Tomi Ungerer (1931-2019): “Chaque jour de ma vie, c’est une vie” #04

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Il a eu une chambre dans un bordel de Hambourg. Il fut blacklistĂ© aux États-unis, fermier au Canada et en Irlande, strasbourgeois d’attache et de cƓur. Il se voulait un “artisan du dessin”, provocateur quand il donne un enfant chien Ă  un couple de chats et toujours libre d’esprit dans ses articles, ses livres pour enfants de 7 Ă  90 ans, ses recueils d’aphorismes. Un titre dit beaucoup: “Fornicon”

Des mots de minuit, Ă©mission #04 du 29 septembre 1999.  

(Émission rĂ©alisĂ©e par Pierre Desfons et enregistrĂ©e au ThĂ©Ăątre National de Strasbourg avec notamment son directeur Jean-Louis Martinelli)

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  • – Tomi Ungerer. Auteur et dessinateur, tendance provo et parfaitement trilingue (français, anglais, allemand), ce strasbourgeois voit dans son Ă©ducation Ă  la dure (“la  rigueur protestante”) une origine de ses dessins Ă©rotiques. Il a vĂ©cu une quinzaine d’annĂ©es Ă  New-York et aux États-unis oĂč il a figurĂ© sur la liste noire de McCarthy et militĂ© contre la guerre au Vietnam. Certains de ses livres y furent interdits. Quittant la ville, il est allĂ© faire le fermier avec son Ă©pouse et ses enfants au Canada puis en Irlande oĂč il a Ă©levĂ© 600 moutons. 
  • Il s’est toujours voulu libre et indĂ©pendant, faisant sauter les tabous en parlant alcool ou cigarettes dans ses livres pour la jeunesse. Il Ă©voque notamment dans cette Ă©mission son livre sur la peine de mort Clic Clac. Il disait adorer “les jolis petits derriĂšres” des grenouilles. À Hambourg, il eut une chambre dans un bordel, en tira un livre sur les dominatrices, ces prostituĂ©es “qui commencent Ă  travailler quand les psychiatres ne peuvent plus rien…” Une façon pour lui d’humaniser une profession.   
  • Toujours Ă  la recherche de sujets extrĂȘmes et dĂ©rangeants. L’humour et la provocation Ă©taient ses armes favorites, quand en souriant, il dit ne pas aimer les “Barbie doll” dont il faut se mĂ©fier car “certaines peuvent avoir le sida et auxquelles j’arrache toujours leurs petites culottes”.  Il parle dans cette Ă©mission de 1999 de ses projets: un livre d’enfant sur la guerre, un livre Ă©rotique et un livre d’aphorismes.

  • Cette annĂ©e-lĂ  il vient de faire don Ă  la ville de Strasbourg de 5000 objets, notamment des jouets mĂ©caniques, et de dessins originaux.

    J’ai tendance Ă  collectionner et je vis dans un Ă©tat constant d’encombrement. Je suis encombrĂ© aussi bien par mes idĂ©es que par mon excĂšs de production. Je cherche toujours les choses qui sortent de l’ordinaire, y compris dans les poubelles. Et il faut bien que je finisse par m’en dĂ©barrasser. Qu’est-ce que vous voulez que je foute dans un appartement avec des Ă©tagĂšres et des objets partout?

    Tomi Ungerer. Des mots de minuit, 1999.

    Sur sa veste, il porte sa lĂ©gion d’honneur …

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    â–ș La mĂ©moire desmotsdeminuit