“La mère morte” de Blandine de Caunes: pour Benoîte et Violette 📚

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En 2016 la romancière perd à quelques semaines d’intervalle sa mère, l’écrivaine et féministe Benoîte Groult âgée de 96 ans, et sa fille Violette. Un récit poignant dont la vitalité n’est pas sans rappeler celle de l’auteure de La touche étoile.

Dans la vie, deux mondes se côtoient: celui des gens qui vont vivre et celui des gens qui vont mourir. Ils ne parlent plus la même langue. Ils se croisent sans se voir. Ceux qui vont vivre n’ont plus de temps à perdre. Ceux qui vont mourir quêtent un sourire, un aide, un merci“, écrivait en 2011 Benoîte Groult, icône du féminisme et écrivaine reconnue dans le monde entier, bien loin alors d’imaginer la fin qui l’attendait. La maladie d’Alzheimer a pourtant déjà emporté sa mère et sa sœur. C’est ce combat que raconte en premier lieu ce livre. Celui d’une femme puissante autrefois “reine du monde qui perd la tête et qu’on invite plus nulle part“. Point de pathos pourtant dans cette chronique de la progression d’un mal qui lamine autant ceux qui en sont affecté que leur entourage. Blandine de Caunes dit tout. Sans tabou, avec humour souvent, sincérité toujours. Le déni de sa mère face à la maladie. Son désir de garder auprès d’elle celle dont elle a toujours admiré l’extraordinaire vitalité. Sa tentation parfois d’abréger sa déchéance. L’égoïsme salvateur aussi que cette dernière lui a toujours enseigné. Jusqu’à ce jour, qui scinde le livre en deux d’une page noire:

« 30 mars, accident de voiture de ma fille Violette et Pierre son mari

1er avril, mort de Violette

8 avril enterrement de Violette »

On se prépare à la mort d’une mère, surtout lorsqu’elle est âgée, on en vient même à la souhaiter lorsque la maladie finit par faire d’elle une étrangère, jamais à la disparition d’un enfant. “Il n’existe même pas de mot pour dire la situation d’un parent qui a perdu un enfant…c’est tellement impensable, anormal, scandaleux“. Alors Blandine de Caunes va inventer les siens. Des mots à la mesure de son chagrin. Vrais, poignants, révoltés. C’est toute la force de ce livre, petit mausolée de papier d’une mère et d’une fille, vibrant de courage, d’authenticité et de dignité

Édition Stock – 220 pages

(Illustration de couverture de l’article: © Astrid di Crollalanza)

les lectures d’Alexandra
la critique littéraire desmotsdeminuit.fr

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