🎼 Marciac 2019, le jazz dans tous les sens

Envoyé spécial
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Tous les chemins mènent au jazz, en particulier ceux qu’emprunte à Marciac la programmation de l’Astrada qui ne se contente pas d’un festival par an, fut-il l’un des plus importants d’Europe.

Fraîcheurs (f)estivales

On entre à l’Astrada pour se rafraîchir. Pas seulement d’une éventuelle canicule, aussi du tumulte qui envahit rues et places de Marciac trois semaines par an: 1.250 habitants l’hiver, 250.000 festivaliers l’été. Un chapiteau géant pour des pointures internationales et cette salle, beaucoup plus modeste (par sa jauge), qui désormais choisit indépendamment le menu de ses soirées.
Tenez, pour se rafraîchir ce soir-là, Pulcinella, un quartet toulousain, déjà quinze ans de services, quatre albums et une originalité ici certifiée. Accordéon et saxophone font excellent ménage et mélange dès l’entame de leur set qui s’ouvre ensuite toutes directions. Un foisonnement très en place, une route musicale joyeuse ou se croiseraient dans un rêve tonique Astor Piazzola, Gato Barbieri et une fanfare de clowns funk.

Le quartet toulousain Pulcinella. © RR

Jazz sans frontières

Lorsque Nguyên Lê paraît, d’entrée l’émotion gagne la salle. Et pour cause, son premier titre célèbre le drame des Bouddhas de Bâmyân, ces statues géantes d’Afghanistan vieilles de quinze siècles dynamitées sauvagement et stupidement par les talibans en 2001.
Nguyên Lê est d’origine vietnamienne, mais il est tout sauf un guitariste exotique. Si de tous les qualificatifs élogieux qu’on peut lui attribuer on ne devait en retenir qu’un seul, on choisirait: spirituel. Certes, les sonorités qu’il convoque rappellent souvent celles des mélopées asiatiques, mais c’est d’abord un artiste de la fusion, il dit même de la “confusion des genres“. De tous ses voyages musicaux il s’est imprégné, c’est un élégant jazz-rock qui réunit ainsi la dynastie Ming, les rythmes gnawas, la mazurka et… Bach dont il revisite une Variation Goldberg. Epaulé par de solides musiciens, Chris Jennings à la contrebasse, John Hadfield à la batterie et l’étonnant Illya Amar au vibraphone, il ne fait qu’un avec sa guitare gorgée d’électricité. Il la pince et la caresse, pour en extraire des nappes planantes et des complaintes douloureuses quand, soudain, de son doigté époustouflant, il appelle Jimi Hendrix à ses côtés.
Un grand moment de synthèse et de méditation.

Nguyên Lê. © RR

Révélation vocale

Pure signature Astrada qui aime la découverte et le soutien aux artistes locaux, une révélation. Comment est-il possible que l’on n’ait jamais entendu parler de Leïla Martial? Oreilles éblouies, on rattrape vite son retard en écoutant cette chanteuse survitaminée et inclassable scandant, scattant dans une langue inconnue. De tout son corps, de toute son âme et de tout son humour, elle virevolte, danse, trépigne. Frappant un petit xylophone d’enfant ou se saisissant de sifflets divers elle chemine en tous sens, mais elle sait parfaitement où elle va dans ces longs morceaux qui se terminent souvent par une transe inattendue mais joyeuse. L’émerveillement vient aussi de ceux qui l’accompagnent: Pierre Tereygeol, guitare et voix, Éric Perez, batterie et prodigieuse guitare basse… vocale.
Comme bien d’autres musiciens de la scène jazz, Leïla Martial a été élève du collège de Marciac (récemment rebaptisé Collège Aretha Franklin). On y propose cinq heures hebdomadaires d’initiation au jazz et il y a deux fois plus de candidats que de places…

Fred Pallem, Le Sacre du Tympan. © RR

Le Sacre consacré

Il en rêvait depuis 20 ans qu’il a fondé son grand orchestre: être invité à Marciac. Après tant d’années d’amertume, Fred Pallem rayonne, son Sacre du Tympan aussi. Douze musiciens, puissante section de cuivres, un quatuor de cordes, clavier, guitare, batterie, le chef dirige au centre, derrière sa basse. Ça va donner…
Après s’être essayé à divers genres, Fred Pallem a choisi: le registre de la bande originale, le cinéma est depuis longtemps l’écrin de sa musique. Et il sait y faire. 
L’ancien autodidacte a sûrement beaucoup appris de ses pères, il rend hommage à Bernard Herrmann et François de Roubaix, et on ne doute pas qu’il aime autant Ennio Morricone que Miles Davis.
Si l’on perçoit la fantaisie autant que la précision de son écriture, on est plus impressionné encore par ses qualités d’arrangeur et de chef d’orchestre. Ça sonne et ça funke, c’est du lourd, de l’orfèvrerie lourde au service de l’évocation. Car dans ces bandes originales de films qui n’existent pas, il montre aussi bien qu’il fait entendre. On se surprend à s’enfoncer dans son fauteuil, lever les yeux vers un écran imaginaire, la tête dans la toile…

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