Dans la famille “Séjourne à l’hôtel”, je voudrais…. Les carnets d’ailleurs de Marco et Paula #213

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Paula s’est installée dans l’atrium de l’hôtel pour fumer; c’est une véritable place de village.

A l’occasion d’un séminaire de chefs de missions, je viens de passer une quinzaine de nuits dans un hôtel de la banlieue parisienne où se trouve le siège de l’ONG pour laquelle je travaille. C’est un appart-hôtel, ce qui me permet de bricoler des repas dans la chambre. Le décor est passe-partout mais sa sobriété permet de ne pas s’y arrêter. Il n’a pas de climatisation, ce qui fait râler quelques personnes en cette période dite de canicule, mais venant des 40°C jours et nuits du Tchad, je ne m’en soucie guère et néglige même le ventilateur.

Temps d’attente…

Comme l’endroit est non-fumeur – existe-t-il encore en France des hôtels permettant de fumer dans sa chambre? – je descends fréquemment dans le patio où quelques tables et chaises sont disponibles. Et c’est dans ce lieu s’ouvrant largement sur les voies ferrées de la gare toute proche que je rencontre quelques voyageurs.
Le résident au long court: c’est un sportif de haut niveau dont s’achève l’engagement dans l’équipe locale de handball. Il vient de passer une année dans cet hôtel qui dispose de quelques appartements de deux pièces. Il est devenu trop vieux pour poursuivre une carrière qui, si elle n’a jamais vraiment brillé selon ses dires, a été somme toute honorable. Demain, il part pour une ville de province où il sera entraîneur. Sa vie change et comme il le souligne, il lui faudra réapprendre à vivre comme tout le monde, à s’acheter ses chaussures et ses maillots, à se loger et se transporter. Je lui fais remarquer que les expatriés connaissent parfois ce ré-apprentissage, habitués à ne pas se soucier de logistique personnelle. Certains d’ailleurs repartent en mission rapidement – trop rapidement, parfois – faute de reprendre goût à ces contingences.
Le mari violent: une conversation entre une homme et une femme s’envenime et quelques coreligionnaires et moi, cherchons d’où vient le bruit de cette dispute. Dans ce lieu les sons tournent et il nous faut quelques instants pour comprendre que c’est d’une fenêtre du 3ème étage juste au-dessus de nous. La voix masculine est passée de furieuse à menaçante dans l’échelle de la violence conjugale. Nous ne sommes plus loin d’un coup. A l’accueil, un réceptionniste s’émeut, nous rejoint dehors et convient avec nous qu’il faut intervenir. Ce qu’il fait. Voyager ne permet pas toujours de briser les cercles infernaux.

La dérive des continents …

L’expert nouvel arrivant:  Il est indien et un de mes collègues, pakistanais, s’est lié d’amitié avec lui. Je les retrouve souvent ensemble et apprends qu’ils ont arpenté Paris, dimanche passé. Cela me fait bien sourire quand je songe à la haine recuite qui existe entre Indiens et Pakistanais là-bas, sur leur continent. L’exil permettrait-il de gommer des rancœurs? Il vient d’être embauché par une entreprise de la place et dispose d’une chambre le temps de trouver un appartement. Il nous raconte chaque soir ses recherches et leur insuccès. Il lui faut fournir trop de documents dont certains sont difficile à obtenir en Inde.
Quelques jours plus tard, j’appréhende mieux ses difficultés quand j’accepte de fournir à des amis ivoiriens mes références comme personne garante pour la location d’un studio pour leur fille étudiante. Il me faut fournir trois fiches de salaire, un avis d’imposition, un RIB et un justificatif de domicile que je n’ai pas… J’apprends ensuite que je suis la seconde personne française garante qu’exige le propriétaire pour accepter de louer à des étrangers. J’espère que l’agence connaît bien la loi sur la protection des données car je ne me sens pas très à l’aise avec l’idée que ces informations personnelles sont en circulation.

The Grand Budapest Hotel. Wes Anderson, 2014

Les VRP: On les devine car ils sont seuls et ne font que passer. On les trouve le soir dans le hall – salle de petit déjeuner, regardant l’écran de leur tablette, ordinateur ou autre boîte à images animées, levant la tête lorsque quelqu’un survient, aux aguets d’une rencontre possible? En fait, je n’en sais rien. Le monde des commis voyageurs m’a toujours semblé mystérieux.

Banlieue parisienne…

Le groupe de Chinois éreintés: ils sont une vingtaine à attendre leur enregistrement à l’accueil, la plupart, avachis dans les fauteuils, l’air hagard. Sans doute viennent-ils de se rendre compte que cette banlieue n’est pas aussi proche du centre de Paris que ce qu’on leur a vendu. La réceptionniste garde le sourire mais je devine qu’elle sera soulagée après avoir remis le dernier passe magnétique et vu disparaître dans l’escalier le dernier du groupe. Car les deux ascenseurs sont en panne et il y a cinq étages… 

The Grand Budapest Hotel. Wes Anderson, 2014

Les réceptionnistes: ils changent souvent mais je finis par repérer le roulement. Parfois, je surprends quelques échanges sur leur condition de travail et sur sa pénibilité: horaires et grogne des clients. Juste avant les ascenseurs, c’était la connexion Internet qui était tombée en panne pendant trois jours. Ici, les clients font connaître leur frustration – au Tchad, personne ne s’en émouvrait plus que cela.

Photo d’ouverture : The Grand Budapest Hotel Wes Anderson, 2014.

 

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