Bucarest, premier chapitre. Sur la voix des Balkans #11

0
431

Athina a fait un long voyage depuis Stuttgart. C’est mĂȘme interminable
 mais 29h plus tard voilĂ  Bucarest qui se dessine dans la nuit. PremiĂšre rencontre avec la capitale roumaine: elle te raconte. 

Antisocial, tu perds ton sang froid!

Le bus a 20 minutes de retard, puis 40 minutes puis 1 heure. Et ce temps d’attente me paraĂźt sans fin: j’ai peur qu’il n’arrive jamais ce foutu bus et que je me retrouve sur le carreau… 
Toute seule avec mes bagages, mon cake au chocolat sous le bras dans cette gare routiĂšre vraiment moche.
Ce scĂ©nario me fait moyennement rĂȘver. Je ne veux surtout pas retourner chez Marius : vite je veux quitter Stuttgart! Être loin de toute cette histoire… 
Me rĂ©veiller avec une limonadă et un bună ziua (bonjour), voilĂ  ce dont j’ai besoin. 
Ah! le bus fait son entrée, enfin, ouf!
Fin du scĂ©nario catastrophe. 
Je m’assois au milieu du bus sans mĂȘme regarder le numĂ©ro du siĂšge, Ă  savoir si c’est bien ici que je suis censĂ©e ĂȘtre. 
J’y pense pas, car je suis tellement heureuse qu’il soit enfin arrivĂ©. Mon siĂšge est pas loin des toilettes, tu sais ceux Ă  cĂŽtĂ© de la porte du milieu, bon ils sont en fait hors service
 
Le bus s’arrĂȘte toutes les deux heures justement pour la pause pipi, clope, et achat de chips dans les stations de service oĂč la bouteille d’eau est vendue 3,50 euros. C’est bien connu les stations de service riment avec voleurs Ă  toute heure. Pas pour moi donc les gars. J’ai ma bouteille pour le voyage. 
Et pour manger: pas grand chose, juste des mendiants que j’ai achetĂ© dans une boulangerie le matin mĂȘme.
Mais peu importe, je me sens soulagĂ©e d’ĂȘtre en route pour mon nouveau chez moi : la Roumanie. Cela fait dĂ©jĂ  plus de 5 semaines que j’y suis alors
 je commence Ă  y prendre mes marques autant linguistiques que culturelles. 
Mais revenons Ă  la vie dans le bus. 
Au bout de mĂȘme pas 1 heure, tout le monde se fait des sandwichs: pain de mie, rosette, fromage sous plastique et haribo. Et ça cause de siĂšge en siĂšge, ça se fait passer les bouteilles de sodas, et les “pschiiit” d’ouverture du breuvage pour accompagner tout ça. Ah! les sons des messages ou appels sur Messenger, si reconnaissables, et pas loin un ado qui Ă©coute de la musique en boucle: “Eh, t’as pas des Ă©couteurs?”, que je lui lance. Non il me rĂ©pond. “Tiens, prends les miens, je les utilise pas pour le moment.” Et moi, j’essaye de lire toujours mon pavĂ© Balkans transit de François Maspero. Une belle Ă©criture qui m’encourage Ă  creuser la mienne.
Je me trimballe ce rĂ©cit de voyage dans ma petite valise des annĂ©es 70 et j’en suis toujours Ă  la page 55. J’avance pas Ă  page, enfin j’avance pas vraiment. 
Car je ne trouve pas le temps de lire pendant ce road trip. Trop de choses Ă  dĂ©couvrir autour de moi, Ă  vivre et quand je prends le temps de me poser, c’est… pour Ă©crire. J’écris tous les jours. 
C’est devenu ma routine. Incroyable comme je suis passĂ©e des vocalises aux mots valises. Mais quand mĂȘme, le chant me manque terriblement. Je chantonne plus que je ne chante pendant ce voyage. C’est les risques du mĂ©tier: “chercheuse qui se chante”.
Je suis rĂ©veillĂ©e dans mes rĂȘveries par des gars qui Ă©coutent de la soupe en pensant qu’ils sont tout seuls. 
“Non mais vous ĂȘtes sĂ©rieux lĂ ?” je me dis en moi mĂȘme: je commence sĂ©rieusement Ă  perdre patience. 
Je leur fais signe de baisser le son, sans grand succĂšs. 
“Rahhhh, oĂč sont mes boule quiĂšs?” je me dis. Je fouille dans mon sac Ă  main oĂč je stocke toutes sortes de choses inimaginables. Ah voilĂ ! 
Mon kit antisocial. Et tu feras peut ĂȘtre le lien avec le titre de ce paragraphe? Mais si, rappelle- toi, c’est la chanson de Trust
Au fur Ă  mesure que l’on traverse les villes europĂ©ennes: Munich, Vienne, Sibiu, BraƟov de ce que je me souviens, des gens montent et d’autres descendent. 
Il y a une embrouille Ă  cause des places, manquantes apparemment. Deux billets avec le mĂȘme numĂ©ro de siĂšge. Ça me concerne pas, mais le chauffeur n’a pas l’air tendre du tout avec ceux qui ne sont pas Ă  leur place. Et comme, j’ai pas fait attention Ă  la mienne
 
Finalement, les personnes en trop s’assoient Ă  d’autres places dans le bus qui sont libres. Bah voilĂ , c’est pas la peine d’en faire tout un fromage. 
Affaire rĂ©solue. 
Du coup, le gars de derriĂšre est venu s’assoir Ă  cĂŽtĂ© de moi pour libĂ©rer deux siĂšges pour une maman et sa fille. 
Je fais connaissance avec lui. Un jeune syrien vivant Ă  Munich. Il a 17 ans et voyage seul pour aller Ă  l’enterrement de son cousin. Il a l’air vraiment dĂ©primĂ©, et je le comprends. J’essaye de lui remonter le moral, et c’est perdu d’avance. Il me dit “Je ne sais pas pourquoi je suis là” bon j’avoue que j’en reste coite. 
Vers 22h30, les lumiĂšres blanches s’allument dans le bus alors que tout le monde dort dĂ©jĂ  ou regarde son tĂ©lĂ©phone: contrĂŽle de la police allemande. RĂ©quisition de toutes les cartes d’identitĂ©s. Un gars se fait virer du bus. Et tout le monde cherche sous son siĂšge un passeport perdu. Pendant ce temps, ça dure un moment l’histoire, mon voisin du siĂšge de derriĂšre me propose un carrĂ© de chocolat au lait avec des noisettes. Le gars qui Ă©tait descendu du bus revient. Ouf! Il va pas rester en rade,  au milieu de nulle part
 
Toutes ces heures on les occupe comme on peut: pour ma part, j’Ă©coute des podcasts sur France inter. En naviguant sur l’appli, je tombe sur LE podcast qui parle des flirts d’étĂ©. 
Ah bah je suis en plein dedans!
Et je t’assure que j’apprends plein de trucs. Des gens tĂ©moignent de leur amour rencontrĂ© pendant cette pĂ©riode trĂšs hot ou cette romance Ă  date de pĂ©remption: vers le 31 aoĂ»t. 
Oui, quand on retrouve l’ĂȘtre aimĂ© dans un autre contexte, plus routinier, on a changĂ© de dĂ©cor. On n’est plus les pieds dans l’eau mais au bureau, on a plus le temps pour s’embrasser des heures entiĂšres sous un parasol face au lagon. Ah l’étĂ©, et toutes ces petites choses qui nous rapprochent. C’est l’amour Ă  la plage
 je te laisse chanter la suite. 
J’écris un peu sur comment je me sens aprĂšs avoir quittĂ© Marius dans mon carnet. Et j’écoute une autre Ă©mission, allez : “Vacances Ă  deux : comment Ă©viter les clashs?” qui donnent d’autres pistes sur la relation de couple. 
Autre façon de passer le temps: dormir et regarder le paysage. Rien de nouveau pour toi, qui a sĂ»rement dĂ» sillonner par-ci par-lĂ  avec le bus de l’école les collines ou Ă  traverser l’AmĂ©rique?
On se retrouve le lendemain vers 15h en Roumanie mais il nous reste au moins 6 heures avant d’arriver Ă  la capitale
 
Je commence Ă  saturer. Allez, on respire. 
Heureusement, le fait de passer par des petites villes enchante ma vue: c’est un dĂ©filĂ© de maisons au milieu de la montagne touffue. Jolie! 
Vers 19h: les bouchons! 
Grand classique…
On arrivera vers 22h Ă  la gare routiĂšre: allĂ©luia! 

Et voilĂ  l’itinĂ©raire pour revenir Sur la voix des Balkans! © Googlemaps

Joe le taxi, c’est sa vie…

Pour ma premiĂšre nuit Ă  Bucarest, j’ai rĂ©servĂ© Ă  l’hostel Umbrella situĂ© Ă  cĂŽtĂ© de la place Romană. AprĂšs le bus,je monte dans un taxi et avec la fatigue je ne vĂ©rifie pas le compteur. 
C’est que en Ă©tant sur la route que je sens qu’il y a quelque chose de louche: le compteur Ă  dĂ©faut d’ĂȘtre au milieu Ă  cĂŽtĂ© du poste radio, est tout Ă  gauche.
Il est de plus tournĂ© d’une telle façon qu’il est impossible de voir le montant. 
À l’arrivĂ©e, le chauffeur m’annonce la couleur: 183 lei (40 euros) au lieu de 40 lei (9 euros) grand max. La plus grosse arnaque de tout le voyage! Et je ne compte pas payer ce prix exorbitant. J’ai que 100 lei sur moi et le chauffeur insiste en me disant que c’est le prix de nuit et de Bucarest – plus cher qu’en rĂ©gion. Blablabla. 
Il m’emmĂšne Ă  la banque pour que je retire du cash. Vu comment je suis chargĂ©e et coincĂ©e dans ce guet-apens, je finis par payer les 150 lei en me barrant dans le sens opposĂ© pour le fuir
 Il m’insulte dans la rue et dans mon dos il me dit que je vais finir toute seule et qu’il comprend Marius. J’ai envie de le tuer, c’est pas possible
 Oui parce que je lui ai racontĂ© mon histoire naĂŻvement en rĂ©pondant Ă  ses questions et parce qu’il Ă©tait “sympathique” dans un premier temps: “vous arrivez d’oĂč?” et “pourquoi vous ĂȘtes ici?” etc… Ça la joue amical mais tu parles! Il voulait juste me rouler dans la farine!
Je repars avec toutes mes affaires, dans la nuit sans savoir oĂč je vais et je lui rĂ©ponds “shut up” en hurlant sans me retourner. 
J’ai qu’une obsession: marcher le plus vite possible et trouver des gens pour pas ĂȘtre seule dans cette situation craignos. Il lĂąche l’affaire et me laisse tranquille.
Conclusion: j’arrive Ă  l’hostel super Ă©nervĂ©e, et je me dis que ça commence mal
 En parlant avec des voyageurs posĂ©s sur la terrasse, je leur raconte toute mon histoire pour savoir si c’est moi la folle ou si c’est lui l’enfoirĂ©. On me confirme qu’il m’a bien arnaquĂ© et que par contre, la prochaine fois, je ne dois pas utiliser un taxi officiel mais plutĂŽt un Uber. Les taxis sont connus pour ĂȘtre des filous professionnels et mĂȘme avec les locaux. Ok, Ă©pisode classĂ©. Une douche et au lit! 

Il m’a fait de l’oeil avec sa belle couleur… © DR

En prendre plein les mirettes au MarchĂ© d’Obor: passage obligĂ© pour se sentir de retour 

Le lendemain, j’ai rendez vous vers 17h au mĂ©tro Tineretului pour rencontrer mes prochains hĂŽtes.
Il est 11h et je profite du temps que j’ai devant moi pour aller au marchĂ© d’Obor. Un peu d’histoire sur ce haut lieu de la vie bucarestoise par lĂ .
ParaĂźt-il que c’est de la folie. Allons voir!
SituĂ© au nord de la ville, il s’étale sous deux halles (j’apprendrai plus tard qu’il en existe une troisiĂšme avec des animaux) et dĂ©borde sur les trottoirs tout autour. Une halle spĂ©cialisĂ©e juste en produits de saisons et une deuxiĂšme en produits de maison: de la salle de bain Ă  la cuisine en passant par le dressing. Dans la premiĂšre halle, c’est ici que se ravitaille toute personne voulant prĂ©parer la fameuse zacuscă, sorte de ratatouille des Balkans Ă  base d’aubergines, poivrons et oignons. Les murăturii, une autre spĂ©cialitĂ© trĂšs apprĂ©ciĂ©e des Roumains. Autrement dit des lĂ©gumes ou fruits en conserves par lacto-fermentation dans une saumure ou du vinaigre. Les basiques que l’on confectionne en cette saison oĂč les Ă©tals sont plein Ă  craquer de beaux lĂ©gumes et de fruits colorĂ©s. Pour ma part, c’est plus pour faire une introduction Ă  la ville que je viens me mĂȘler aux saveurs locales, avec un dĂ©jeuner dans une des cantines.
J’ai droit Ă  un morceau de poulet grillĂ©, des pommes de terre, une soupe de haricots, et un genre de caviar d’aubergine, le tout sur un petit plateau. Me voilĂ  attablĂ©e sur un comptoir avec une chaise beaucoup trop haute pour moi et un peu bancale. Un monsieur me fait signe de poser mon sac directement sur la table plutĂŽt que de le laisser suspendu au dossier de ma chaise. Ah oui, c’est vrai que l’on m’a prĂ©venu: Bucarest est connue pour ĂȘtre une ville Ă  hauts risques. PlutĂŽt gangster que bisounours. Je remercie le monsieur de son conseil et exĂ©cute ses dires. 
Puis, un autre vient s’assoir Ă  cĂŽtĂ© de moi et me raconte sa vie: il est bourrĂ©, il me demande un bisou…  Tout ça sur fond de musique commerciale et entourĂ©e quasiment que d’hommes qui me regardent intriguĂ©s. Bon je ne traĂźne pas trop dans cette cantine et je repars me perdre dans la joyeuse fourmiliĂšre. Bien repue, je dĂ©couvre Ă  l’étage le frais: fromages, charcuteries, lait, et mĂȘme une boutique d’épices du monde entier. 

Stands sur stands, le plus grand marché de Bucarest! © HélÚne Bienvenu

AprĂšs avoir dĂ©gotĂ© un miel, un jus de pommes et poires pour offrir Ă  mes hĂŽtes et quelques fruits pour la route, je file dans un cafĂ© Ă  une bonne demi-heure de marche. J’ai rĂ©cupĂ©rĂ© une carte de la ville Ă  l’hostel – maintenant dĂšs que j’arrive dans une grande ville, je passe la premiĂšre nuit dans une auberge pour avoir quelques basiques: cartes, adresses, voire rencontrer des voyageurs intĂ©ressants. Sur la carte est annotĂ© quelques cafĂ©s, dont le Coftale. 
Il y a un jardin: parfait pour un coin d’ombre!
Pas Ă©vident Ă  trouver et dans un quartier sans charme, je finis par mettre la main dessus. Je rencontre quelques difficultĂ©s Ă  traverser les rues qui n’offrent pas beaucoup de passage piĂ©ton. Mais passons. J’avais dĂ©jĂ  remarquĂ© ce “phĂ©nomĂšne” Ă  Budapest et Ă  Belgrade. 
Des fois, il faut mĂȘme prendre des chemins souterrains pour aller de l’autre cĂŽtĂ© de l’avenue Ă  quatre voies. 
Tout un parcours du combattant quand tu te déplaces avec ta maison sur le dos.
J’ai laissĂ© mes affaires Ă  l’hostel, mais ça ne m’empĂȘche pas d’arriver au Coftale en nage. 
Sirotant ma limonadă, je dĂ©couvre  Regard, une revue culturelle francophone roumaine qui propose de trĂšs beaux documentaires photographiques. Ça tombe Ă  pic, il y en a un sur le marchĂ© d’Obor! Dans un autre numĂ©ro, je dĂ©couvre l’existence d’un autre marchĂ©: la tĂąrgul vitan. Apparemment c’est “l’un des plus grands marchĂ©s de voitures d’occasion d’Europe de l’Est oĂč le dimanche il y a un marchĂ© aux puces”. IntĂ©ressant, je prends note pour peut-ĂȘtre y aller jeter un coup d’oeil plus tard.
J’imagine que ça doit ĂȘtre folklo! 
Il est dĂ©jĂ  15h passĂ©es et je dois rĂ©cupĂ©rer mes affaires Ă  l’auberge, prendre le mĂ©tro etc. 

En marchant dans les rues, y a de quoi perdre le nord! © Athina Boé

Et voilà qu’on arrive au sujet central de mon voyage: musique tsigane!

J’arrive dans le quartier d’AndrĂ© et Lucia vendredi. 
Ils vivent dans un de ces appartements d’une barre d’immeuble d’un quartier populaire. Lui est mĂ©decin et elle est avocate. Ils ont dĂ©mĂ©nagĂ© de la place Unirii, soit le point 0 de la ville pour ce quartier plus familial. Juste en bas de l’immeuble: un marchĂ© pour se faire des smoothies Ă  la minute, une pĂątisserie boulangerie avec toutes sortes de feuilletĂ©s au fromage, viande, champignons, sĂ©same, pommes, chocolat
 et d’autres boutiques. J’adore ce petit quartier. J’apprends par Andrei que le marchĂ© va ĂȘtre rasĂ© pour construire
 un Lidl. DĂ©goĂ»tĂ©e! Je lui dis “mais c’est terrible, ça va tuer le marchĂ©, le quartier, les petits commerçants
” et il me dit que c’est comme ça. Il me dit que ça fait un moment qu’il y a ce projet de construction sans rĂ©elle concrĂ©tisation, donc il n’y croit pas vraiment
 Hummmm.

Gobelets de fruits vendus Ă  5 lei (1 €): tous les jours je viens me ravitailler! © Athina BoĂ©

Notre premiĂšre soirĂ©e, nous la passons Ă  dĂ©guster ce qu’à prĂ©parĂ© Lucia, boire du rosĂ© – pendant tout mon sĂ©jour, il y aura toujours du rosĂ© sur la table ou de la limonade maison pour accompagner nos repas – et Ă  se raconter nos vies bien sĂ»r. De fil en aiguille, je finis par leur offrir mon cd. Moment d’écoute dans le salon avec une installation bringuebalante: sur la table basse mon ampli et sur une chaise l’ordinateur. On finit mĂȘme par chanter Blues in the closet Ă  deux voix: ah c’est pas simple dis! s’étonne Andrei.
Et puis on discute un long moment, et on se montre des vidĂ©os d’un tĂ©lĂ©phone Ă  un autre sur YouTube autour de leur grande table. 
Lucia me parle d’un ami rĂ©alisateur, Liviu Tipurita. Il vit Ă  Londres et a rĂ©alisĂ© un documentaire qui selon elle pourrait m’intĂ©resser: The new gypsy kings. 
Un peu mon n’veu! Je le dĂ©couvrirai sur grand Ă©cran quelques jours plus tard au musĂ©e du kitsch roumain. Une Ă©tonnante dĂ©couverte recommandĂ©e par Andrei que je te raconterai plus tard.
So, ce documentaire prĂ©sente l’autre musique tsigane tant populaire autant que dĂ©testĂ©e, et qui divise toujours, je vous prĂ©sente le manele
Pourquoi l’autre musique tsigane
Eh bien parce que chez nous, quand on pense Ă  la musique tsigane on s’imagine des roulottes, des accordĂ©ons et violons qui jouent l’hymne des Roms: bah oui on a vu Le Temps des gitans d’Emir Kusturica sauf que ça date de 1989. Depuis, les choses ont bougĂ© et mĂȘme beaucoup changĂ©! 
Autre dĂ©tail: attention Ă  ne pas confondre The new gypsy kings avec les Gypsy Kings de chez nous, oui je sais c’est pas Ă©vident de s’y retrouver
 
Tout ça pour te dire que le documentaire et le manele n’ont RIEN à voir avec Djobi djoba ou Ederlezi
Le film aborde uniquement l’évolution de la musique tsigane traditionnelle vers le manele en Roumanie. OĂč comment certains gypsies sont passĂ©s de la tente au palais et de la charrette Ă  la Ferrari. 
Et sont devenus des popstars. 
Par exemple un des plus connus aprĂšs Florin Salam, c’est Adrian Minune
Oui c’est lui qui joue et chante Tutti frutti dans Gadjo dilo, regarde ce que ça donne 17 ans plus tard: ici.
Alors oui, je dois t’avouer que mon rĂȘve de trouver l’univers des films de Tony Gatlif en Roumanie est vite devenu
 un rĂȘve. Mais pas une rĂ©alitĂ©. Bien-sĂ»r je suis toujours convaincue qu’il doit y avoir quelques restes quelques part. 
Mais oĂč? Je ne sais pas. 
Ou plutĂŽt j’ai ma petite idĂ©e.
La semaine prochaine est annoncĂ©e LE concert que j’attends depuis des annĂ©es: Le Taraf de Caliu. Oui je sais, ça ne te dit peut ĂȘtre rien. Ou peut ĂȘtre que si! Il apparaĂźt dans le film Le concert de Radu Mihaileanu. Mais surtout c’est tout l’hĂ©ritage du Taraf de HaĂŻdouks. Le fameux groupe qui a fait connaĂźtre au monde entier le village de Clejani (voir Ă©pisode #09). Il suffit d’écouter Caliu dans le documentaire pour comprendre: “les Italiens ils ont les spaghettis, les Allemands les Mercedes et en Roumanie on a la musique tsigane, hĂ©ritĂ©e de nos parents, grands parents.”
Pour Caliu, le manele détruit leur authenticité, toute leur histoire transmise par la musique. Leur soul.
Conflit de gĂ©nĂ©rations? 
En attendant d’en savoir plus et de rencontrer ce virtuose la semaine prochaine, il paraĂźt qu’il y a un concert dans un restaurant justement ce soir. 
Envie de voir!

TĂ©moignage des musiciens de Clejani quant au nouveau style “Manele” 
“J’ai jouĂ© dans des mariages pendant 60 ans, mais depuis que le manele est apparu il y a 15 ou 20 ans, j’ai abandonnĂ© la musique.”
© Liviu Tipurita – BBC

â–ș Sur la voix des Balkans: tout le voyage

â–ș Nous Ă©crire : desmotsdeminuit@francetv.fr
â–șLa page facebook desmotsdeminuit.fr Abonnez-vous pour ĂȘtre alertĂ© de toutes les nouvelles publications
â–ș@desmotsdeminuit