Merce Cunningham: “Je ne dĂ©cris pas ma danse, je la fais.” 🎬

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Savait-on que celui qui est aujourd’hui considĂ©rĂ© comme le pionnier de la danse contemporaine avait galĂ©rĂ© pendant près de 30 ans? C’est ce que raconte le documentaire en 3D d’Alla Kovgan, en dĂ©taillant aussi les fondements de son gĂ©nie chorĂ©graphique.

1942-1972, les 30 premières annĂ©es de la carrière de celui qui a inventĂ© et installĂ© les bases de la danse d’aujourd’hui. Ce ne fut pas tout rose pour Merce Cunningham, nĂ© en 1919, quand il dĂ©cide de se lancer dans son parcours d’innovation. Il avait fait ses armes avec Martha Graham, grande figure de la modern dance, elle avait inventĂ©, il imagine aller au delĂ . Si c’est bien un rĂ©volutionnaire, il ne balaye pas pour autant tous les acquis de la danse classique, il va les emmener ailleurs. Le ballet se dĂ©tache d’un synchronisme plan-plan avec la musique, d’ailleurs John Cage, qui la compose (et qui fut son compagnon), lui-mĂŞme rompt avec la rigueur rythmique et mĂ©lodique. S’il dĂ©barrasse la danse de ses carcans, Cunningham libère aussi le spectateur d’une obligation de comprendre ce qu’il voit. Ses crĂ©ations ne racontent pas, elles montrent, Ă  chacun d’y rencontrer son propre imaginaire et son plaisir.
Pourtant, ce qui apparaît aujourd’hui comme une forme de classicisme, dérange alors dans les théâtres de danse. Cunningham est ignoré quand il n’est pas sifflé. Ses choix sont jugés trop radicaux, seuls des artistes qui sont eux aussi en train d’inventer, le suivent : John Cage, donc, Robert Rauschenberg, Jasper Johns, Andy Warhol.
En attendant, la troupe se déplace dans un modeste Combi VW…

La chorégraphie en couleurs

La reconnaissance viendra d’une tournĂ©e europĂ©enne au dĂ©but des annĂ©es 60. Le succès est tout Ă  coup immense mais bientĂ´t l’ambiance change dans la compagnie. Certains la quittent. Cunningham (qui dansera sur scène jusqu’à 80 ans) n’a plus l’âge de ses danseurs, tout en restant le leader, il est dĂ©sormais un “père”, il n’est plus le “camarade”  de ses danseurs.
DĂ©licatement filmĂ© et organisĂ©, le documentaire d’Alla Kovgan est riche autant des archives qu’il exhume que de la qualitĂ© des recrĂ©ations des ballets du chorĂ©graphe qui illustrent le gĂ©nie, dĂ©jĂ , de son premier parcours, captĂ©es en 3D dans des lieux souvent astucieusement improbables. On entend et on voit Cunningham, sans amertume par rapport Ă  son insuccès d’alors, imaginant, proposant, inventant, introduisant le chronomètre autant que le hasard dans la construction de ses ballets. Images de rĂ©pĂ©tition passionnantes, multiples tĂ©moignages de l’époque, Cage, Rauschenberg et les artistes qui l’accompagnaient, de ses danseurs aussi, l’une rĂ©sume: “C’est un peintre, nous sommes ses couleurs.”
Cunningham a colorĂ© la danse. 

Cunningham (3D) – Alla KOVGAN (USA) – 1h33

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