebenkorn. Il traĂźne aussi parfois dans les tableaux de Magritte, entre chien et loup. Et dans d’innombrables autres Ɠuvres. Peu importe, finalement, si je ne peux plus voyager. Mon esprit est depuis longtemps nomade, il erre dans l’univers qu’ont imaginĂ© les peintres. Nomade dans un musĂ©e imaginaire.

“Seawall” de Richard Diebenkorn

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