🏝 Nouvelles premiùres impressions. #07

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La cadence de ce feuilleton, si prĂ©cisĂ©ment rĂ©glĂ©e, est bien diffĂ©rente de celle que nous impose l’üle oĂč, chaque jour, l’imprĂ©vu surgit. ZoĂ© raconte comment quand tout casse, il faut plier (les genoux).

En carré V.I.P.

Les quinze derniers jours sont passĂ©s Ă  l’allure de la tempĂȘte qui nous accompagnait: trĂšs vive. À peine installĂ©s dans notre nouvelle maison, il nous fallait dĂ©jĂ  prĂ©parer l’üle pour l’arrivĂ©e des propriĂ©taires. Entre autres choses, le nettoyage de leur grande maison m’a appris que les mouches et les araignĂ©es dĂ©fĂšquent et que leurs fĂšces sont tenaces et dissĂ©minĂ©s absolument partout, du sol au plafond, et l’entretien des allĂ©es en graviers sur lesquelles viennent se dĂ©poser les aiguilles de pin m’ont quant Ă  elles fait abandonner mon ramasse-feuilles, avec lequel je rĂ©coltais plus de graviers que d’aiguilles de pin, pour me rĂ©signer Ă  ramasser les aiguilles de pin Ă  la main, une Ă  une, Ă  genou dans les cailloux. J’ai cru pleurer de rage devant une telle bĂȘtise et je rĂ©flĂ©chis depuis au meilleur moyen d’empĂȘcher l’accĂšs des aiguilles de pin Ă  toutes les parties dites civilisĂ©es de l’üle!
L’arrivĂ©e des propriĂ©taires a signĂ© la fin de la frĂ©nĂ©sie hygiĂ©niste. Je m’en suis frottĂ© les mains -fort douloureuses- jusqu’au moment oĂč j’ai rĂ©alisĂ© que s’ouvrait non pas une pĂ©riode de tranquille mise en disponibilitĂ© pour le cas oĂč les propriĂ©taires auraient besoin de nos services de navigation mais une phase d’adaptation des uns aux autres. Nous les avions bien sĂ»r rencontrĂ©s au moment de notre candidature mais notre connaissance mutuelle restait trĂšs limitĂ©e. C’était donc le moment de vĂ©ritĂ©: le premier accueil que nous leur offrions leur conviendrait-il? Quel “style” rĂ©vĂšleraient ceux qui nous emploient?

Cluedo

Ce fut une semaine Ă©puisante: les gardiens sont censĂ©s tout savoir de l’üle, oĂč se trouve quoi, comment faire ci et ça, leur connaissance de l’üle doit dĂ©passer celle des propriĂ©taires qui, ne venant pas souvent, oublient beaucoup de dĂ©tails sur son fonctionnement. Or notre mĂ©moire n’est pas des plus fiables, nous en avons d’ailleurs eu une brillante confirmation lorsque, l’eau n’étant temporairement pas potable dans leur maison, nous avons indiquĂ© Ă  nos nouveaux patrons un point d’eau alternatif, potable celui-ci
 sauf qu’on s’est trompĂ© de robinet. Pas de drame mais ils ont Ă©tĂ© brassĂ©s tout le sĂ©jour. Pour faire bonne impression, on repassera.
Pourtant, aprĂšs une petite semaine Ă  marcher sur des braises en attendant leur verdict, nous soufflons de soulagement: malgrĂ© la tentative d’empoisonnement et une panne d’essence en mer en pleine tempĂȘte, ils trouvent nos dĂ©buts prometteurs. Nous les voyons repartir le coeur lĂ©ger!

Cadeaux de départ

Le soulagement est toutefois de courte durĂ©e. Leur dĂ©part coĂŻncide avec le retour du gardien prĂ©cĂ©dent qui nous rejoint sur l’üle aprĂšs quelques semaines de vacances. Il reste une quinzaine de jours pour clore notre formation. La propriĂ©taire lui a laissĂ© une longue liste de choses Ă  boucler avant son dĂ©part, pas le temps de chĂŽmer.
Nous avons par contre l’occasion de mesurer l’ampleur de nos lacunes. Des choses dites il y a trois mois sont oubliĂ©es, recouvertes sous la masse d’informations reçues depuis. L’exaspĂ©ration monte face au temps qui file et Ă  nos mĂ©moires qui ne parviennent pas Ă  tout retenir. Pour ne rien arranger, tout semble vouloir cĂ©der sous les derniers gestes du gardien en partance.
FlorilĂšge des surprises rencontrĂ©es ces derniers jours: le Karcher que l’on vient de faire rĂ©parer ne fonctionne toujours pas, la rame du canoĂ« s’est cassĂ©e en deux, le canoĂ« lui-mĂȘme prend l’eau, le moteur du bateau se met Ă  fumer, le second bateau, un pneumatique, ne veut pas rester gonflĂ© plus de 24h, la cuisine que l’on doit installer dans le rez-de-chaussĂ©e de notre maison est trop haute pour ses bas plafonds, une fuite s’est dĂ©clarĂ©e quelque part dans l’üle, le poĂȘle Ă  bois fourni par la propriĂ©taire est en fait un poĂȘle Ă  mazout, de surcroĂźt tout dĂ©glinguĂ©: nous nous en sommes rendu compte une fois ses quelques dizaines de kilos chargĂ©es dans le bateau puis dĂ©chargĂ©es sur l’üle, verdict: nous sommes bons pour lui faire faire le chemin inverse

Mais il y a aussi le printemps qui ramĂšne sa fraise, tranquillement. Je m’en rĂ©jouis et, pour la premiĂšre fois de ma vie, j’ai procĂ©dĂ© au semis de graines qui, si elles rĂ©pondent Ă  mes invocations, deviendront les premiers lĂ©gumes issus des attentions prodiguĂ©es par mes petites mains.

MĂ©tamorphose

Mes mains
 Elles souffrent, les pauvres, du changement de leurs habitudes: ongles coupĂ©s trĂšs courts et pourtant toujours crottĂ©s, peau rĂȘche malgrĂ© la crĂšme dont je me badigeonne au moment d’aller me coucher, Ă©raflures multiples et variĂ©es, et mĂȘme des cals sur mes doigts de pianiste. Mes bras se transforment eux aussi, ou alors c’est moi qui veut y croire, ces bras s’arrondissent aux Ă©paules et sous le roulis de mes biceps. Je me sens forte, je me sens faible, je ne me reconnais plus bien mais n’ai pas trop le temps d’y penser. Mes jambes sont pleines de bleus dont j’ignore l’origine, et mon dos, bien sĂ»r, me fait mal. Je suis dĂ©jĂ  presque bronzĂ©e par tout le temps passĂ© dehors, je mange beaucoup, je dors bien et suis pourtant fatiguĂ©e. Je me change au moins trois fois par jour mais c’est toujours en habits de chantier et je m’habitue Ă  vivre avec les araignĂ©es et autres cloportes. Il y a tant de changements, tant de nouveautĂ©s que je ne peux tous les citer mais j’aime assez le sentiment de dĂ©possession que cette grande vague gĂ©nĂšre. Je flotte toujours, mais c’est trĂšs diffĂ©remment d’il y a quelques semaines.
C’est alors qu’on apprĂ©cie la tenue de ce feuilleton, gĂ©nĂ©rateur de pauses dans la litanie de tĂąches Ă  accomplir qui jaillissent chaque jour d’un (trĂšs convoitĂ©) nĂ©ant. Rendre compte de notre expĂ©rience nous permet de mesurer les progrĂšs accomplis en un laps de temps plutĂŽt court mais durant lequel nous parvenons Ă  oublier que si la liste des choses Ă  faire ne semble jamais diminuer, mine de rien, on Ă©volue.

â–ș Deux dans l’Ăźle: l’intĂ©grale

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