Théâtre. “Laïka”, fulgurante mise en maux d’un texte de Ascanio Celestini

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David Murgia étincelle à nouveau dans un éblouissant texte salé-sucré d’Ascanio Celestini sur la précarité et l’isolement.

David Murgia étincelle à nouveau dans un éblouissant texte salé-sucré d’Ascanio Celestini sur la précarité et l’isolement.

Un pauvre type? Non, juste un type pauvre. Il passe sa vie au bar du coin, un coin pas terrible. Il commande un café, mais comme il est bien sympa on lui paye aussi des verres, blanc, jaune, rouge, peu importe la couleur.
Un mec étrange, contrairement aux autres piliers de bar, le dos (pas le ventre) appuyé au zinc, il regarde ce qui se passe dehors. Ce qu’il aperçoit, c’est parfois pire que ce qu’il n’est pas, peu importe dans ces vies de rien, tout est pire. Il raconte, il ne juge pas, il commente et ça n’a rien à voir avec la petite musique réac du Café du Commerce. Qu’est-ce qu’il voit? Des immigrés (ceux qui ne sont pas morts en mer) exploités dans l’entrepôt d’en face, la petite vieille du dernier étage de son immeuble qui a perdu la tête, la prostituée par accident qui, par éthique, propose un jour gratuit par mois, comme dans les musées.  Et Dieu dans tout ça? Il a la non-foi du charbonnier, pas possible qu’un tout puissant permette ces désolations. “Notre père, faites que notre volonté soit faite autant que la vôtre!

Mitraillette à mots, amour

C’est pas drôle mais, écrit par Ascanio Celestini et interprété par David Murgia, c’est presque drôle. L’auteur a le génie de la langue pour dire sans asséner, l’acteur a l’impressionnante technique pour débiter à la mitraillette ces maux qui sont des balles qui font mouche en rafales. Mouche d’amour pour ces fracassés en toute idifférence, en toute impunité. C’est aussi comme ça, dans un sourire jaune, que le théâtre et son art peuvent aviser la pauvreté, l’exploitation, l’isolement, la précarité qui ne sont pas loin de la salle de spectacle.
Ascanio Celestini et David Murgia avaient déjà produit Discours à la Nation, étrillant le cynisme des “premiers de cordées”. Avec Laïka, du nom de cette petite chienne envoyée dans l’espace en 1957 (pour ne pas risquer une vie humaine), cette fois ce sont les gens de peu qui ont la parole.
Qui ne veut pas les entendre?

Laïka – texte et mise en scène Ascanio Celestini – 1h15
avec David Murgia (accordéon: Maurive Blanchy)

 
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