“Le bal des folles” de Victoria Mas: les filles du docteur Charcot. Prix Renaudot des lycéens

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Le premier roman de Victoria Mas, distingué par le Renaudot des lycéens, est une plongée au cœur de l’hôpital de la Salpêtrière tel qu’il était à la fin du dix-neuvième siècle. Là étaient enfermées des femmes que le Professeur Charcot exhibait chaque année à l’occasion d’un bal costumé. Edifiant et émouvant.

 

Le célèbre hôpital parisien n’a pas toujours été celui que l’on connaît. Fut un temps où ce lieu d’apparence paisible était “chargé de fantômes, de hurlements et de corps meurtris (…) où les murs seuls (pouvaient) vous faire devenir folle si vous ne l’étiez pas en arrivant“. Un temps pas si lointain où officiaient le Professeur Charcot et son disciple Joseph Babinski. Un temps où les femmes étaient internées pour des motifs pour le moins discutables. Victoria Mas a imaginé le destin de trois d’entre elles. Louise une jeune fille abusée par son oncle. Thérèse une prostituée au grand cœur et Eugénie une jeune fille de la bourgeoisie internée par sa propre famille. Trois femmes suivies par le père de la neurologie moderne qui a porté la folie sur le devant de la scène. Grâce à lui les femmes de la Salpêtrière ne sont plus considérées comme des pestiférées dont on cherche à cacher l’existence mais comme “des sujets de divertissement que l’on expos(e) en pleine lumière, sans remords“. Que ce soit lors des fameuses séances d’hypnose du mardi ou de ce bal costumé que Victoria Mas a choisi de raconter.
Un bal donné chaque année à la mi-carême auquel se presse la bourgeoisie parisienne ravie de voir de près ces bêtes curieuses qui ne survivront pas à leur siècle: les hystériques. Un bal qui vaut toutes les pièces de théâtre, toutes les soirées mondaines et où “le temps d’un soir, la Salpêtrière fait se rejoindre deux mondes, deux classes qui sans ce prétexte, n’auraient jamais de raison, ni d’envie de s’approcher“. A la croisée de ces deux mondes: Geneviève assistante dévouée corps et âme au grand Professeur qui passera du côté des aliénées sur qui elle est censée veiller. Où se situe la frontière entre folie et normalité dans un siècle qui condamne les femmes au silence, les enferme dès qu’elles menacent l’ordre social puis les exhibe comme des bêtes de foire ?
Telle est la question que pose ce premier roman saisissant de maîtrise dans lequel la véritable aliénation est à chercher du côté de la domination masculine.

Albin Michel- 256 pages
Le bal des folles: Prix Renaudot des lycéens 2019

les lectures d’Alexandra
la critique littéraire desmotsdeminuit.fr

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