đŸ“· Malick SidibĂ© Ă  la Fondation Cartier : RĂ©trospective du photographe malien Malick SidibĂ© Ă  la Fondation Cartier

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« Mali Twist », c’est plus de 260 photos, la plupart inĂ©dites, du grand portraitiste malien. Instants de fĂȘtes, corps renversĂ©s par la danse, rires plein de vie, et l’insouciance du bonheur, mille vies simples Ă  Bamako. Cette rĂ©trospective jubilatoire honore SidibĂ© un an aprĂšs sa disparition.

Le Mali est indĂ©pendant depuis deux ans. L’heure est encore Ă  l’ivresse et Ă  la dĂ©couverte grisante de la libertĂ©. Il faut imaginer un instant le photographe perchĂ© sur son VĂ©loSolex dans les rues de Bamako en 1962, oĂč allez-vous monsieur SidibĂ©, avec tous ces appareils photo sur votre dos, oĂč allez-vous alors que la nuit vient de tomber? Je vais Ă  une fĂȘte, forcĂ©ment! aurait rĂ©pondu Malick SidibĂ© (1936-2016).
Ses appareils photos Ă©taient de toutes les soirĂ©es dans ces annĂ©es de libĂ©ration et de joie de la jeunesse malienne. Les fĂȘtes ne pouvaient commencer tant que Malick n’était pas lĂ . Tout le monde voulait se faire photographier. Le temps alors Ă©tait Ă  l’insouciance, aux rires, aux pattes d’eph. Dans les boĂźtes de nuit rĂ©sonnaient le twist, le rock et bien sĂ»r la musique cubaine, toutes ces danses qui se pratiquent en couple, une chorĂ©graphie alors inĂ©dite Ă  Bamako, un mouvement des corps accompagnant et donnant Ă  voir une vraie rĂ©volution morale dans ce pays traditionaliste. Les clubs de Bamako s’appellent Le Saint-Germain-des-PrĂ©s, ou Les Beatles. Les soirĂ©es durent alors jusqu’à l’aube, et se prolongent sur les bords du fleuve Niger. La joie de vivre et la spontanĂ©itĂ©, voilĂ  ce que le grand SidibĂ© a su saisir. Dans les regards des personnes photographiĂ©es, il y a bien sĂ»r la joie de vivre, mais aussi, au fond des yeux, une confiance visible du client dans celui qui lui tire le portrait. SidibĂ©, surnommĂ© « l’Ɠil de Bamako » est un photographe de la bienveillance. Dans son objectif n’importe quel passant  se transforme en fĂȘtard.

Les nuits de Bamako 1962

C’est l’ñge du bonheur pour le Mali, c’est l’ñge d’or des portraitistes africains, et ses vedettes, Seydou KeĂŻta, Youssouf TraorĂ© et bien sĂ»r SidibĂ© deviendront bientĂŽt des stars de la photographie mondiale.
Les images de SidibĂ© de ces annĂ©es-lĂ  sont aussi simples que puissantes. Des photos qui font du bien, Ă  ceux qui les regardent, comme si Malick avait aussi le pouvoir d’un guĂ©risseur.  
La fĂȘte durera jusqu’aux annĂ©es 70. Au Mali, arrivera le temps gris du parti unique*, qui avec un pouvoir politique rigide et omniprĂ©sent se mĂ©fiera de sa jeunesse, et tentera de contrĂŽler, Ă  dĂ©faut de l’éteindre, sa joie de vivre. SidibĂ© se retira alors dans son minuscule studio, abandonnant les dance-floor brĂ»lants, pour continuer son Ɠuvre de portraitiste de proximitĂ© : une petite piĂšce, pas ou peu de recul, et le dĂ©filĂ© des anonymes venus y laisser une trace de leur passage. La foule des anonymes semblait ne jamais cesser au Studio SidibĂ©. On venait se faire photographier avec sa bicyclette, ses enfants, ou avec son  nouveau costume. SidibĂ© savait arrĂȘter le temps et en dire la beautĂ© modeste et puissante de ses passagers.

Portrait, une mĂšre et son fils.

L’exposition est organisĂ©e et dirigĂ©e par un excellent dĂ©couvreur de talents africains, AndrĂ© Magnin, le commissaire de cette rĂ©trospoective. C’est lui qui a fait dĂ©couvrir cet artiste de la joie en Europe. C’était dĂ©jĂ  lui en 1995, pour la premiĂšre exposition en Europe de photos de SidibĂ©, et dĂ©jĂ  Ă  la Fondation Cartier.
C’est la premiĂšre fois que l’on peut voir ces grands ensembles vintages extraits de la collection personnelle de l’artiste. Comme tous les trĂ©s bons photographes de la danse, SidibĂ© n’échappe au paradoxe de cette ambition : figer le mouvement d’un art, la danse, qui n’est que mouvement.
Je me souviens de ce que m’avait dit un jour le grand musicien espagnol Pedro Bacan :

La fĂȘte, c’est un moment oĂč la vie change et devient dĂ©finitivement autre!

C’est exactement ce que SidibĂ© a rĂ©ussi Ă  capter : le changement de la vie.
Pour dĂ©corer musicalement la salle de cette exposition du son du Bamako d’alors, c’est l’intellectuel Ă©crivain et rĂ©alisateur Manta Diawara, qui a concoctĂ© une playlist incandescente qui sied parfaitement aux clichĂ©s festifs de SidibĂ©.
En sortant, pour que votre visage de bonheur ne s’oublie pas, les organisateurs ont mĂȘme songĂ© Ă  installer un studio SidibĂ©, oĂč vous pourrez vous faire tirer le portrait, que vous dansiez ou pas.  * Le coup d’État militaire du 19 novembre 1968 porte au pouvoir un ComitĂ© militaire de libĂ©ration nationale prĂ©sidĂ© par le lieutenant Moussa TraorĂ©.

Malick SidibĂ© « Mali Twist » 
Fondation Cartier (Paris) – jusqu’au 25 fĂ©vrier 2018

261 Boulevard Raspail, 75014 Paris â–ș Sortir avec desmotsdeminuit.fr

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