Le ciné-concert séduit la jeune génération du court-métrage

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Daniel Sicard, 22 ans, fait partie de “L’île animée”. Le jeune réalisateur, compositeur et chef d’orchestre revient sur le lien entre ciné-concert et court-métrage. Leur nom est né lors d’un festival de court-métrage, “le 48 hours Film Festival : Faire un film en 48h”. Les “Uns des Six” ont depuis changé d’identité pour devenir  “L’île animée”. Cette équipe de Toulousains a rejoint la capitale avec l’ambition de créer des projets audiovisuels, notamment autour du cinéma et de la musique. Pour la troisième fois, ils organisent une soirée ciné-concert. Un évènement organisé avec d’autres équipes reconnues dans le monde du court-métrage comme “Les Parasites” ou des réalisateurs de “L’école de la cité”, l’établissement fondé par Luc Besson dédié aux métiers du cinéma.

Leurs courts-métrages sont d’une grande qualité. Chaque film plonge le spectateur dans un univers très affirmé, à l’esthétique travaillée et au message fort. Evidemment, la science-fiction est le genre idéal comme “Sunlight” d’Anatole Levilain-Clément, l’un des courts-métrages projetés. Portrait d’un ouvrier, prisonnier d’une société post apocalyptique enterrée pour échappée aux radiations et dirigée par un “dieu” tyrannique. Une ode à la liberté sur fond de conscience environnementale. Des scénarios originaux qui, en moins de 30 minutes, parviennent à installer une atmosphère et à nous faire réfléchir sur des sujets de fond, comme le superbe et intelligent “Jeu de Société” réalisé par “Les Parasites”. Une métaphore subtile de notre monde, à travers un simple jeu de société en famille.

La poésie a aussi pleinement sa place chez ces jeunes réalisateurs. “Paris est noire” de Robin Deriaud en est le meilleur exemple. Les graffitis de la capitale prennent vie pour un voyage nocturne fantastique dans les rues de la ville lumière. Tout aussi poétique, “La Bougie”, le dernier né de “L’île animée”. L’histoire de deux voisins qui vont voir leur quotidien bouleversé avec l’arrivée d’un jeune homme du nom de “M.Progrès”. Des créations de nombreuses fois récompensées dans les festivals et pour la plupart disponibles sur Youtube. Un format court, des univers très différents et donc une ambiance musicale propre à chaque court-métrage. L’alchimie parfaite pour un ciné-concert.

Daniel Sicard, fait partie de “L’ile animée” et étudie au conservatoire de Saint-Maur-des-Fossés. Il sera à la tête de l’orchestre de 31 musiciens pour accompagner les quatre courts-métrages projeté lors de la soirée. Déjà organisé au mois de mai, l’évènement avait connu un grand succès.

Culturebox : Pourquoi avoir misé sur le ciné-concert ?

Daniel Sicard : On déplorait au cinéma ce manque de vie après le tournage. Même s’il y a le stress de la première projection, il n’y a ensuite plus d’excitation. Le ciné-concert permet de faire perdurer cette adrénaline dans le temps. On avait envie de créer des films pour que la projection devienne ensuite un instant “t”, comme au théâtre, un moment unique grâce à l’orchestre.

Avec la projection de grands films à succès comme “Le Seigneur des Anneaux”, “Star Wars” ou “Indiana Jones”, accompagné d’orchestres symphoniques, le genre est très à la mode… 

Oui ! Il va de paire avec la tendance de créer des ponts entre les arts. De notre côté, nous avions envie d’adapter le genre pour nos courts-métrages. Donc des œuvres inconnues. On voulait voir si le principe du ciné-concert intéressait le public en tant que tel ou si c’était simplement parce qu’il s’agissait de “Star Wars” ou du “Seigneur des Anneaux”. Et nous constatons que le principe même attire. Au-delà du cinéma et de la musique, les gens cherchent à vivre une expérience vivante. 

Que révèle le ciné-concert dans notre rapport au cinéma et à l’image ?

J’ai l’impression que nous sommes en recherche de nouvelles expériences. L’arrivée de la 4D au cinéma est un très bon exemple. Notre société a un rapport à l’image très important. Notre génération a plus de difficulté à se concentrer longtemps sur quelque chose et l’image capte notre attention. Beaucoup de personnes viennent nous voir à la fin pour nous dire : “c’est marrant parce qu’on a oublié la musique”. On réalise alors le pouvoir de l’image. Finalement, même lors d’un ciné-concert, la musique passe au second plan. Pour exemple, je suis allé à celui d’ “Harry Potter”. J’y allais essentiellement pour la musique. Et malgré moi, je n’arrivais plus à décoller de l’écran. Mais avec l’orchestre, l’image est plus grandiose.

L’échange avec le public est-il différent d’une séance de cinéma “classique” ? 

Pour moi c’est la meilleure façon de vivre quelque chose de vrai avec les gens. On sort un peu du virtuel pour accompagner le spectateur dans une relation plus directe. Je crois beaucoup à l’énergie véhiculée notamment avec l’orchestre. L’adrénaline que nous ressentons sur scène est transmise au spectateur. L’interaction avec le public est alors très forte. 
 
Qu’apporte le court-métrage au ciné-concert ?

Il s’y prête très bien car il permet de rapidement changer d’univers. Avec la diffusion de plusieurs créations, le spectateur vit autant d’expériences différentes, avec des univers musicaux très variés. Le genre peut vivre dans cette forme assez intense. J’aime me dire que chaque projection est unique. Comme dans un concert. Il y a un côté trop “mort” dans la simple projection d’un film. Tout ce que nous avons envie de faire, c’est de vivre l’expérience avec le spectateur. De créer une aventure humaine.