🎭 Sophie Lecarpentier, metteuse en scùne.

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« Tripalium » est une sĂ©rie documentaire « Des mots de minuit » qui interroge la singularitĂ© du rapport au travail. Les intervenants, seuls, face camĂ©ra, sont libres de l’Ă©voquer comme et dans l’ordre qu’ils souhaitent … Sophie Lecarpentier est metteuse en scĂšne de thĂ©Ăątre. Elle dirige la compagnie « Eulalie ».

AprĂšs des Ă©tudes de Lettres et une formation au Conservatoire d’Art dramatique de Rouen, elle crĂ©e la Compagnie Eulalie en 1996 et met en scĂšne Beaumarchais, Nathalie Sarraute, Marivaux, Vincent Delerm, Marc Delaruelle, DieudonnĂ© Niangouna, GĂ©rard Watkins, Catherine Anne

Elle adapte et Ă©crit deux piĂšces Ă  quatre mains avec FrĂ©dĂ©ric Cherboeuf, « Too much Fight » (derriĂšre les murs), et « La plus haute de solitude » (d’aprĂšs Tahar Ben Jelloun).  Elle initie un travail de troupe avec un collectif d’acteurs et techniciens qui donne lieu Ă  un spectacle sur les coulisses du thĂ©Ăątre :
 

« Le jour de l’Italienne Â»

Une troupe de thĂ©Ăątre rĂ©pĂšte « L’Epreuve » de Marivaux :
indiscrétions, pudeurs et vraies confidences sont les maßtres
mots de cette invitation dans les coulisses des répétitions.
DrĂŽle et poĂ©tique, l’autodĂ©rision cĂŽtoie subtilement les affres
de la création.
Extrait :

Captation : Théùtre Sorano de Toulouse /Janvier 2013

« Synopsis
Voici l’histoire de la naissance d’un spectacle. Et ce qui, d’habitude, se passe en coulisses, nous avons dĂ©cidĂ© de le montrer aussi. Le Jour de l’Italienne, avec ses fondus enchaĂźnĂ©s comme au cinĂ©ma, raconte 2 mois de rĂ©pĂ©titions condensĂ©s en 1h10.
Une troupe rĂ©pĂšte l’Epreuve de Marivaux. Le premier jour des rĂ©pĂ©titions se passe autour d’une table : le metteur en scĂšne fixe les grandes orientations de son projet, chacun se prĂ©sente, on lit le texte, on commente, on observe discrĂštement ses partenaires, on butte un peu sur la langue du XVIIIĂšme siĂšcle. Puis l’on passe sur le plateau et les corps entrent en mouvement
 Les protagonistes du spectacle progressent par Ă -coups, errements, trouvailles et malentendus. C’est parti pour quelques semaines, oĂč, ensemble, il va falloir plonger dans les circonvolutions du discours amoureux de l’auteur, trouver son personnage, la justesse de ses rapports aux autres, assumer son costume et surmonter ses fragilitĂ©s. Pendant ce temps, le dĂ©cor arrive, les lumiĂšres s’inventent, le son se cale. Chacun apporte sa pierre Ă  l’édifice. Le temps se dilate, se condense, pour finalement converger vers ce qui unit la troupe : le spectacle Ă  venir.
Le Jour de l’Italienne s’interrompt le soir de la gĂ©nĂ©rale, Ă  l’instant oĂč, traditionnellement, le public entre en scĂšne.

 

Un spectacle confidence
Le Jour de l’italienne est un spectacle-confidence, nĂ© de l’envie d’une Ă©quipe de faire partager sa passion et de dĂ©voiler, avec humour, dĂ©rision et sincĂ©ritĂ©, les rouages du processus de rĂ©pĂ©titions. Je n’arrivais pas Ă  rĂ©pondre Ă  la question rĂ©currente de mon entourage : « que faites-vous pendant deux mois pour rĂ©pĂ©ter une piĂšce ? »
Comment expliquer le processus de création au théùtre, fait de mille petits riens qui ne se théorisent pas ?
Prenons un exemple et jouons avec. C’est notre pari collectif.
Nous ne nous bornerons pas à raconter ce qui se passe au plateau, mais aussi dans les loges, à la machine à café, en régie et à la table du metteur en scÚne.
Par le truchement du thĂ©Ăątre dans le thĂ©Ăątre, le spectateur devient complice de la chose en train de se faire. Il se familiarise avec le jargon d’un mĂ©tier aux codes bien dĂ©finis, dans un aller-retour entre les mots de Marivaux et les mots de nos professions – les maux-mots des comĂ©diens, les mots des techniciens qui fabriquent en parallĂšle, les mots de tous nos mĂ©tiers qui se croisent et s’entremĂȘlent.
Il se prend Ă  douter de ce qui est Ă©crit ou improvisĂ©. Ça pourrait ressembler Ă  une rĂ©pĂ©tition publique, mais lĂ  encore : illusion et apparence. Car tout est Ă©crit. On pourrait titrer « ThĂ©Ăątre : Mode d’emploi » 
On a prĂ©fĂ©rĂ© un hommage au film de François Truffaut, La Nuit AmĂ©ricaine : Le Jour de l’Italienne.
À la fois enquĂȘte sur Marivaux et portrait vivant d’une profession, Le Jour de l’italienne rĂ©vĂšle la complexitĂ© des enjeux de la fabrication d’un spectacle.
Dans le contexte actuel, raconter le mĂ©lange d’art et d’artisanat au sein d’une troupe de thĂ©Ăątre, c’est aussi, sous forme de pirouette, donner une rĂ©ponse Ă  la remise en cause du statut des artistes et Ă  la fragilisation de la culture en gĂ©nĂ©ral.
Pirouette, car ces vraies confidences sur la rĂ©alitĂ© quotidienne d’un travail astreignant et rĂ©pĂ©titif, et les pĂ©ripĂ©ties de cette comĂ©die en chantier, dĂ©bouchent finalement sur la seule rĂ©alitĂ© visible depuis la salle : les apparences du plaisir.

Un voyage marivaldien
L’Epreuve est une des piĂšces de Marivaux que je prĂ©fĂšre. Elle est acĂ©rĂ©e comme un couteau.
Cruelle et violente ; Ă©purĂ©e et d’une Ă©conomie absolue. L’intrigue simple permet l’ellipse sans renoncer Ă  l’intensitĂ© des situations.
Chez Marivaux, les mots sont autant d’armes aiguisĂ©es pour influencer l’autre, le manipuler. Ils avĂšrent les sentiments, et les tiennent Ă  distance ; rĂ©vĂšlent les appartenances sociales et stigmatisent les ĂȘtres.
Les acteurs, doubles temporaires des personnages aiguisent comme eux leurs outils, trouvent leurs places les uns par rapport aux autres, s’influencent, se mettent Ă  l’épreuve et se stimulent ou se blessent. Le marivaudage envahit les coulisses. Affleure ainsi par petites touches, le jeu subtil, savoureux, et parfois douloureux des correspondances qui s’établissent entre la vie et la scĂšne. Une idylle se noue entre Frontin et Lisette, la comĂ©dienne costumiĂšre cache mal son amertume de n’avoir qu’une seule scĂšne ; la jeune premiĂšre se laisse envahir par la fragilitĂ© d’AngĂ©lique
 Énervements et jalousies, fous rires et moments de grĂące, le chaos fait partie intĂ©grante de l’avancĂ©e.
ParallĂšle troublant du huis clos des rĂ©pĂ©titions qui rappelle celui du temps de l’action dramatique. Dans une UnitĂ© de lieu, de temps et d’action, une troupe rĂ©pĂšte. Le suspens croĂźt au fur et Ă  mesure que l’on s’approche du spectacle fini, qui, quel qu’il soit, aura transformĂ© chacun des interprĂštes
 Un peu comme chez Marivaux, nul ne sort indemne, mais chacun a grandi. »

Prochain spectacle : « Kvetch » de Steven Berkoff
Du 2 au 21 fĂ©vrier 2016 Ă  18h30. ThĂ©Ăątre du Rond-Point. Paris. (relĂąche les lundis et dimanche 7 fĂ©vrier 2016)

Le site de la compagnie Eulalie

Tous les Tripalium.

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