đŸ“· AgnĂšs Geoffray: un univers de tension

0
315

À travers la manipulation et la falsification d’images anciennes, l’artiste plasticienne s’affranchit du rĂ©el pour crĂ©er des situations dans lesquelles elle bouleverse le statut des personnages et questionne l’ambivalence de leur posture.

Un moment de suspens Ă  la limite du soutenable. Juste avant la chute, juste aprĂšs l’impulsion. VoilĂ  face Ă  quoi AgnĂšs Geoffray nous plonge avec “Incidental Gestures“, une sĂ©rie photographique composĂ©e d’images d’archives qu’elle manipule jusqu’Ă  leur donner une nouvelle rĂ©alitĂ©.
Que pouvait donc retenir cette femme de la chute sur l’image que l’artiste a choisie de commenter ici? Nous ne le saurons jamais. Et peu importe, car le travail d’AgnĂšs Geoffray pour cette sĂ©rie n’a pas pour fonction d’interroger des images d’Ă©poque, mais bien de crĂ©er une nouvelle tension dramatique Ă©loignĂ©e de celle qui pouvait y exister au dĂ©part. Par la retouche, elle met ainsi en place de puissants moments de tension, au travers desquels c’est Ă  la fois le statut des personnages prĂ©sents et l’objectivitĂ© prĂ©sumĂ©e de la photographie qui se retrouve mis en question. Des moments oĂč l’on retient son souffle, oĂč le potentiel dramatique d’une image se voit rĂ©vĂ©lĂ© ou dĂ©cuplĂ© par une manipulation simple consistant la plupart du temps Ă  enlever un Ă©lĂ©ment de la scĂšne d’origine. La retouche d’images d’Ă©poques devient donc ici reconstruction.

Manipulations

Faisant Ă©cho aux manipulations photographiques commises de tout temps – notamment par les rĂ©gimes totalitaires -, les “gestes” d’AgnĂšs Geoffray visent Ă  bouleverser le statut figĂ© des protagonistes, Ă  leur donner une force ou une faiblesse qu’ils n’avaient pas au dĂ©part. À les “faire ĂȘtre” ce que, prĂ©cisĂ©ment, ils n’Ă©taient pas. Redonner un visage Ă  une gueule cassĂ©e, rhabiller une femme tondue Ă  la LibĂ©ration, enlever la corde au cou d’une pendue pour la transformer en figure angĂ©lique ou, comme ici, faire d’une scĂšne a priori banale un puissant Ă©cho aux images de Charcot

ArticulĂ©e autour de la violence et de ses reprĂ©sentations, la plasticienne fait basculer des images d’Ă©poque vers un nouveau rĂ©el, enchantĂ©, souvent Ă©trange et profondĂ©ment poĂ©tique.

→ AgnĂšs Geoffray, nĂ©e en 1973 Ă  Saint-Chamon, elle vit Ă  Paris et enseigne Ă  l’ESAL de Metz. Elle a Ă©tĂ© pensionnaire de la Villa MĂ©dicis, acadĂ©mie de France Ă  Rome et ses Ɠuvres font notamment partie des collections du Centre Pompidou, du Fond national d’Art contemporain Ă  Paris, du Frac Auvergne Clermont-Ferrand, du Mac Val Ă  Vitry-sur-Seine et du musĂ©e de l’ÉlysĂ©e Ă  Lausanne. Ses travaux ont Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©s derniĂšrement au sein de l’exposition “SoulĂšvements” au Jeu de Paume. Quatre ouvrages monographiques lui ont Ă©tĂ© consacrĂ©s aux Ă©ditions de La Lettre volĂ©e Ă  Bruxelles: Ultieme Hallucinatie, Profond silence, Les Captives et Before The Eyes Lid’s Laid. Elle est reprĂ©sentĂ©e par la galerie Maubert, Ă  Paris.

â–ș jusqu’au 30septembre 2018, expo AgnĂšs Geoffray, Le Point du Jour – Cherbourg (50) 
â–ș le site d’AgnĂšs Geoffray

â–ș nous Ă©crire, s’abonner Ă  la newsletter: desmotsdeminuit@francetv.fr
â–ș La page facebook desmotsdeminuit.fr Abonnez-vous pour ĂȘtre alertĂ© de toutes les nouvelles publications.
â–ș @desmotsdeminuit