“La Llorona”đŸŽ„ de Jayro Bustamante. Le rĂ©alisateur guatĂ©maltĂšque face au gĂ©nocide et au silence…

festival biarritz amérique latine 2019
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La Llorona de Jayro Bustamante est la troisiĂšme occurrence d’une trilogie filmique qui dĂ©nonce aujourd’hui un gĂ©nocide et dĂ©cline une violence endĂ©mique qui commence avec les injures et stigmatisations excluantes de la bienpensante sociĂ©tĂ© guatĂ©maltĂšque: espĂšce d’indien, espĂšce de PD, espĂšce de communiste !!! Le cinĂ©ma est le remarquable outil de ce rĂ©alisateur : Ixcanul, Tremblores et aujourd’hui “la pleureuse”. La dĂ©nonciation rĂ©currente y est aussi forte que le parti pris esthĂ©tique. Prix du public de la 28e Ă©dition du “festival biarritz amĂ©rique latine” en octobre 2019.

Mot Ă  mot du 6 octobre 2019 (Biarritz)

Navi Pillay, haut-commissaire des Nations unies pour les droits de l’homme, a saluĂ©, lundi 13 mai, la condamnation de l’ancien dictateur guatĂ©maltĂšque Efrain Rios Montt, au pouvoir en 1982-1983 : “Le Guatemala Ă©crit l’histoire, en devenant le premier pays au monde oĂč un ancien chef d’Etat est condamnĂ© pour gĂ©nocide par une juridiction nationale.” Le gĂ©nĂ©ral Rios Montt a Ă©tĂ© condamnĂ© Ă  80 ans de prison – 50 pour gĂ©nocide et 30 pour crimes de guerre –, le 10 mai. Il a Ă©tĂ© jugĂ© coupable de la mort de 1 771 indigĂšnes mayas ixil
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Au Guatemala, la guerre civile (1960-1996) aurait fait 200 000 morts et disparus, dont 80 % d’origine indigĂšne, selon l’ONU. Reed Brody estime que la charge de gĂ©nocide retenue contre le gĂ©nĂ©ral Rios Montt est conforme aux critĂšres dĂ©finis par la convention. “Les preuves montraient l’intention de dĂ©truire les Mayas ixil comme tels, raconte le juriste de HRW. L’armĂ©e a ciblĂ© 100 % des membres du groupe ethnique maya ixil comme ennemi intĂ©rieur, mĂȘme s’il s’agissait de population civile non combattante. Et, selon les tĂ©moignages, d’avril 1982 Ă  juillet 1983, lorsque Rios Montt Ă©tait au pouvoir, 5,5 % des Mayas ixil ont Ă©tĂ© tuĂ©s.”

Le Monde, 14 mai 2013.
Jose Efrain Rios Montt, Ă  l’annonce du verdict, le 10 mai 2013. © AFP/Johan Ordonez

Je serai devenu quelqu’un de tiĂšde si je n’Ă©tais pas sorti de mon pays…

Jayro Bustamante. Des mots de minuit, 2019

De quoi pleurer… Le mot “GĂ©nocide” n’a pas Ă©tĂ© entendu par la sociĂ©tĂ© et la justice guatĂ©maltĂšque a annulĂ© la sentence.
Jayro Bustamante convoque aujourd’hui les codes du cinĂ©ma fantastique (japonais ou amĂ©ricain) pour continuer Ă  dĂ©noncer un crime contre l’humanitĂ© et le silence qui l’accompagne toujours. Dans ce Mot Ă  mot, il accepte l’idĂ©e qu’une certaine forme de dĂ©magogie est nĂ©cessaire pour sensibiliser les jeunes gĂ©nĂ©rations Ă  ce pan de l’histoire encore tue dans son pays.
Le rĂ©cit est portĂ© par les femmes. Trois gĂ©nĂ©rations d’une mĂȘme famille: Ă©pouse complice, fille inquiĂšte et petite-fille curieuse servies par des femmes indiennes et “forcĂ©ment” domestiques… ou ange exterminateur.
Le huis clos a pour espace la grande maison d’un dictateur dĂ©chu cernĂ©e par la vindicte d’un “peuple” qui refuse le dĂ©ni. Le cauchemar en est l’une des consĂ©quences…

Jayro Bustamante est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur guatĂ©maltĂšque. Son premier long-mĂ©trage ”Ixcanul”(2015) a remportĂ© l’Ours d’argent au Festival de Berlin et l’Abrazo (le grand prix) du meilleur film Ă  Biarritz. En 2017 il crĂ©e La Sala de Cine, une salle de cinĂ©ma gratuite permettant Ă  toutes les classes sociales de voir du cinĂ©ma d’auteur. En 2019, son deuxiĂšme film ”Tremblements”, prĂ©sentĂ© au Festival de Berlin, est sorti en salle en France en mai.
© festival biarritz amérique latine

FILMOGRAPHIE :
2012 : Cuando sea grande (court-métrage)
2015 : Ixcanul
2019 : Tremblements

 PALMARES Ă©dition 2019 “festival biarritz amĂ©rique latine” :
Abrazo du meilleur film : La FiĂšvre (A Febre) de Maya Da-Rin, (BrĂ©sil, France, Allemagne)
‱ Prix du jury : La Vie invisible d’EurĂ­dice GusmĂŁo (A Vida invisĂ­vel de EurĂ­dice GusmĂŁo) de Karim AĂŻnouz, (BrĂ©sil, Allemagne)‱ Mention spĂ©ciale du jury : CanciĂłn sin nombre de Melina LeĂłn, (PĂ©rou, Espagne, Etats-Unis)‱ Prix du Syndicat Français de la Critique de CinĂ©ma : La Vie invisible d’EurĂ­dice GusmĂŁo (A Vida invisĂ­vel de EurĂ­dice GusmĂŁo) de Karim AĂŻnouz, (BrĂ©sil, Allemagne)‱ Mention spĂ©ciale du Syndicat Français de la Critique de CinĂ©ma : Las Buenas Intenciones de Ana GarcĂ­a Blaya (Argentine)‱ Prix du public : La Llorona de Jayro Bustamante (Guatemala, France)
Prix du meilleur documentaire : La Vida en comĂșn d’Ezequiel Yanco (Argentine, France)
‱ Prix du public : La BĂșsqueda de Daniel Lagares et Mariano Agudo, (PĂ©rou, Espagne)
Prix du meilleur court-mĂ©trage : O MistĂ©rio da carne de Rafaela Camelo, (BrĂ©sil)
‱ Mention spĂ©ciale du jury : Hogar de Gerardo Minutti, (Uruguay)

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