“Les gratitudes” de Delphine de Vigan: la vie en EHPAD

0
328

Sujet d’actualité que celui du dernier roman de l’auteur de Rien ne s’oppose à la nuit qui raconte avec finesse et empathie les ravages du grand âge. Bouleversant.

C’est l’histoire de Michka, “une vieille dame aux allures de jeune fille. Ou une jeune fille devenue vieille par inadvertance“, qui du jour au lendemain quitte son domicile et se retrouve en EHPAD. Là, comme dans la majeure partie des cas, commence la dégringolade. Ni les visites de Marie dont elle s’est occupée lorsqu’elle était enfant, ni celle de Jérôme, orthophoniste attentif, n’y pourront rien changer. La mort est au bout du chemin. Annoncée dès l’incipit du livre. “Aujourd’hui, une vieille dame que j’aimais est morte. Je disais souvent: «Je lui dois énormément.» Ou peut être que sans elle, je ne serais plus là». Je disais «Elle compte beaucoup pour moi» (…) Mais l’ai-je assez remerciée? Ai-je suffisamment montré ma reconnaissance? Ai-je été assez proche, assez présente, assez constante? » s’interroge la narratrice.
Si Delphine de Vigan s’intéresse à un fait de société des plus préoccupants, elle le fait à sa manière toute en finesse et sensibilité. Inscrit dans le droit fil de son précédent roman, ce dernier poursuit son exploration des sentiments qui régissent nos vies. Après les loyautés, la gratitude dont notre société semble avoir oublié le sens. Ce n’est pas le cas de Marie pour qui Michka a toujours été là dans les moments difficiles. Que ce soit lorsque sa mère ne parvenait plus à s’occuper d’elle. Ou plus tard, lors de son hospitalisation. Ce n’est pas non plus celui de la vieille dame qui veut à tout prix retrouver ceux qui l’ont recueillie pendant la guerre.
Brel avait composé une chanson bouleversante sur ce que signifie vieillir –Les vieux-, Delphine de Vigan a composé un roman qui l’est tout autant. Faisant alterner les monologues de Marie et ceux de Jérôme, elle retrace les dernières heures d’une vieille dame qui perd ses mots alors qu’ils ont été toute sa vie, dit «robe des champs» au lieu de robe de chambre, «merdi» au lieu de merci et «perdre la bête» au lieu de perdre la tête.  «Vieillir, c’est apprendre à perdre» écrit la romancière «Encaisser chaque semaine ou presque, un nouveau déficit, une nouvelle altération. (…) Perdre la mémoire, perdre ses repères, perdre ses mots. Perdre l’équilibre, la vue, la notion du temps, perdre le sommeil, perdre l’ouïe, perdre la boule».
Alors n’oubliez pas de dire merci tant qu’il est encore temps, rappelle Delphine de Vigan.

Les gratitudes de Delphine de Vigan – Édition JC Lattès – 192 pages

Lire un extrait

les lectures d’Alexandra
la critique littéraire desmotsdeminuit.fr

►nous écrire: desmotsdeminuit@francetv.fr
► la 
page facebook desmotsdeminuit.fr Abonnez-vous pour être alerté de toutes les nouvelles publications.
► @desmotsdeminuit