“L’étrange et drolatique voyage de ma mère en Amnésie” Michel Mompontet

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Journaliste (présentement sur “Des mots de minuit”), vidéaste et musicien, Michel Mompontet raconte l’Alzheimer de sa mère. Un premier roman autobiographique qui ne veut retenir de la maladie que la poésie et se lit comme une lettre d’amour.

Pour l’amour d’une mère

Tout est dans le titre ou presque. L’étrangeté, la poésie, l’humour et la tendresse. Autant de termes que l’on a rarement coutume d’associer à la maladie. Tel est pourtant, à première vue, le thème de ce premier roman. A première vue seulement. Tout commence par un appel téléphonique tardif. Une mère désemparée appelle son fils. Elle a 88 ans. Il en a 55. Elle l’a élevée seule et aimé pour deux. Elle est née à Dax et n’a jamais quitté la région. C’est une forte femme. Une nature. Un tempérament. Le fils vole à son chevet et comprend que plus rien désormais ne sera comme avant. La preuve : pour la première fois le fils couche sa mère alors que d’ordinaire « ce sont les mères qui couchent les enfants. Pas le contraire ». Commence alors le cortège des questions sans réponse « Ce mal qui aujourd’hui te chavire a-t-il un nom ? A-t-il un début ? Un point de départ ? Un moment où ça va, et après ça ne va plus. Un temps T où j’aurais pu commencer à m’inquiéter ? Un moment où j’aurais pu empêcher quelque chose ? De quand date la cassure du continuum ? Est-ce récupérable ? Est-ce foutu ? » Les médecins resteront évasifs sauf sur un point. Le dernier. On ne guérit pas de la maladie d’Alzheimer.

Alors le fils décide de tenter l’impossible pour sauver Geneviève du mal qui la ronge. Et lui éviter d’être hospitalisée. Pour ne rien perdre de cette aventure Don Quichottesque, il va prendre des notes et s’improviser greffier de l’Alzheimer de sa mère. Ce voyage au cœur de la maladie durera près d’une année. Une année pendant laquelle le fils va jouer les magiciens s’efforçant d’égayer un quotidien aride voire insupportable. Une mission titanesque qu’il embrasse avec la fougue de celui qui a été aimé au-delà de tout et entend bien rendre la pareille. « C’est plus qu’une course contre la montre que nous avons entamée ensemble, c’est une course contre le temps, ce monstre anthropophage qui dévore et déchire, cet ennemi qui efface et balaye ».

Si les ravages occasionnés par la maladie d’Alzheimer ont pu être raconté par d’autres auteurs, aucun ne l’a fait avec l’humour et la poésie de Michel Mompontet. C’est ce qui fait la singularité de ce premier roman, son charme, sa vitalité. On s’attend à pleurer et l’on sourit à chaque page. Souvent la gorge serrée. Qu’on ne s’y méprenne pas pour autant « L’étrange et drolatique voyage de ma mère en Amnésie » est moins un livre sur la maladie qu’une magnifique déclaration d’amour d’un fils à sa mère.

Edition JC Lattès – 500pages

les lectures d’Alexandra
la critique littéraire desmotsdeminuit.fr

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