Geoffrey Oryema (1953 -2018): une voix d’or et un générique inoubliable…

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Sa voix et sa musique ont accompagné pendant des années nos nuits, rarement à l’horaire annoncé, à pas d’heure, jamais la même, quand après l’avoir guettée, elles annonçaient un magazine culturel du service public. “Yé Yé Yé” et tout était dit de ce qui allait suivre d’une ouverture au monde, d’une curiosité jamais rassasiée, d’un désir de l’autre. Toujours, ce fut métis, radical et réjouissant!

Le Cercle de minuit, annoncé pendant près de dix ans par Geoffrey Oryema, fut porté par Laure Adler, Michel Field, Bernard Rapp, Frédéric Mitterrand, Olivier Minne. Le Cercle, devenu Des mots de minuit s’inscrit dans cette veine. “Le Léonard Cohen africain” – on n’échappe pas à cette voix que nous avons tous dans l’oreille – avait naturellement son rond de serviette dans ce magazine culturel, comme dans cette émission du 26 avril 2000 (avec Jérôme Charyn et René Kœring)…

Spirits of my father

 

 

Le chanteur ougandais vivait en France depuis l’âge de 24 ans. Il avait fui en 1977 un pays tyrannisé par Amin Dada. Son père qui fut l’un des ministres du dictateur avait été assassiné.  
Son premier album – le bien nommé – avait pour titre Exile. En 2009, il s’était installé à Plœmeur près de Lorient. Une affaire de cœur. Sa musique, emblématique de la vague world des années 90 disait les réalités africaines, l’évasion, le voyage. Elle a le plus souvent été nourrie d’Ouganda. Il pouvait chanter en acholi, la langue du nord du pays, région d’origine de son père. En 2006, il est rejoint par son fils Oceng, à la batterie et aux percussions. 
« J’essaye de voyager léger dans mes nuits pleines d’aiguilles » écrivait-il dans l’une de ses dernières chansons.
Dans son deuxième album, Beat the border (1993) ils avaient des complices: Brian Eno, Manu Katché et le Kenyan Ayub Ogada. En 1997, ce fut Night tonight, avec la voix zaïroise de Lokua Kanza.
Côté ciné, il avait signé avec Manu Katché et Tonton David Chacun sa route la chanson thème du film Un indien dans la ville; composé la musique du documentaire Les invisibles de Wim Wenders sur les mercenaires du nord de l’Ouganda. En 2016, à Cannes, il monte les marches. Sean Penn, en compétition au festival, a choisi l’un de ses titres pour la B.O. de son film The Last Face, une histoire d’amour entre deux humanitaires sur fond de guerre en Afrique. Et Oryema, toujours attentif aux veines ouvertes du continent évoque les enfants-soldats dans “From The Heart”, son dernier album (2012).

Le 17 décembre 2016 lui fut un grand jour, celui d’un concert à Kampala, au retour de 40 ans d’éxil.

Il faut avancer. Il était temps. J’avoue qu’hier, quand on a atterri à Entebbé, il s’est passé quelque chose en moi. L’opposé de ce qu’il s’était passé, il y a 40 ans. Cette fois-ci, j’ai senti une force tranquille qui m’a parlé. 

Geoffrey Oryema. RFI, décembre 2016. 

 

Bonus… Le générique original a été réalisé et monté par Basile Vignes sur des images de l’artiste multimédia Yann Minh, en obturation lente à six images par seconde (au lieu de 25 normalement), à l’aide d’une caméra amateur HI8 Canon montée sur un Steadicam Junior porté à bout de bras depuis le siège arrière d’un cabriolet circulant dans Paris la nuit. Yé Yé Yé ! 

 

 

 La mémoire desmotsdeminuit