🎭 Édith Azam et Loïc Demey, je et poète: “Les langagières 2019” au TNP… #581

0
572

Quand L’une se sert du “crincrin” qui l’entête pour écrire la poésie comme on “creuse son timbre-poste”…
L’autre travaille la disparition du verbe de l’amour chez Adèle et Hadrien; il s’insinue aujourd’hui dans la pensée du dormeur du val…
Une nouvelle fois, une fête des mots et de leur usage dans ce Théâtre de Villeurbanne qui chaque année les rend si populaires.

 

Des mots de minuit, L’Émission #581 du 16 mai 2019 à Villeurbanne et en public au Théâtre National Populaire

 

Édith Azam écrit, peint, aimerait jardiner si jardin elle avait. Chien, chat et cochon d’Inde sont dans son paysage du vivant. Dans une biographie trouvée chez son éditeur P.O.L, on peut d’ailleurs lire: “Edith Azam regarde son chien. Il fume une cigarette, lit un livre sur la mécanique des fluides. Edith Azam hausse un sourcil se dit qu’elle n’y comprendrait rien, qu’il doit sacrément s’ennuyer, son chien, pour en être à lire des livres pareils, qu’il ferait franchement mieux de faire comme elle : ronger son os. Et voilà.
Et voilà, sauf que là, rien n’est encore dit d’une personne immédiatement et autrement attachante. Ne serait-ce que parce que la voix de Simone est peut-être celle qui l’a menée à l’écriture. Simone! Sa grand-mère… Travailler avec d’autres, offrir ici et là, et régulièrement des lectures publiques comme autant d’occasions de résistance ou de conversation sont d’autres repères de son chemin. La voir essayer de jouer sur son karpiano et performer sur scène à Villeurbanne subjugue. Ses mots si incarnés ouvrent sur la formidable étrangeté de son univers.

Karpiano par Édith Azam au TNP. ©Ph. L

Karpiano est une ode à la musique, à l’amour, à la différence. À travers des trouvailles de vocabulaire, la langue singulière de ce spectacle nous projette dans l’intimité du personnage, le narrateur, qui essaie d’apprendre la musique sur un piano en carton : le karpiano. Mais lorsque son professeur disparaît, le narrateur est désemparé. De cette absence, petit à petit, il fera une force de vie…”

© TNP
À gauche la dédicace en miroir d’Édith Azam et son retournement …

 

Être né à Amnéville, commune du Grand Est, avec zoo, aquarium, Walygator Parc et Thermapolis n’est pas fait pour vous situer même si vous continuez à habiter une région autrefois riche de ses hauts-fourneaux. Avoir deux enfants que les “obsessions” poétiques chronophages du paternel chagrinent non plus! Travailler comme professeur d’éducation physique et sportive à temps partiel en collège, encore moins.
Début de piste quand on apprend que notre homme a fini par oser sortir de ses brouillons et s’abandonner aux mots après la lecture du roumain Ghérasim Luca
Plus intéressant encore pour notre propos: Loïc Demey reçoit en 2016 le Prix Société des Gens De Lettres révélation poésie pour Je, d’un accident ou d’amour publié chez Cheyne Éditeur. À chacun ses disparitions. En l’occurrence, point de verbes dans le récit de la communion aussi brève qu’amoureuse d’Adèle et Hadrien.
Le second livre du poète devenu, D’un coeur léger/ Carnet retrouvé du Dormeur du Val, s’insinue dans les pensées et les chemins de traverse d’un soldat que Rimbaud a figé dans l’éternité.

Loïc Demey lit Andreï Tarkovski au TNP. © RR

Vous connaissez l’expression « Ça tombe comme à Gravelotte » ? Elle trouve son origine dans une guerre oubliée, qui opposa la France à la Prusse en août 1870. Loïc Demey décrit cette pluie d’acier dans le cru de la vie même. Ce ne sont pas des verbes qui tombent, mais des hommes jeunes et frêles. Ils ont au front les rêves insouciants d’un été que réchauffe d’abord le désir de mitraille: “Je t’aime et je suis gonflé du bonheur d’en découdre.” Mais bientôt viennent les marches, l’attente, la fatigue, le dégoût. La révolte puis bientôt l’hébétude, “on ne parle plus, on ne crie plus, on ne se lamente même pas, on s’emmaillote de silence et la pluie harangue comme nous sommes au martyr“.
D’un cœur léger est ce carnet de déroute, qui dit au passage de quels crimes se paie la ferveur nationaliste. Face au champ de bataille, “une fonderie de dépouilles, un atelier de corps inachevés”, on a l’âme ébréchée.

Patrick Boucheron, à propos D’un coeur léger/ Carnet retrouvé du Dormeur du val © Le Monde, 4 mai 2017

 

Pour terminer L’émission, Maxime Mansion, comédien et metteur en scène, membre de la troupe du TNP fait une lecture de Je, d’un accident ou d’amour, premier texte publié chez Cheyne éditeur de Loïc Demey.
Avec sa compagnie EN ACTE(S), Maxime Mansion a créé en 2014 le festival du même nom, consacré aux écritures contemporaines.

Des mots de minuit #581
Réalisation et montage : Pascal Stelletta
Rédaction en chef : Rémy Roche
Coordination : Marie-Odile Régnier
Entretien : Philippe Lefait
Remerciements à l’équipe technique du TNP, à Laure Charvin et à Christian Schiaretti.

► Toutes les émissions …

► La vidéothèque Des mots de minuit

► nous écrire, s’abonner à la newsletter: desmotsdeminuit@francetv.fr
► La page facebook desmotsdeminuit.fr Abonnez-vous pour être alerté de toutes les nouvelles publications.
► @desmotsdeminuit