🎭 ” Je suis Fassbinder”, de Falk Richter : “Le thĂ©Ăątre du rĂ©el”

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En 1977, des actes terroristes bouleversent l’Allemagne. Le rĂ©alisateur R.W. Fassbinder, chantre de la transgression rĂ©agit Ă  cet Ă©tat d’urgence. Il met en lumiĂšre le rapport de force entre les ĂȘtres. Une source d’inspiration pour Falk Richter, adepte de l’autofiction et Stanislas Nordey qui, aprĂšs Charlie et le Bataclan, cosignent “Je suis Fassbinder”, prĂ©sentĂ© au ThĂ©Ăątre de la Colline.

A l’heure oĂč Raymond Depardon sillonne la France avec son film Les Habitants”, pour donner la parole aux anonymes. Alors que Angleterre, Angleterre” d’Aiat Fayez, un texte sur la jungle de Calais, est lu Ă  ThĂ©Ăątre Ouvert, Nordey et sa bande tentent Ă©galement de s’inscrire dans notre rĂ©alitĂ©
 
5 comĂ©diens partent de l’Ɠuvre du cinĂ©aste Rainer Werner Fassbinder et de ses craintes face Ă  l’évolution confuse de notre sociĂ©tĂ©, pour, quatre dĂ©cennies plus tard, questionner l’actualitĂ© terroriste des derniers mois qui a touchĂ©, en France, de nombreuses familles et alimenter le dĂ©bat sur notre vision du monde, nos croyances et notre perception de l’ĂȘtre humain. Qui sommes-nous ? De quoi avons-nous peur ? Peut-on changer le cours des choses ? Comment mieux s’ouvrir au monde, voir au-delĂ  de nous, de notre pays, de l’Europe qui perd ses valeurs dĂ©mocratiques et humanistes alors que nos utopies font cendres.

Stanislas Nordey, met en scĂšne et joue avec Judith Henry, Laurent Sauvage, Thomas Gonzalez et EloĂŻse Mignon. Ils travaillent des scĂšnes d’improvisations oĂč Ils s’amusent Ă  rejouer l’Ɠuvre de Fassbinder et Ă©voquent ses opinions passĂ©es sur le rapport Ă  l’autre et Ă  la violence en les rapprochant de notre actualitĂ©. Ils se filment et crĂ©ent des mises en abĂźmes que renforce la scĂ©nographie. Plusieurs niveaux de plateaux sont recouverts d’élĂ©ments dĂ©coratifs des films de Fassbinder, comme la moquette des “Larmes amĂšres de Petra Von Kant”. Au-dessus de ce dispositif, trois Ă©crans qui diffusent en boucle des extraits de ses films. Des bribes de cinĂ©ma qui questionnent l’autoritĂ© de l’homme sur la femme, toujours dĂ©sespĂ©rĂ©e. 
Une certaine faiblesse du texte, le clichĂ© des arguments utilisĂ©s pour s’adresser Ă  des consciences abĂźmĂ©es par les attentats de l’annĂ©e derniĂšre dĂ©routent le public qui peut avoir l’impression d’assister Ă  une confĂ©rence, un cours de morale sur des faits connus et dĂ©jĂ  analysĂ©s. A trop jouer ce parralĂšle Fassbinder-annĂ©e 2016, les comĂ©diens nous perdent par une prise de parole trop personnelle voire anecdotique.

Les personnages n’existent presque pas alors que les comĂ©diens prennent toute la place. D’oĂč, une sensation dĂ©sagrĂ©able d’ĂȘtre “pris en otage”. Car la proposition thĂ©Ăątrale, habillĂ©e par Thomas Gonzalez de gratuitĂ© et d’hystĂ©rie dĂ©corative, est quasi inexistante. Que signifie aujourd’hui “faire du thĂ©Ăątre” ? Que peut-on encore dire sur un plateau? Le courage ne fait pas tout. La Culture, l’Art, le ThĂ©Ăątre, sont d’abord des outils d’ouverture Ă  l’inconnu.

Cette expĂ©rimentation thĂ©Ăątrale, bien qu’autocentrĂ©e, permet pourtant de rappeler un essentiel : la nĂ©cessitĂ© de crĂ©er du partage et de la relation, du lien, pour ĂȘtre ensemble.

 

On est ici, on est ensemble, on passe du temps ensemble ça lĂ , tout ça, ce sont des moments, de brefs Ă©vĂšnements, de brefs moments, que nous vivons ici, tous ensemble, oui, ensemble, en collectif 

 

Je suis Fassbinder, mis en scĂšne par Stanislas Nordey et Falk Richter

Paris – ThĂ©Ăątre de la Colline – Jusqu’au 4 juin 2016

Sortir avec desmotsdeminuit.fr



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