Bas les masques jetables ! Les carnets d’ailleurs đŸ‡ș🇾 de Marco et Paula # 255

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(collecte de masques) © Youtube / South China Morning Post

Ici, en AmĂ©rique, la courbe de la pandĂ©mie est toujours bien ascendante, et Paula observe comment les AmĂ©ricains s’en protĂšgent.

Pour nous dĂ©gourdir les jambes et les neurones, nous faisons souvent le tour de notre quartier. Ici, point de boutiques ou de façades, juste des arbres et les allĂ©es des quelques demeures du lotissement, bien cachĂ©es maintenant que tous les arbres sont en feuilles. Il y a de cela une semaine nous Ă©tions donc Ă  dĂ©ambuler sur la bande herbeuse qui tient lieu de trottoir. Et soudain, lĂ  dans l’herbe, aussi agaçant et Ă©cƓurant qu’un Ă©tron canin, un masque jetable!
Je le ramasse du bout de l’élastique pour le jeter plus loin dans une poubelle privĂ©e; Marco ne commente pas, me privant de l’occasion d’une saine diatribe contre les ras-du-bulbe qui les jettent par la portiĂšre, sans oublier ceux qui ont conçu ces machins jetables.

Les médecins de la peste

Jusque dans les annĂ©es soixante, les masques chirurgicaux Ă©taient rĂ©utilisables et performants. Les masques Ă  bec des Ă©pidĂ©mies de peste (on remplissait le bec de plantes pour bloquer les miasmes) avaient disparu, en faveur de bouts de tissus imaginĂ©s pour empĂȘcher que ne choient dans les plaies d’abord les poils de barbe des chirurgiens et soignants, puis au fur et mesure des avancĂ©es scientifiques leurs postillons et leurs microbes. Mais quelques gestionnaires d’hĂŽpitaux ont dĂ©cidĂ© que pour simplifier la gestion des stocks, il fallait passer au tout jetable! C’était dans l’air du temps.

Depuis cette rencontre avec cette chose peu ragoĂ»tante, lors de crises de sinistrose renforcĂ©es par quelques lectures d’articles relatifs ou un superfail de France Culture, je visualise des vagues, des monceaux, des nuĂ©es de masques jetables. J’ai tentĂ© d’en estimer le nombre: soit au minimum, un masque par jour multipliĂ© par au moins deux milliards d’individus multipliĂ© par x jours de pandĂ©mie; j’ai renoncĂ©. La moitiĂ© finira par terre ou par mer et mettra plus de 400 ans Ă  se dĂ©grader; l’autre moitiĂ© sera jetĂ©e Ă  la poubelle et brulĂ©e, enfouie, recyclĂ©e en couche pour bĂ©bĂ©, que sais-je?

Javel et permanganate de potassium

La bataille contre les pailles en plastiques commençait Ă  peine Ă  porter ses fruits quand la Covid-19 l’a relĂ©guĂ©e aux problĂ©matiques d’avant la pandĂ©mie. Aujourd’hui, nous avons trouvĂ© encore un nouveau truc pour marquer notre territoire, et pour quelques-uns, un autre sujet de bataille.
Mais ici, tout le monde ne porte pas un masque comme me l’a fait remarquer une amie en voyant les photos de la derniĂšre rubrique de Marco et trouve d’autres moyens de se protĂ©ger. Ainsi, une amĂ©ricaine a allĂšgrement rempli son Ă©vier d’eau de javel, de vinaigre et d’eau pour y tremper les achats qu’elle venait de faire. La rĂ©action chimique l’a envoyĂ©e Ă  l’hĂŽpital et il lui a fallu plusieurs jours d’hospitalisation sous masque Ă  oxygĂšne pour s’en remettre. Son cas n’est pas une aberration si j’en crois les rĂ©sultats d’une enquĂȘte du CDC (Centre amĂ©ricain de prĂ©vention et de contrĂŽle des maladies) qui rĂ©vĂšle que pour se prĂ©munir de la maladie de Covid-19, un tiers des AmĂ©ricains n’hĂ©sitent pas appliquer de l’eau de javel sur leur peau, Ă  en asperger leurs aliments, voire mĂȘme Ă  en boire quand d’autres se gargarisent Ă  l’eau savonneuse ou autre produit de nettoyage. Ignorance, excĂšs de prudence ou confiance aveugle dans les propos du “grand menteur”, il est difficile de savoir.

En tout cas, je dois ravaler mes sarcasmes car nous avons voulu utiliser du permanganate de potassium pour nettoyer les lĂ©gumes, comme nous le faisions Ă  Brazzaville. LĂ -bas, tous nos achats du marchĂ© trempaient quelques instants dans un seau Ă  l’eau teintĂ©e en rose par la poudre d’un sachet de permanganate de potassium, sachet qui Ă©tait en vente libre. Ici, ce produit ne se trouve que sous forme liquide et sur commande. Le flacon est arrivĂ© avec sept pages d’instructions en cas de contact avec les yeux ou les muqueuses, en cas d’incendie (produit hautement inflammable) ou autres joyeusetĂ©s. Je suis depuis moins pressĂ©e de m’en servir

Et pour finir, la bonne nouvelle du jour :

Manifestants à Perth © Twitter / ElastonHabbo

Me voici rassurĂ©e, ce n’est pas accidentellement qu’en Australie, une compagnie miniĂšre a rĂ©duit en poussiĂšre une partie des grottes de Juukan, un site sacrĂ© des AborigĂšnes. Un accord avait Ă©tĂ© signĂ© sept ans auparavant et, peu importe si depuis des fouilles y avaient mis Ă  jour des artefacts vieux de 28 000 ans; un accord est un accord, ont dit “les miniers”. Depuis, le gouvernement s’est dĂ©cidĂ© Ă  revoir sa copie pour la suite de l’exploitation de ce site. Et les manifestations actuelles contre les violences policiĂšres et racistes, rĂ©clamant la fin des brutalitĂ©s notamment envers les AborigĂšnes, vont les encourager.


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