📚 “incognita incognita ou le plaisir de trouver ce qu’on ne cherchait pas” de Mark Forsyth: à bas les algorithmes!

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Dans un petit essai aussi stimulant que réjouissant, l’étymologiste britannique fait l’éloge du hasard, du vagabondage, et de la bibliomancie. Ou comment survivre dans un monde gouverné par les algorithmes.

Vous connaissez la maxime de Socrate “Je sais que je ne sais rien“? Mark Forsyth va plus loin affirmant: je ne sais pas que je ne sais pas. Une conviction qu’il partage avec Donald Rumsfeld, ancien secrétaire à la Défense américain, dont les propos ne laissèrent pas de dérouter ses concitoyens: “Il y a des choses que nous savons savoir. D’autres que nous savons ne pas savoir. C’est-à-dire que nous savons ne pas savoir pour le moment. Mais il y a aussi des choses que nous ne savons pas ne pas savoir. Des choses que nous ne savons pas que nous ne savons pas.” L’on se demande bien pourquoi! Reprenant les propos de celui avec qui il partage un amour immodéré de la librairie, Mark Forsyth va développer cette théorie en prenant l’exemple des livres.
Il existe trois types de livres: ceux que vous avez lus, ceux que vous savez n’avoir pas lus (comme Guerre et Paix), et les autres: les livres que vous ne savez pas ne pas connaître.” Pour ceux que vous savez n’avoir pas lu, Internet est d’un secours admirable. Mais pour les autres? Vous lancez une recherche, vous entrez les mots que vous avez déjà à l’esprit. Autrement dit “Internet prend vos désirs et vous les recrache, consommés.” C’est donc ailleurs qu’il faut chercher ce qu’on ne sait pas savoir nous dit notre étymologiste distingué. Bien loin de ces algorithmes qui modélisent nos goûts et nos comportements. “Avec Internet, vous obtenez ce que vous saviez déjà vouloir, mais rien de plus, jamais.”

Éloge de la librairie

Alors comment faire? S’en remettre au hasard, au vagabondage, à ces signes qui souvent abondent et que nous ne savons plus voir. Ouvrir la porte d’une librairie et découvrir le livre qui nous attendait, dont nous ignorions jusqu’alors l’existence et qui transformera peut-être la nôtre. Eteindre notre ordinateur. “Aller dehors. Laisser entrer l’élément chance.” Peut-être même, comme le faisait déjà les Grecs, pratiquer la bibliomancie, pratique consistant à utiliser les livres pour prédire l’avenir.
Tout plutôt que de rester confinés dans un monde où chaque question a une réponse et dont “la séduction a disparu” ainsi que le déplorait déjà Joseph Conrad en 1899 dans “Au cœur des ténèbres”. Éloge vibrant de la librairie, Incognita incongnita est un manuel de survie à l’heure des “big data prédictifs“, aussi indispensable qu’irrésistible. La preuve qu’un autre monde existe dont Mark Forsyth nous donne ici les clés. Un monde à l’érudition joyeuse dans lequel se perdre est parfois le meilleur moyen de se trouver.

Editions du Sonneur – 47 pages
Préface de Paul Vacca • Traduction de Marie-Noël Rio
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les lectures d’Alexandra
la critique littéraire desmotsdeminuit.fr

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