“Une colonie” 🎬: grandir mais pourquoi?

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GeneviĂšve Dulude-De-Celles, rĂ©alisatrice quĂ©bĂ©coise, rĂ©ussit une juste approche du dĂ©licat passage de l’enfance Ă  l’adolescence, rĂ©vĂ©lant une jeune comĂ©dienne prometteuse.

Mylia a 12 ans, Ăąge sensible, celui oĂč il faut se rĂ©soudre Ă  quitter l’enfance. Elle vit dans un monde comme prĂ©servĂ©, Ă  l’Ă©cart des tumultes en tout cas ceux de la ville, elle habite non loin d’une forĂȘt oĂč elle s’Ă©tait construit des cabanes. Une petite sƓur de 7 ans, bout de chou espiĂšgle, si mignonne et rigolote  qu’elle ne l’aide pas Ă  ĂȘtre dĂ©sormais une vraie grande sƓur. Les parents? un couple dĂ©suni on ne sait pourquoi dans ce havre de paix, leur sĂ©paration prĂ©visible pĂšsera lourd dans le final de cette histoire forte d’une nouvelle adolescente.


Mylia entre au collĂšge, la beautĂ© difficile d’un Ăąge rĂ©putĂ© ingrat, pas confiance en elle, maladroite dans ses vellĂ©itĂ©s obligĂ©es par les usages des autres. Car la voilĂ  dans un grand bain occupĂ© par de petites dindes croyant, elles, dĂ©jĂ  tout savoir du mode des grandes et prĂȘtes Ă  sĂ©duire les apprentis machos de l’Ă©tablissement. Elle se fraye timidement une place dans la classe et se retrouve Ă  cĂŽtĂ© de Jimmy, un amĂ©rindien qui vit dans la rĂ©serve proche. Ça tombe bien, les premiers cours d’histoire comprennent “Éducation Ă  la citoyennetĂ©“, ce qui provoquera quelques vifs dĂ©bats avec des Ă©lĂšves qui se contentent de penser que les indiens sont toujours quasiment des sauvages.
Sans trop le savoir, Mylia se rapproche de Jimmy, ils ont la diffĂ©rence en commun, juste ça, pas assez pour tout de suite partager leurs cultures et leurs envies. Il veut ĂȘtre fidĂšle Ă  sa tradition, comme il peut dans un monde plastique, elle veut tenter d’entrer dans le monde des grandes, ce qui sera d’abord l’occasion d’un triste fiasco. Mais sa mĂ©tamorphose est en cours, il y en aura sĂ»rement, d’autres, elle est encore si jeune.

© Lena Mill-Reuillard et Etienne Roussy

La rĂ©vĂ©lation d’une jeune comĂ©dienne

Attachante chronique d’une mutation, sucrĂ©e-salĂ©e, toute en douceurs et impatiences, Une colonie ressemble Ă  son hĂ©roĂŻne: entre deux hĂ©sitations (parfois un peu longues) le film semble parfois chercher son sujet, la diffĂ©rence entre cultures, la dĂ©licate transition de l’enfance Ă  l’adolescence. C’est l’Ă©tonnante Émilie Bierre (Mylia), lunaire autant que lumineuse, qui le maintient sur les rails. La jeune comĂ©dienne est quasiment de tous les plans, toujours d’une Ă©trange justesse. Elle porte une petite perle cinĂ©matographique, captĂ©e au plus prĂšs, qui n’a pu ĂȘtre imaginĂ©e et rĂ©alisĂ©e que par une femme, et une femme qui a des souvenirs pointus de ce moment dĂ©licat autant que violent.

  • Une colonie – GeneviĂšve Dulude-De-Celles (Canada) – 1h41

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