“Le consentement” de Vanessa Springora: l’emprise 📚

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Le premier roman de Vanessa Springora a provoqué une véritable déflagration dans le milieu littéraire mais pas seulement. L’éditrice y raconte sa relation avec l’écrivain Gabriel Matzneff dans les années 80. Elle a alors 14 ans, il en a 50. Un livre sans concession pour dire l’emprise dont elle a fait l’objet.

© J-F.PAGA

Tout a été dit ou presque sur l’affaire Matzneff. Et ce, avant même la parution du livre, premier roman dont les qualités littéraires ont quelque peu été englouties par le raz de marée déclenché par son sujet. Certes il y a les faits. D’un côté, une jeune fille dont la mère travaille dans l’édition et qui grandit avec “un père aux abonnés absents“. De l’autre, un écrivain reconnu qui a à son actif plusieurs livres, notamment son Journal intime, dans lesquels il relate ouvertement ses pratiques pédophiles. La rencontre a lieu à l’occasion de l’un de ces dîners mondains où la mère a coutume d’emmener sa fille. “Un patronyme russe, un physique de moine bouddhiste émacié, des yeux d’un bleu surnaturel, il n’en faut pas plus pour capter mon attention“. L’écrivain commencera par lui écrire, puis l’attendra à la sortie du collège. “Comment résister à ce sourire carnassier, à ces yeux rieurs, à ces mains longues et fines d’aristocrate?”
La jeune fille n’y résistera pas mais son corps le fera pour elle. C’est cette dualité que raconte avec une infinie subtilité ce livre que la romancière mettra trente ans à écrire. Un livre dans lequel il n’y a ni bourreau ni victime. Mais un prédateur et une jeune fille qui a “un goût prononcé pour la lecture. Une certaine précocité sexuelle. Et surtout un immense besoin d’être regardée“. Toutes les conditions étaient donc réunies pour que cette histoire ait lieu avec son cortège d’effets dévastateurs sur celle que Matzneff n’appellera plus désormais dans ses livres que La petite V. C’est cette emprise, longtemps confondue avec de l’amour par celle qui en été l’objet, que raconte Le consentement. De manière quasi factuelle. Avec une économie de mots qui rend plus poignant encore le récit sous forme de conte de cette emprise à la fois psychique, sexuelle et littéraire.
Un grand livre.

Édition Grasset – 216 pages

Les lectures d’Alexandra
La critique littéraire desmotsdeminuit.fr

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