L’image du photographe Saan qui pose questions đŸ“·

0
6637

C’est une photo choc, bouleversante et troublante. Elle interroge sur le drame silencieux des migrants, mais aussi sur la rĂ©-interprĂ©tation du rĂ©el par un artiste.

L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) recensait pour la pĂ©riode 2014 – 2018 plus de 17.000 migrants morts ou disparus en MĂ©diterranĂ©e. Un chiffre effrayant, illustrĂ© par quelques images de photo-reporters – ou de migrants eux-mĂȘmes – qui ont fait le tour du net.
Saan, le photographe d’origine gabonaise, revendique depuis qu’il a dĂ©couvert la photo un statut d’artiste. Au travers de ses divers projets, il veut aussi, comme un citoyen du monde, tĂ©moigner.
Africain, il se saisit du drame de ces migrants qui ne survivent pas Ă  des traversĂ©es Ă  hauts risques et choisit de le mettre en scĂšne, synthĂ©tisant en quelques clichĂ©s tout ce qu’il a pu voir, lire et ressentir sur la question. Il vit aujourd’hui en France et c’est sur une plage de Deauville qu’il organise la rĂ©alisation millimĂ©trĂ©e de sa sĂ©rie O’ndzia (“Celui qui vient d’ailleurs“, dans son dialecte natal tĂ©kĂ©).
L’image est terrible, le spectateur ne sait pas forcĂ©ment qu’il s’agit d’une reconstitution.
On peut questionner cet accaparement du rĂ©el, le mettre en cause. On doit surtout entendre l’artiste Saan s’en expliquer dans cette Photo ParlĂ©e, lui-mĂȘme fut migrant (certes, dans d’autres conditions). Il n’est pas photo-reporter, c’est un artiste-rapporteur. Combien d’autres artistes avant lui se sont emparĂ© du rĂ©el pour le faire comprendre autrement.
L’image est saisissante, elle est essentielle.

O’ndzia © Saan

→ Sann est nĂ© au Gabon en 1986. Il Ă©tudie en France la linguistique et l’informatique, dĂ©couvre la photo en devenant par hasard l’assistant d’un professionnel. Il dĂ©bute avec des portraits (qu’il continue toujours aujourd’hui) mais prend vite conscience de la nĂ©cessitĂ© de construire des sĂ©ries. Son premier sujet sera la communautĂ© sri-lankaise de Paris fĂȘtant Ganesh dans les rues.
La sĂ©rie O’ndzia a Ă©tĂ© exposĂ©e par la Fondation Dapper sur l’Ăźle de GorĂ©e (SĂ©nĂ©gal) au printemps 2019, dans le cadre du festival “Regards sur cours“. Saan a en projet un sujet sur le climat.
Le photographe est fortement inspirĂ© par les rĂšgles, cadres et esthĂ©tiques du cinĂ©ma. Il ne travaille qu’en lumiĂšres naturelles et privilĂ©gie le noir et blanc:C’est la luminositĂ©, ce qu’il y a de plus vrai, c’est l’essentiel. Il montre ce qui est et rien d’autre.”

â–ș voir toutes les Photos parlĂ©es

â–ș Nous Ă©crire : desmotsdeminuit@francetv.fr
â–șLa page facebook desmotsdeminuit.fr Abonnez-vous pour ĂȘtre alertĂ© de toutes les nouvelles publications
â–ș@desmotsdeminuit